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Littérature étrangère
Comme Dieu
le veut
Niccolo Amanniti, Grasset,
542 p., 32,95$
Rino, chômeur alcoolique et violent,
habite une petite ville d’Italie
dénuée de tout charme. Il y élève seul son fils
Cristiano, 13 ans, et craint continuellement de s’en
voir confisquer la garde par les services sociaux. Las de
leur existence misérable, Rino et deux comparses
complotent afin de fracasser un distributeur automatique
de billets. La nuit où le trio prévoit exécuter le
méfait, des pluies torrentielles viennent contrecarrer
les plans et font basculer cruellement le destin de chacun
d’eux. Cette histoire sombre, troublante mais
ponctuée d’humour, nous dépeint une Italie méconnue
et vulgaire. Ammaniti multiplie les chassés-croisés
et les rebondissements imprévisibles. Avec un regard
empreint d’humanité et de tendresse, il révèle des personnages
paumés, voire pathétiques, mais absolument
bouleversants! Prix Strega 2007. Johanne Vadeboncœur
Clément Morin
Œufs de Pâques
au poivre vert
Dominique Noguez, Zulma,
124 p., 18,95$
Dominique Noguez, on le remarque
au fil de ses productions,
s’amuse. Et cet amusement
prend une riche teneur avec ce
petit livre qu’est Œufs de Pâques au poivre vert. À le
parcourir, on pourrait croire tenir entre nos mains une
espèce de méli-mélo complètement disjoncté. On
rigole à la lecture de ses petites histoires, de ses
sudokus faciles et moins faciles, de son astrologie vraiment
moderne avec ses six nouveaux signes, de son
écriture performative, et j’en passe. Tout, là dedans,
regorge de causticité, d’inventivité et sait se faire passer
pour une bonne dose de divertissement. Un bon
paquet de petites surprises bien poivrées, concoctées
par un grand spécialiste de l’humour sous toutes ses
couleurs. Christian Girard Pantoute
La fièvre
des sommets
Marc Batard, Glénat,
250 p., 34,95$
Le premier roman de Marc Batard
est une réussite! L’alpiniste français,
rendu célèbre pour son ascension
de l’Everest en moins de 24
heures sans oxygène, sait de quoi il parle quand il écrit
sur la montagne: depuis plus de trente ans, il accompagne
les meilleurs grimpeurs sur les plus hauts sommets.
Dans ce roman, Alan Renoir, l’alter ego de l’auteur,
doit confronter sa vision idéaliste de la montagne
à celle d’une riche aventurière, Alexandra de Courbin,
dont l’ambition est de devenir la première femme à
conquérir les quatorze sommets de plus de 8000
mètres. Et si le plus grand obstacle de la sprinteuse
était le jugement infaillible de son guide? Écrit dans un
style simple, mais efficace, sur fond de pics enneigés et
d’ascensions spectaculaires, ce roman nous conduit
avec beaucoup de réalisme au cœur d’un monde intrigant,
inaccessible: celui des rivalités, des premiers
arrivés et des exploits surhumains.
René Paquin Clément Morin
le libraireCRAQUE
C’est très bien
comme ça
Annie Proulx, Grasset,
320 p., 29,95$
Je n’avais jamais lu aucun livre
d’Annie Proulx: ni son célèbre
roman Nœuds et dénouements,
pas plus que son recueil Les
pieds dans la boue, dont une nouvelle a d’ailleurs été
adaptée au cinéma avec Brokeback Mountain. Si le
propre d’un roman est de nous faire découvrir des contrées
lointaines et de nous ouvrir à des univers nouveaux,
les grands espaces perdus du Wyoming décrits
dans ses romans ne m’attiraient pas. J’avais tort,
puisque Annie Proulx nous entraîne bien au-delà de
ces terres austères et inhospitalières. Elle y décrit de
façon dure et impitoyable l’âme de ces habitants aux
prises avec leurs rêves et leurs limites, leurs ambitions
et leurs déceptions. C’est la confrontation et l’acharnement
inlassables de ces hommes et de ces femmes face
à une nature et un environnement qui ne leur cèdent
jamais rien, sinon cette implacable constatation tout
au bout de leurs forces vaincues que, le destin leur font
dire: « C’est très bien comme ça. »
Jocelyne Vachon La maison de l’Éducation
Pendant qu’il te
regarde, tu es la
Vierge Marie
Gudrùn Eva Mínervudòttir,
Zulma, 158 p., 32,95$
En intitulant chaque chapitre d’un
ton vindicatif comme s’il s’agissait
de l’un de ceux de la Bible ou l’un des Dix
Commandements, l’auteure nous plonge dans des
univers tout à la fois hors du monde et profondément
humains. Comme si elle nous ouvrait la porte de la vie
ultra-intime de ses personnages. On se doute que si les
passants pouvaient percevoir nos pensées vagabondes,
ils seraient parfois surpris ou effrayés mais, le plus souvent,
ils se sentiraient perdus, intrus ou voyeurs. C’est
ce qui attend le lecteur dans ce recueil, qui donne parfois
l’impression de regrouper plusieurs moments de la
vie d’un même individu montés de façon
anachronique. Un délice d’une beauté volatile,
nébuleuse et d’une cohérence presque imperceptible,
qui donne envie d’aller explorer l’Islande pour comprendre
d’où provient cette inventivité étrange.
Anne-Marie Genest Pantoute
Logogryphe
Thomas Wharton, Alto,
200 p., 20,95$
Un livre qui contiendrait le monde,
une vie qui se comprendrait dans
ses lignes; dans ce livre, on pourchasse
les histoires et les personnages
comme on va en quête de
soi-même et de l’ultime. C'est une littérature qui nous
comble par son imaginaire, qui rêve la même chose
que nous, qui évoque la globalité des couches successives
d’un récit sans équivalent. Libre et offensé, nous
sommes le lecteur à la recherche de lui-même, indissocié
des mots écrits et confronté à eux. Nos fantasmes
s’y mesurent, les légendes et les rêves s’inscrivent
comme autant de sujets de notre réalité. C’est un livre
qui en amène un autre et puis, un autre. Partageant ses
lubies et ses rêves, nous sommes le lecteur privilégié
des frasques et de cette ultime littérature, qui nous
dévoile et ne se contourne pas.
Isabelle Beaulieu Pantoute
SEPTEMBRE-OCTOBRE 2008
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En marge
Littérature étrangère
Salman Rushdie fait chevalier par Elizabeth II
La reine Elizabeth II a sacré chevalier Salman
Rushdie. L’écrivain anglais d’origine indienne a publié
son premier roman, Grimus, en 1975, avant de
connaître la consécration en 1981 avec Les enfants
de minuit (Booker
Prize).
© Getty images Sean Gallup
Un original de Shakespeare retrouvé à Washington
Une édition originale des œuvres de William
Shakespeare datée de 1623 et volée il y a dix ans
dans la bibliothèque de l’Université de Durham
(Angleterre) a été retrouvée à Washington. Son possesseur,
un homme de 51 ans, été arrêté en Grande-
Bretagne. Ce premier feuillet avait été dérobé en
décembre 1998 lors d’une exposition. Il aura fallu la
collaboration d’experts et des polices américaine et
britannique pour faire aboutir l’enquête.
Quelque part dans le temps
Après Trainspotting (Éditions de l’Olivier, 1996) et
sa suite, Porno (Au Diable Vauvert, 2008), le
prochain livre d’Irvine Welsh remontera le temps.
Les faits se dérouleront en 1984, soit quelques
années avant ceux racontés
dans Trainspotting. Les fans
sauront ainsi comment Sick
boy, Rent boy et Spud sont
passés de l’adolescence « classique
» (drogue, sexe, football)
à la complète dépendance. C’est
l’éditeur britannique Cape qui a
acquis les droits du roman.
© Scotsindependent
Découverte de poèmes de Neruda
Un collectionneur chilien a déniché chez un libraire
un recueil inédit du poète Pablo Neruda (1904-1973).
Intitulée Album d’Isla Negra, cette œuvre datée de
1969 exclut toute potentielle falsification en raison
de l’encre verte typique qu’utilisait le prix Nobel de
littérature 1971 ainsi que de la forme du « P » de
Pablo, particulière et donc difficilement imitable. Le
court recueil est dédié à la nièce de l’épouse du
poète, Matilde Urrutia, qui, selon plusieurs
biographes, était la maîtresse de Neruda au cours des
dernières années de sa vie.
Sépulture profanée pour Hans Christian Andersen
La tombe du père de quelques-uns des contes pour
enfants les plus mémorables du
XIX e siècle (La petite sirène, La
princesse au petit pois, La
petite fille aux allumettes), le
Danois Hans Christian
Andersen (1805-1875), a été
vandalisée au début de l’été. Il
sera ardu d’effacer les graffiti
car la pierre tombale est en
grès, une matière très poreuse.
Ce méfait est l’œuvre de délinquants outrés que les
autorités aient entrepris le nettoyage d’autres dessins
sur l’un des murs du cimetière, qui dénonçaient la
destruction d’un refuge de jeunes marginaux, en
mars 2007. Cet événement avait suscité de violentes
manifestations. Plusieurs autres pierres tombales du
cimetière situé à Copenhague ont subi un sort similaire,
entre autres celle du physicien Niels Bohr,
récipiendaire d’un prix Nobel.