Le Libraire - Index

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270 pages, 22,95 $ , ISBN 978-2-89448-557-6
132 pages, 16,95 $ , ISBN 978-2-89448-556-9
186 pages, 17,95 $ , ISBN 978-2-89448-540-8
La nouvelle enseigne
de la littérature
haletant
séduisant
déroutant
.qc.ca
SEPTEMBRE-OCTOBRE 2008
64
Neuvième art et polar
En noir et en couleurs
Les éditeurs Rivages et Casterman nous ont récemment tricoté un concept qui semble fait sur mesure
pour les amateurs de polar fréquentant sporadiquement le neuvième art: une collection,
Rivages/Casterman/Noir, qui reprend en BD quelques classiques de la collection Rivages/Noir. Une idée
doublement formidable. D’abord, on évite ainsi les longues séries, souvent difficiles à suivre pour
l’amateur occasionnel, pour se concentrer sur ce que notre langue appelle les « one shot ». Mais ensuite
et surtout, c’est sûrement dans la collection Rivages/Noir qu’on trouve le plus de bons polars au pied
linéaire. Prometteur, non? Les quatre premiers titres ont paru cet été.
Si vous aimez l’humour ou la littérature policière, il n’y a
pas « à tortiller du pistolet »: vous devez impérativement
connaître les aventures de John Dortmunder,
tirées de la plume alerte de Donald E. Westlake. Ce cambrioleur
honnête (excusez le paradoxe) et grognon a
d’excellentes raisons d’être
pessimiste: il est l’homme le
plus malchanceux du milieu.
Depuis 1970, treize
Dortmunder sont parus
(onze en français), tous plus
hilarants les uns que les
autres. Le premier, Pierre qui
roule, est adapté ici en BD,
avec bonheur, par Lax. Ce
dernier, connu entre autres pour sa série Le Choucas,
savoureux hommage à la Série Noire, a mis son coup de
crayon d’une habile vivacité à contribution et concocté
une adaptation fidèle, hautement réussie. La mise en
couleurs, avec ses tons de gris, les atmosphères
brumeuses (le smog de Manhattan, la poussière, les
vitres sales) semblent là pour nous rappeler que l’avenir
est difficile à apercevoir, et qu’un coup, même si bien
préparé, peut mal tourner. Ce qui arrive effectivement, et
plus d’une fois.
C’est le parti pris graphique inverse qu’a adopté Baru
dans Pauvres zhéros, d’après Pierre Pelot. À juste titre:
en insistant sur les vifs contrastes de couleurs, il a pu rendre
cette histoire sordide, d’un pessimisme presque total,
où le destin des petites gens semble violemment déterminé.
Dans une communauté sans nom, Joël, un petit
trisomique, a disparu. On le cherche; on veut faire porter
le chapeau à certains, plus vulnérables. La télé est à l’affût
du drame. Nanase, le paumé du coin, voudrait jouer
au héros, pour une fois; d’autant qu’il en sait plus qu’il
n’en dit. Mais dans ce « mélodrame social », le contraste
entre les classes est plus violent encore que les vives
couleurs du dessin. Comme dans un film noir, quelques
vies seront brisées avant que les choses ne reprennent,
tant bien que mal, leur place.
Pierre qui roule
Lax d’après Donald
Westlake, Payot et
Rivages, coll.
Rivages/Casterman/
Noir, 94 p., 31,95$
Par Stéphane Picher, librairie Pantoute
Pauvres zhéros
Baru d’après Pierre
Pelot, Payot et Rivages,
coll. Rivages/
Casterman/Noir,
86 p., 29,95$
Bandes dessinées
Le lot contient une nette déception, le Sur les quais
adapté de Budd Schulberg. Le dessin de Georges Van
Linthout, manquant d’assurance ou de technique, ne
réussit pas à convaincre. Pire, presque toute son
imagerie est tirée du film, plutôt qu’issue de son imaginaire.
Ce qui nous donne plus
que l’impression d’avoir à faire
avec une adaptation du film,
non du livre. Le scénario de
Rodolphe pèche dans le même
sens, faisant fi ou presque des
différences entre livre et film...
dont la fin. Certes, le film est
mieux connu que le livre, qu’il
a inspiré. Mais où est passée
l’idée même de cette collection, qui est d’adapter un
roman en BD? (C’est bien le roman, pas le film, qu’on
trouve au numéro 335 de Rivages/Noir.)
Vient ensuite le dessert, un coup de cœur inconditionnel!
Pour illustrer cette histoire de Jim Thompson, chez
qui les émotions ne sont qu’une façon de manipuler les
gens dans un monde autrement glacial, où l’expression
« femme fatale » est un pléonasme, il fallait le dessin
impitoyable de Miles Hyman. Sa ligne sèche, ses plaques
de couleurs bien séparées soulignent la solitude des
êtres, îles dans un océan de fatalité. Dans Nuit de
fureur, la beauté plastique n’est pas à mettre au
compte d’une coquetterie de dessinateur, elle figure
au contraire à merveille la froideur du monde selon
Thompson où tout est à sa place, même ce tueur intelligent
que rien ne semble pouvoir arrêter mais qui
réalise, trop tard, qu’il n’est qu’un petit pion dans une
histoire bien plus grande que lui.
Un bon scénario, un dessin qui en renforce le sens et en
illustre la beauté particulière; résultat: une bonne BD.
Avec pour l’instant deux belles réussites, un raté et un
gros coup de cœur, voilà une collection bien partie. Nous
frétillons d’impatience, d’autant que dans la boule de
cristal, on peut apercevoir un Dennis Lehane!
Sur les quais
Georges Van Lithout et
Rodolphe d’après Budd
Schulberg, Payot et
Rivages, coll.
Rivages/Casterman/
Noir, 86 p., 29,95$
Nuit de fureur
Miles Hyman et Matz
d’après Jim Thompson,
Payot et Rivages, coll.
Rivages/Casterman/
Noir, 94 p., 31,95$