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RÉVOLUTION CHEZ LES ROUGES
Les sagas soutenues par une riche trame politique ne vous effraient pas? Vous
vouez un culte au Docteur Jivago ou à Guerre et Paix? Alors vous serez fous de
Viktor Vavitch, le dernier grand chef-d’œuvre russe (741 pages!) enfin édité en
français. Écrit entre 1929 et 1934 par Boris Jitkov (1882-1938), imprimé en 1941 et
instantanément victime de la censure stalinienne, ce roman
foisonnant à l’écriture poétique et cinématographique que
Pasternak considérait comme « le meilleur sur la révolution
de 1905 » a été sauvé de l’oubli grâce à l’imprimeur de
l’époque, qui en subtilisa une douzaine d’exemplaires. L’an
1918, au cours duquel le dernier tsar perdit son pouvoir au
profit du peuple, c’est l’année charnière du très beau roman
de la Française Véronique Olmi, La promenade des Russes
(Grasset). Une grand-mère explique à sa petite-fille tout l’intérêt
qu’elle porte à la princesse Anastasia, fille du dernier
tsar, Nicholas II, dont on n’a retrouvé aucune trace après
l’exécution de sa famille. Une année dans la vie de Tolstoï
de Jay Parini complète ce tour de la Russie (Fides). Inspiré
des journaux intimes et de la correspondance des proches de l’auteur d’Anna
Karénine, le roman, dont l’action se situe en 1910, après la publication de Guerre
et Paix, raconte comment l’écrivain le plus célèbre de l’époque a tenté de trouver
la paix en fuyant la notoriété et sa famille.
(Indépendance), Richard Ford signe son livre le plus abouti, L’état des lieux,
« un roman d’une puissance et d’une virtuosité exceptionnelles » qui brosse
les portraits, tout en nuances, de l’Amérique — pré et post 11-Septembre —
et d’un homme qui, dans sa complexité, rappelle le Harry « Rabbit »
Angstrom d’Updike. Agent immobilier atteint d’un cancer de la prostate, quitté
par sa femme et hanté par la mort de son fils, Frank Bascombe voit arriver
Thanksgiving avec appréhension. Seul face à son passé, il ne sait plus quel sens
donner à son existence. Ford a créé un nouvel antihéros: un grand livre, vraiment.
Danic Parenteau et Ian Parenteau
214 pages • 26 $
Une magnifique synthèse comparative
des grands courants politiques
Louis Favreau, Lucie Fréchette
et René Lachapelle
Collection Initiatives
196 pages • 20 $
Les indispensables repères pour comprendre
la solidarité internationale.
SEPTEMBRE-OCTOBRE 2008
37
208 livres pour l’automne 2008
Comme l’Olivier, les Éditions Christian Bourgois nous ont
habitués à des fictions de qualité. Le dernier ajout à leur catalogue
est « une épopée magistrale sur le déclin de l’empire américain »
coiffée du National Book Award 2007, Arbre de fumée de Denis
Johnson. Les critiques élogieuses ont plu sur ce roman visionnaire
et ambitieux qui commence en 1963 dans les Philippines, le jour
de l’assassinat de Kennedy, et culmine en 1970. Quant à Thomas
Pynchon, l’un des fleurons littéraires des États-Unis, il signe le
plus gros livre de la rentrée (1200 pages), mais la seule sortie de
son roman est, en soi, un événement. Publié au Seuil, À contrejour
est une fresque familiale se déroulant entre 1893 et les
années 20, de Chicago à Paris en passant par l’Asie et le Mexique.
Du côté de Flammarion, le catalogue s’enrichit de deux œuvres
apparentées par un thème commun, les conflits armés. En moins
de cent pages, Guerre à Harvard de Nick McDonell dépeint, pendant
la guerre en Irak, le quotidien de jeunes universitaires américains
que la CIA vient débaucher sur le campus. Plus étoffée,
Alfred et Emily est une fiction autobiographique de Doris Lessing.
La nobélisée de littérature 2007 s’y rappelle la façon dont la
Seconde Guerre mondiale a bouleversé la vie de ses parents (son
père fut amputé d’une jambe et sa mère, infirmière, soigna les
blessés) et tente de réécrire l’Histoire en leur mémoire. Il est aussi
beaucoup question de famille dans le roman de Mariolina Venezia,
J’ai vécu mille ans (Éditions Robert Laffont). Récipiendaire du
prix Campiello 2007, ce roman raconte dix siècles d’histoire par
le biais de femmes ayant appartenu au même clan. C’est Gioia, fille de l’Italie
contemporaine et la plus jeune d’entre elles, qui remontera le temps afin de
comprendre sa propre nature, issue d’une longue tradition.
Chez Gallimard, la rentrée étrangère foisonne de promesses de lectures fantastiques,
dont Tête de chien de Morten Ramsland. Cette saga familiale de
près de 450 pages tourne autour du loufoque et têtu Asger Eriksson, qui refuse
net (du moins au début de l’histoire!) de dire la vérité à sa petite-fille à
(suite p. 40)
Caroline Bouchard
Collection Éducation à la petite enfance
470 pages • 48 $
Abondamment illustré
Pierre Demers
180 pages • 23 $
Un plaidoyer pour une véritable éducation
des jeunes
Des livres,
des idées