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LITTÉRATURE ET POÉSIE QUÉBÉCOISE
Chez Boréal, la fiction qui devrait remporter l’assentiment général s’intitule Et
je te demanderai la mer de Stéfani Meunier. Il s’agit d’un père qui, après avoir
quitté femme et fils, s’achète un motel miteux puis y rencontre une mère
accompagnée de son fils, deux écorchés par la vie. L’un des atouts du roman
réside dans la force retenue des personnages. Meunier, qui a séduit la critique
avec Ce n’est pas une façon de dire adieu, affine ici son art de conteuse. Ying
Chen, elle, n’a plus besoin de présentation. Installée au Québec depuis 1989,
elle érige une œuvre traversée par les questions de l’héritage culturel et de la
filiation. Audacieux. Dans Un enfant à ma porte, Chen déconstruit le discours
sacralisant la maternité. Prix du Gouverneur général 2004 pour Le cercle parfait,
Pascale Quiviger revient avec une œuvre envoûtante teintée d’une touche
fantastique, La maison des temps rompus. Une femme s’installe dans une maison
au bord de la mer. Étrangement, aucun de ses proches ne parvient à trouver
le chemin pour s’y rendre, mais son isolement lui permet de se remémorer
ERATO, QUAND TU LES TIENS
L’art poétique sera fort bien représenté cet automne. Les Éditions de l’Hexagone
publient les œuvres posthumes de Robbert Fortin (Le bonheur est un terrain
vague) et Michel van Schendel (Il dit). Chez Boréal, Hélène Monette signe un hommage
à sa sœur récemment disparue, Thérèse pour Joie et Orchestre. Chez Québec
Amérique, deux titres seulement, mais majeurs: Paradoxes de la fragilité du prolifique
José Acquelin et Corps étranger de Catherine Lalonde, un recueil écrit avec
fougue. Le Quartanier, quant à lui, publie un recueil protéiforme, Téléthons de la
Grande Surface de Marc-Antoine K. Phaneuf, encyclopédie hétéroclite composée
de listes sur les belles femmes, les insultes, les électroménagers et les
hockeyeurs! Par l’auteur de Fashionably Tales: Une épopée de plus brillants
exploits. Tandis que Triptyque publie Ollivier Dyens (Là où dorment les crapauds),
Martin Thibault (Un oiseau moqueur sur l’épaule) et Denise Brossard (La rive solitaire)
voient leurs poèmes paraître aux Éditions du Noroît.
BABY BOOM
Depuis plusieurs années, VLB éditeur se positionne bien sur le marché de la saga
historique. À preuve, cet automne paraîtra La déroute d’Anne-Marie Sicotte, qui clôt
Les accoucheuses, une série sur ces pionnières que furent, au Québec, les sagesfemmes
(60 000 exemplaires des tomes un et deux ont trouvé preneur). Moïrane,
deuxième volet de L’appel des cygnes de Diane Lacombe,
jouira d’une bonne popularité. L’auteure de la trilogie de
Mallaig puise toujours son inspiration dans son Écosse
chérie! Comme un écho au roman d’Anne-Marie Sicotte, Les
filles tombées de Micheline Lachance s’attarde à ces célibataires
qui, contre l’Église et l’opinion publique,
accouchaient en dehors des liens sacrés du mariage (Québec
Amérique). Une fois de plus, la rigoureuse journaliste,
biographe et romancière (Le frère André, Lady Cartier, Le
roman de Julie Papineau) signe une épopée envoûtante qui,
cette fois, se déroule à Montréal dans la seconde moitié du
XIX e siècle. Sous le couvert de la fiction, elle narre avec soin
Micheline Lachance
s’attarde à ces
célibataires qui,
contre l’Église et
l’opinion publique,
accouchaient en
dehors des liens
sacrés du mariage
(Québec Amérique).
les destinées des filles-mères et de leurs « bâtards »,
révélant du coup l’œuvre des religieuses s’y consacrant. Ce
portrait d’époque constituera, à coup sûr, l’un des temps
forts de l’automne. Micheline Dallaire, elle, a planté le décor
de son premier roman dans les communautés de religieuses
d’avant la Révolution tranquille. Tirant son titre de l’annonce
qui était publiée dans les journaux de l’époque chaque fois
qu’une jeune fille prenait le voile, L’adieu au monde est une
impressionnante reconstitution d’un univers clos rarement
décrit en littérature, les couvents, et que l’auteure connaît
pour y avoir mené une vaste enquête (Hurtubise HMH).
SEPTEMBRE-OCTOBRE 2008
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Bestiaire d’Éric Dupont, dresse l’abracadabrant portrait d’une
génération marquée par Comaneci, René Lévesque et le secret de la
Caramilk.
l’histoire d’une amitié intense. La prose de Quiviger ainsi
que la psyché complexe des personnages ne vont pas sans
rappeler l’art d’Anne Hébert. Bref, une grande styliste.
Sorti au printemps 2007, Le jardinier de monsieur Chaos
a révélé un romancier imaginatif. Francis Malka ne devrait
pas décevoir avec son second livre, Le violoncelliste sourd (Hurtubise HMH).
Un musicien acquiert une réputation internationale en feignant la surdité. Les
foules accourent, on crie au prodige. Jusqu’où ira l’imposture? Auparavant
publié à L’instant même (Iphigénie en haute-ville), François Blais voit son
deuxième roman, Le vengeur masqué contre les hommes-perchaudes de la
Lune, publié par Hurtubise HMH. Cet auteur de la relève qui joue avec les mots
a su conquérir le lectorat. Anick Fortin a choisi une langue
drue, orale et parsemée de gros mots pour évoquer la violence
des émotions de l’héroïne de Journal intime d’une pute conforme,
une professeure de mathématiques qui se sent comme
un « corps-objet » après avoir été
larguée par un jeune tombeur dont elle
s’est amourachée (Trois-Pistoles).
Aussitôt consommée, aussi jetée: sontce
là les règles des relations amoureuses
actuelles?
Au Marchand de feuilles, l’écrivaine et
éditrice Mélanie Vincelette publie trois
œuvres, dont Bestiaire d’Éric Dupont,
qui dresse l’abracadabrant portrait d’une
génération marquée par l’Expo 67,
Comaneci, René Lévesque et le secret
de la Caramilk (1976-1986), et
Victoria et le vagabond de Mélikah
Abdelmoumen, qui met en scène deux
personnages en quête d’eux-mêmes et
une dame quasi centenaire. Trois
lignes de vie sur lesquelles plane l’ombre
de Charlie Chaplin. Les éditions
Coups de tête, qui ont dernièrement
franchi le cap de leur première année d’existence, frappent
fort avec des romans comme des « tonnes de brique ».
Coïncidence ou non, d’eux d’entre eux réinventent de
mythiques personnages, l’un, littéraire et l’autre, biblique.
Ainsi, dans Speranza, Laurent Chabin imagine que le héros
de William Defoe, Robinson Crusoé, trouve son salut non pas
dans la perpétuation de sa civilisation, mais dans la libération
de ses instincts sauvages, et Dynah
Psyché, avec Cyclone, raconte, par le
biais d’échanges de courriels, les
quelques heures précédant l’arrivée d’un
cyclone sur la Martinique. La famille de
Moïse, disparu en mer, est plongée en
pleine tragédie. Un Noé moderne? Enfin,
en novembre paraîtra Grande Plaine IV
d’Alexandre Bourbaki, cet auteur insaisissable
qui mystifiait le lectorat et la critique
avec son détonant Traité de balistique
(Alto) en 2006.
On apprécie le talent de Francine Noël
depuis Maryse, son premier roman
publié en 1983 et, en 2006, elle faisait
un retour remarqué grâce à La femme
de ma vie, un récit touchant inspiré
par sa mère. Cet automne, elle revient
Le fin fond de l’histoire
marque le retour
d’Andrée Laberge
(La rivière du loup,
Prix littéraire du
Gouverneur général
2007).
Francine Noël revient
en forme avec J’ai
l’angoisse légère, où
elle redonne vie à certains
personnages de
ses précédents romans.
en forme avec J’ai l’angoisse légère, où elle redonne vie à certains
personnages de ses précédents romans. Et comme
Francine Noël privilégie la qualité à la quantité (elle a peu
publié depuis ses débuts), son éditeur, Leméac, est fort
heureux de publier cette œuvre qu’il n’attendait pas sitôt.
Chez l’éditeur de la rue d’Iberville, on remarque de plus le
retour de deux romancières en pleine progression: Linda
(suite p. 31)