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Le monde du livre
J O, fric et amnésie
Prétendre qu’un fossé sépare l’olympisme de la
politique, c’est surpasser l’autruche dans ses
esquives.
Berlin, 1936: « La complicité du président du
Comité international olympique (CIO) conduit
aux États-Unis et en Europe des personnalités à
protester. Des mouvements de boycott s’organisent,
des gouvernements sont alertés. En France,
la passion est vive jusqu’au 9 juillet 1936. Ce jourlà,
l’octroi de la subvention olympique est voté à
l’Assemblée. Les communistes s’abstiennent. Un
seul député vote contre: Pierre Mendès-France »
(Les dessus de l’olympisme, Caillat et Brohm, La
Découverte, 1984). La biographie de Jean
Lacouture trace le portrait du seul opposant à la
démesure de Goebbels (Pierre Mendès-France,
Seuil, 1981).
Helsinki, 1952: « Sur leur demande, les Russes et
les Hongrois avaient été installés ailleurs (que dans
le village olympique) et leurs résidences sont
entourées de fils barbelés pour éviter toute évasion
vers la liberté » (Petit guide des Jeux olympiques,
De l’Homme, 1972).
Munich, 1972: « L’admission de la Rhodésie
déclenche un vaste mouvement de boycott.
Trente-cinq pays sont prêts à renoncer à participer.
[...] Le 22 août, la Rhodésie est exclue.
C’est une décision politique, reconnaît M.
Brundage » (Les dessus de l’olympisme).
Moscou, 1980: « Dans les conditions actuelles,
déclare le président Carter, je ne peux pas admettre
qu’une équipe américaine puisse se déplacer en
territoire soviétique à moins que les troupes russes
se replient du territoire afghan dans les quatre
semaines qui viennent » (ibid.). Quatre ans plus
tard, Moscou se vengera en boudant Los Angeles.
Le promoteur Peter Ueberroth en profitera pour
vendre le parcours de la flamme olympique au prix
de 3 000 dollars le kilomètre.
Montréal, 1976: « Pour protester contre la
présence de la Nouvelle-Zélande dont les rugby-
Le billet de Laurent Laplante
Le parcours de la flamme olympique aura tristement illustré notre aptitude à la naïveté et à
l’amnésie. N’en déplaise à la mythologie, les Jeux olympiques (JO) sont politisés, mercantiles,
inaptes à la transparence. Une fois encore, il faut recourir au livre pour s’approcher des faits.
men viennent d’effectuer une tournée en Afrique
du Sud, les délégations africaines, sur ordre de leur
gouvernement, quittent en masse le village
olympique... » (ibid.).
L’olympisme, d’ailleurs, demeure marqué par sa
fréquentation des élites. Sa politique? Coopter
dans son club privé les gens issus de la noblesse:
grand-duc Jean de Luxembourg, prince Alexandre
de Mérode, prince Fayçal Fahd Abdul Aiz... (Vyv
Simson et Andrew Jennings, Main basse sur les
JO, Flammarion, 1992). Quant à l’idéal olympique,
Donald Guay a raison de nier que les JO ressemblent
aux célébrations des Grecs: « La notion de
performance, de record leur est étrangère. Il ne
s’agit pas pour eux d’être le meilleur mais, avec
l’intervention des dieux, d’être le premier ou le
vainqueur de l’épreuve. C’est cette protection des
dieux qui donne au vainqueur toute son importance
» (La conquête du sport, Lanctôt éditeur,
1997).
Concluons. Le gouvernement chinois sait que les
JO sont politisés. Le CIO a octroyé à Beijing les JO
de 2008 pour enrichir ses commanditaires; il n’a
que faire de l’écrasement du Tibet par Beijing.
Bouder la cérémonie d’ouverture des JO de Beijing
ne privera pas les réseaux de télévision d’un seul
commanditaire. Les athlètes, comme ils l’ont toujours
fait à l’exception des sprinters Smith et
Carlos à Mexico, veilleront à leurs performances
personnelles. Même les 300 morts de Mexico
(1968) n’ont pas modifié ces repères.
P.S. Je ne suis pas neutre: j’ai signé en 1996 un
pamphlet intitulé Pour en finir avec l’olympisme
(Boréal).
Auteur d’une vingtaine de livres, Laurent
Laplante lit et recense depuis une quarantaine
d’années le roman, l’essai, la biographie,
le roman policier… Le livre, quoi!
JUIN-JUILLET-AOÛT 2008
9
« Quand le lecteur lit,
le livre rêve. »
Logogryphe
Une bibliographie
de livres imaginaires
par
Thomas Wharton
Logogryphe appartient aux esprits curieux qui
croient comme Thomas Wharton que la fiction est
un terrain de jeu, un labyrinthe où il fait bon se
perdre. L’écrivain a le pouvoir d’ouvrir des brèches
entre les mondes, de ralentir le temps et de
capturer l’infini. C’est un illusionniste.
Suzanne Giguère, Le Devoir
Les récits de Wharton mêlent les types et les
genres d’écriture au bénéfice de l’imagination
du lecteur et vise l’enchantement par l’attention
portée au plaisir de lire.
Patrick-Guy Desjardins, ICI