Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexBande dessinée
Si les trois premiers opus de la
série Une aventure de Spirou
et Fantasio par… nous ont
laissés sur notre faim, avouons
qu’Émile Bravo a relevé le défi
avec cet album convaincant
des points de vue narratif et
graphique, et truffé de clins
d’œil inventifs et irrévérencieux
aux origines de l’univers
créé par Rob-Vel à la fin des
années 30. Alors que le sort de l’Europe se joue
dans les chambres de l’Hôtel Moustic, le jeune
groom découvre, en quelques jours, les émois de
l’amour, la cruauté des hommes de pouvoir et les
hauts et les bas du journalisme grâce à un certain…
Fantasio. Le créateur de Jules a su allier à
un scénario vif et cocasse une solide réflexion politique.
SPIROU, LE JOURNAL D’UN INGÉNU.
UNE AVENTURE DE SPIROU
ET FANTASIO PAR...
Émile Bravo, Dupuis, 72 p., 21,95$
Pour son premier album à
saveur autobiographique,
Philippe Girard délaisse son
imprononçable pseudonyme de
Phlppgrrd. C’est à son avantage,
puisque l’on découvre un
auteur mûr et sensible, tout
autant capable de nous émouvoir
et d’étonner que de faire
voyager. Inspiré par son rapide
passage avec son éditeur,
Jimmy Beaulieu, à Saint-Pétersbourg lors d’un festival
de bande dessinée, Les Ravins oscille entre le
récit de voyage et le journal intime de belle façon.
L’ouvrage évite d’ailleurs les lourdeurs égocentriques
en dressant un portrait sommaire mais coloré du
quotidien russe. Girard, qui écrit aussi pour la
jeunesse (Le capitaine Planète), peaufine son talent
de bédéiste avec patience et montre brillamment
pourquoi il est un créateur à surveiller.
Nouveautés
LES RAVINS
Philippe Girard, Mécanique générale,
154 p., 18,95$
Il n’est de plus grande énigme
pour l’homme que celle de la
gent féminine. Pour y voir enfin
clair, on dévore cet exposé à
l’humour délicieusement décalé
mettant en scène un scientifique
ayant décodé le mystère
de la femme. De son attachement
au foyer en passant par la
sexualité et les difficultés du couple, on fait le tour
de la « planète Elle » en s’attardant surtout à sa face
cachée. Le trait, proche de celui des grands artisans
de la ligne claire comme Jacobs ou Hergé, ajoute au
décalage entre illustrations loufoques ou surréalistes
et fausse rigueur scientifique. À situer quelque part
entre Blake et Mortimer et le mystère des hormones
et un « Que sais-je? », voilà un exercice aussi
périlleux que savoureux qui ne devrait pas être pris
trop au sérieux.
LA FEMME. LEÇONS DE CHOSES
Rosse, Sillantus et Cylling, Vent des savanes,
112 p., 29,95$
Paru pour la première fois en
1978 et regroupant des récits
datant des années 1970,
Breakdowns a rapidement
gagné le statut d’album culte. Il
est aujourd’hui réédité, enrichi
de plusieurs histoires autobiographiques
et d’une postface
de l’auteur de Maus. Ce qu’on
peut lire entre ses pages étonnantes
et novatrices, même
trois décennies plus tard, c’est le destin d’un jeune
dessinateur ambitieux dans la trentaine qui
cherche son horizon dans les eaux tumultueuses
de l’underground, à San Francisco, et qui, à lui
seul, révolutionnera le neuvième art. Les fanatiques
de Spiegelman vont adorer cette curiosité,
tandis que les autres risquent d’être surpris en
constatant l’ampleur de sa vision artistique.
BREAKDOWNS
Art Spiegelman, Casterman, 80 p., 39,95$
Publié en strips chaque
jour dans le journal La
Nación à Buenos Aires
et ayant obtenu un franc
succès, Macanudo est
désormais traduit en
français par les Éditions
La Pastèque, au grand
plaisir des amateurs de
ce genre plus exigeant
qu’on le croit. Car il n’est pas donné à tous de
créer de petits univers en quelques cases et, qui
plus est, d’imaginer des liens entre toutes les histoires.
Liniers y parvient pourtant avec l’aisance
des vieux routiers. Il a su coucher sur le papier
une faune absurde de personnages attachants, tendres
ou fragiles, empêtrés dans des situations souvent
surréalistes. L’humour est fin, le trait, charmant,
et l’avenir, certainement radieux pour ce
dessinateur à découvrir sans plus attendre.
MACANUDO
Liniers, La Pastèque, 96 p., 21,95$
C’est avec Le combat ordinaire,
une série réaliste abordant
de front les préoccupations
sociales et personnelles
d’un créateur en pleine ascension
que Larcenet a convaincu
critiques et lecteurs de l’étendue
de son talent. Avec
Planter des clous, il clôt ce
cycle de belle façon, sans
pourtant être aussi direct et
émouvant que dans les trois tomes précédents.
Peu importe: le regard que porte le personnage de
Marco, aux prises avec une petite famille, une
tonne d’idéaux et une bonne dose de ras-le-bol
teinté de cynisme — entre autres sur la situation
des ouvriers à l’heure où la France prenait le
virage à droite — demeure d’une remarquable
lucidité. Tout en contrastes, parfois bavarde, parfois
mélancolique, voici la conclusion d’une œuvre
d’une grande humanité.
PLANTER DES CLOUS:
LE COMBAT ORDINAIRE (T. 4)
Manu Larcenet, Dargaud, 64 p., 21,95$
JUIN-JUILLET-AOÛT 2008
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le libraireCRAQUE
Québec, un détroit
dans le fleuve
Collectif, Casterman,
64 p., 24,95$
Une librairie est un endroit de choix
pour tâter des modes, des engouements
du moment. Le 400 e anniversaire de la « trrrrrès
belle ville de Québec » n’y fait pas exception. Mais, dans
la pléthore de livres publiés sur le sujet (pensez-vous au
pilonnage? Moi, si!), on retrouve des petits bijoux.
Comme cette bande dessinée d’un collectif composé de
quelques-uns des auteurs et dessinateurs les plus en
vogue. Au fil de ces quatre histoires, on voit la ville sous
un autre jour. Des visions touchantes et amusantes et des
panoramas qui prouvent que chacun a bien fait ses
devoirs et a parcouru les rues pour en tirer des scènes
inspirantes. Ça nous chatouille les racines! On aurait
seulement souhaité plus de quatre volets pour plus de
diversité. Anne-Marie Genest Pantoute
La Marie
en plastique
(toute entière)
David Prudhomme (dessin) et
Pascal Rabaté (récit),
Futuropolis, 120 p., 37,95$
On peut enfin retrouver dans son
intégralité l’histoire de cette famille aux prises avec les
humeurs et les croyances de ses patriarches. Après Les
petits ruisseaux, tous les éléments sont réunis pour
vouer un culte éternel à Pascal Rabaté, qui sait raconter
des histoires extraordinaires de gens ordinaires et, je me
permets le mot, « typiques » de la France profonde. En
travaillant les expressions et la gestuelle des êtres vivants
dans son trait, Prudhomme nous les rend plus familiers
encore dans leurs personnalités colorées et leurs tempéraments
bouillonnants. On s’y croirait! Ou, ce qui n’est
pas pour me déplaire, on se croirait chez des grands analystes
des caractères au cinéma comme le duo
Jaoui/Bacri ou Colline Serreau. À lire, à déguster!
Anne-Marie Genest Pantoute
Fraise et
Chocolat (t. 2)
Aurélia Aurita, Les impressions
nouvelles, 192 p., 27,95$
Pour les amateurs d’Aurélia
Aurita, c’est un plaisir de retrouver
Chenda (Chocolat) et Frédéric
(Fraise) dans leur vie amoureuse. Leur relation est basée
sur le plaisir sexuel et la découverte de nouveaux trucs
pour éveiller les sens. Chocolat achève sa BD érotique
style manga. Fraise, auteur lui aussi de BD, est l’invité de
plusieurs Salons, de Paris au Japon où il habite. Au fil de
ces déplacements, Chocolat remet en question ses
amours, sa vie sociale et subit les contraintes du quotidien.
Ses questionnements existentiels ont tendance à
énerver Fraise, et la peur de la séparation lui fait perdre la
tête. La BD raconte le cheminement dans la vie d’un couple
peu ordinaire, toujours à la recherche de plaisirs
renouvelés. C’est une suite intime menée avec l’audace
de la simplicité. L’amour de Chenda et de Frédéric, c’est
un petit bonheur entre nos mains.
Jacynthe Dallaire Les Bouquinistes