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Nouveautés
Jeux interdits inaugure la nouvelle
collection Sexualités et sociétés.
Bruno Sioui offre un ouvrage qui
jette pour la première fois un
éclairage saisissant sur les adolescents
accusés d’agression sexuelle.
Son expérience de plus de vingt
ans sur le terrain et sa recherche
dans le cadre de sa thèse de doctorat,
dont est issu l’ouvrage, permettent
de mieux comprendre ce
phénomène troublant et actuel. « Au cours de l’année
2006, les policiers sont intervenus dans 22 136
affaires d’agression sexuelle. […] 2151 des présumés
auteurs d’agression sexuelle étaient des mineurs. »
Ainsi, il a interrogé quinze jeunes afin de retracer le
parcours de vie qui les a amenés à poser des actes
aussi graves et d’offrir des pistes de solutions pour les
aider.
JEUX INTERDITS
Bruno Sioui, VLB éditeur, 176 p., 19,95$
Des universitaires tout à fait
comme il faut se sont penchés sur
une facette de la culture populaire:
la chanson francophone
engagée. Parmi les artistes passés
sous leur loupe se trouvent Anne
Sylvestre, Georges Brassens, mais
aussi Loco Locass, Mes Aïeux et
Richard Desjardins. Force est de
constater qu’il y a une distinction
entre « chanson engagée » et
« chanson à texte ». L’ouvrage de Lise Bizzoni et
Cécile Prévost-Thomas permet de découvrir toute la
richesse et la pluralité de la chanson engagée durant
le XX e et le début du XXI e siècle. Chose certaine, elle
suscite un engouement collectif grâce à la charge
revendicatrice portée par les textes. Pourtant, elle
reste, à l’exception de certains titres, un genre encore
assez marginal.
LA CHANSON FRANCOPHONE
ENGAGÉE
Lise Bizzoni et Cécile Prévost-Thomas,
Triptyque, 192 p., 20$
L’ouvrage d’Alain-G. Gagnon,
professeur de science politique
et titulaire de la Chaire
de recherche du Canada en
études québécoises et canadiennes,
va ajouter de l’eau
au moulin de la réflexion
sur les accommodements
raisonnables et du « vivre
ensemble ». Dans la lignée de
Trudeau et Charles Taylor, il
plaide pour un fédéralisme
multinational moderne comme outil d’affranchissement
des nations minoritaires au sein des
États démocratiques complexes. Pour appuyer sa
réflexion, il prend les exemples du Québec et de la
Catalogne, où la méfiance et l’hostilité à l’égard
des institutions centrales fédérales prédominent.
Il estime que la multiplicité nationale et l’unité
politique peuvent cohabiter: d’une part, par un
partage de la souveraineté et, d’autre part, par un
respect des institutions politiques.
LA RAISON DU PLUS FORT
Alain-G. Gagnon, Québec Amérique, coll. Débats,
240 p., 24,95$
Ils ont vécu sous le
nazisme
Laurence Rees, Perrin,
432 p., 32,95$
Laurence Rees, historien et documentariste
à la BBC, a rassemblé les
témoignages des derniers témoins oculaires du régime
nazi pour nous offrir une histoire « vue d’en bas » de ces
années terribles. Sa compilation nous stupéfie par son
acuité: nous bénéficions d’une perception plus claire de la
nature du nazisme. « Le peuple allemand manque
d’espace vital », scande la propagande, la « loi du plus
fort », ce « darwinisme social » au cœur de la doctrine
nazie, pousse à la guerre à l’Est contre les Slaves, ces soushommes
exploitant mal leurs terres. Il s’agira d’une
guerre d’anéantissement comme nulle autre dans
l’Histoire. « Nous ne faisons que répéter le modèle de la
conquête de l’Ouest américain », dira Hitler. La réplique
sera terrible et, en 1945, les nazis finiront par récolter les
souffrances qu’ils ont semées. Christian Vachon Pantoute
Héros du blues, du
jazz et de la country
Robert Crumb, De la Martinière,
240 p., 39,95$
Célèbre autant qu’influent bédéiste américain, Robert
Crumb est aussi un fervent amateur de la musique américaine
des débuts du XX e siècle. Dans les années 80, il conjugue
son métier et sa passion pour offrir, avec la participation
d’une maison de disques et sous formes de cartes
à échanger, de magnifiques portraits de ses musiciens
préférés. Agrémentées de courtes biographies, ces icônes
mélangeant les héros du jazz, de la country et du blues,
vont rapidement devenir des objets rares. Les Éditions de
la Martinière nous les rendent ici dans un génial petit
album accompagné d’un CD de vingt-et-un pièces sélectionnées
par le créateur de Mr. Natural lui-même.
Christian Girard Pantoute
Entre poudrés et
pouilleux. Le jeu des
apparences à Paris au
XVII e siècle
Jacques Mathieu, Septentrion,
180 p., 15,95$
Surprise! Ce livre n’est pas ce que son titre semble
annoncer. Au lieu de l’analyse savante d’un objet socialhistorique
abstrait destinée aux « lecteurs motivés »,
c’est un récit biographique d’une écriture digne des
meilleurs romans qu’il nous offre! Jacques-Philippe (dit
Jacob) Cornutti (1599?-1651) est le cadet d’une famille
de médecins de Paris. S’il choisit d’abord de soigner les
gueux, la science le passionne, et en 1635 il signe la toute
première étude sur les plantes du Canada (rééd. J.
Mathieu, 1998). Mais l’ascension sociale ne suivant pas,
c’est vers l’alchimie qu’il se tourne pour parvenir à ses
fins. Le tournant sera fatal... Entremêlant habilement le
plausible et le vérifiable, ce récit est aussi un remarquable
portrait psychologique d’un scientifique du XVII e siècle.
Vu la licence qu’a adoptée l’historien, il serait dommage
que les apparences détournent les lecteurs.
Paul-Albert Plouffe Pantoute
SEPTEMBRE-OCTOBRE 2008
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le libraireCRAQUE
L’espèce
fabulatrice
Nancy Huston,
Actes Sud/Leméac,
coll. Un endroit où aller,
208 p., 25,95$
L’homme a besoin de fictions pour
mener une vie « normale », assouvir
son désir d’appartenance et,
surtout, communiquer. En prenant cela comme prémisse
à son nouvel essai, Huston analyse les prises que nous
avons, que nous cherchons à avoir sur le réel. Et elle nous
éblouit, encore une fois, par sa lucidité en abordant aussi
bien les fictions qui engendrent les guerres et la haine que
celles qui font tomber amoureux et naître le bonheur.
Parce que l’ouvrage porte sur l’humanité en tant que peuple
et en tant qu’ontologie, elle ne peut pas, comme à son
habitude, prendre des visages connus pour l’expliciter.
On sent l’auteure touchée, interpellée, on la sent incluse
dans son sujet, autant que nous, sinon plus. Ce qui
explique peut-être que, plus qu’à l’habitude, on la sent
près de nous, comme une amie qui nous exposerait sa
dernière théorie. Anne-Marie Genest Pantoute
Le sec
et l’humide
Jonathan Littell, Gallimard,
coll. L’arbalète,
140 p., 29,50$
Le sec et l’humide est issu des
mêmes recherches qui ont donné naissance aux
Bienveillantes. Il n’y a donc pas lieu d’opposer ses 140
pages aux plusieurs centaines du premier (sa parution
suit d’ailleurs, de quelques mois à peine, la version
« folio », revue par l’auteur, des Bienveillantes).
S’inspirant du chercheur allemand Klaus Theweleit, qui
signe aussi la postface, Littell s’intéresse à un texte de
Léon Degrelle, célèbre collaborateur et fasciste belge. À
travers l’opposition du sec et de l’humide véhiculée dans
les mots et les images de Degrelle, Littell tente de dégager
une certaine « structure mentale de la personnalité fasciste
». Le résultat est un petit livre tout à la fois fascinant
et terrifiant, accompagné de photographies qui donnent
froid dans le dos. Mathieu Croisetière Clément Morin
Mon histoire
vraie
David Lynch, Sonatine
Éditions, 156 p., 34,95$
Si vous êtes comme moi un
fan fini de David Lynch, vous
jubilerez à la lecture de ce livre. Celui-ci nous fait entrer
dans l’univers intime du cinéaste. On y apprend par
exemple que Lost Highway a été inspiré par le procès
d’O.J. Simpson, ou que le film préféré de Stanley Kubrick
était Eraserhead. Mais le plus intéressant concerne la
méditation transcendantale, que Lynch dit pratiquer
quotidiennement depuis trente-trois ans. Comparant
tour à tour le « champ unifié » de la physique quantique
avec le Soi profond auquel la méditation donne accès,
Lynch explique ce que cette dernière a apporté dans sa
vie et dans son rapport à la créativité, en particulier grâce
à l’intuition artistique qu’elle permet d’approfondir.
Décidemment, David Lynch n’aura jamais fini de nous
surprendre. Mathieu Croisetière Clément Morin