Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexLittérature étrangère
L’ange de pierre
Margaret Laurence, Alto,
438 p., 18,95$
Premier tome d’un cycle de cinq,
L’ange de pierre raconte l’histoire
de Hagar Shipley. Quand le lecteur
la rencontre, elle a atteint l’âge de
90 ans, vit dans sa maison avec son fils et sa belle-fille
et refuse de déménager dans une maison de retraite,
comme sa famille le lui conseille. Lucide, Hagar se souvient:
de sa jeunesse bourgeoise et prometteuse, de
son mariage avec un fermier pauvre, du temps qui
passe et transforme les rêve de jeunesse en désillusions.
Avec ses personnages attachants et réalistes,
L’ange de pierre constitue une célébration étonnante
de la vie comme elle est: à la fois cruelle et magnifique.
Un très bon et beau roman qui donne envie de lire la
suite! Dominique Côté La Boutique du livre
Les jours s’en vont
comme des chevaux
sauvages dans les collines
Charles Bukowski, Du Rocher,
240 p., 28,95$
Les jours s’en vont comme des
chevaux sauvages dans les
collines est considéré par plusieurs de ses plus fervents
lecteurs comme le meilleur recueil de poèmes
signé par Charles Bukowski. Et ils n’ont pas tort. Paru
en 1969 et publié pour la première fois en français
cette année, cet ouvrage permet d’envisager l’ampleur
et l’importance du travail de Bukowski dans l’histoire
de la littérature américaine du XX e siècle. Outre les
sujets habituels de l’écrivain (l’alcool, les femmes, les
courses de chevaux, la dèche…), on retient du recueil
un lyrisme rugueux sous lequel on sent vibrer une
humanité fragile et touchante, se débattant dans un
monde empreint d’une violence imbécile. Et, avec sa
poésie, Bukowski la lui rend coup pour coup.
Christian Girard Pantoute
100 romans de première
urgence pour (presque)
tout soigner
Stéphanie Janicot, Éditions Albin
Michel, 226 p., 24,95$
Combien de fois dans notre vie de
libraire, ne voyons-nous pas entrer
un client qui nous repère immédiatement,
se dirige droit sur nous et nous pose ce
sempiternel début de question: « Auriez-vous un livre
à me suggérer pour une personne que je connais
qui... » Et, bien sûr tous les états qui s’en suivent : ...
qui vit un deuil, qui est en peine d’amour, qui prend sa
retraite, qui déteste son boss, qui veut arrêter de
fumer, qui trompe son mari, qui se trouve moche, qui
est jalouse, etc. Et ce charmant petit livre est rempli de
très bonnes suggestions. Il est le premier du genre, et,
ma foi, je crois qu’il serait fort utile pour plusieurs et
même pour nos chers(ères) confrères (consœurs)
libraires. En quatrième de couverture, on retrouve
cette phrase magnifique écrite en rouge: « IL Y A
TOUJOURS UN ROMAN POUR VOUS SOULAGER. »
Alors, pour vos traumatismes et handicaps, ce n’est
pas à la pharmacie qu’il faut aller: courez vite à votre
librairie... indépendante, bien sûr!
Jocelyne Vachon La Maison de l’Éducation
Perdu dans un
supermarché
Svetislav Basara, Les allusifs,
184 p., 21,95$
Ce merveilleux fou, ce génie de
Basara nous revient avec un
recueil de nouvelles plus abracadabro-déliro-métaphysicohumoristiques
les unes que les autres! Même les
amateurs de littérature plus pointue et ardue pourraient
largement y trouver leur compte, car c’est bien
de cela qu’il s’agit ici: du plaisir de lire et d’écrire dans
toutes ses ramifications. Dans plusieurs nouvelles,
l’auteur se positionne comme un écrivain présent,
comme se sachant écrire, notant, au fil de l’histoire,
ses procédés, les manières de s’en sortir ou de se corriger.
En jouant aussi beaucoup sur l’illusion de temporalité
d’un roman, il nous ramène à notre condition de
lecteur. Le tout est, je vous l’assure, particulièrement
réjouissant. À découvrir sans plus tarder!
Anne-Marie Genest Pantoute
Dans l’ombre de
Lady Jane
Edward Charles, Hurtubise
HMH, 656 p., 32,95$
Tout au long de ce roman, on suit
la trace de Lady Jane, aînée d’une
famille influente d’Angleterre en 1551, les Suffolk, par
l’entremise de Richard Stocker. D’abord engagé
comme second écuyer par la famille, il assume rapidement
la fonction de secrétaire. Bien malgré lui, il se
retrouve au centre de toutes les intrigues entourant la
cour d’Édouard VI. Le duc de Suffolk réussit à
manœuvrer pour faire de sa fille Jane l’héritière du
trône. Mais Marie Tudor s’oppose à ce projet et fait
emprisonner Jane dans la Tour de Londres, où il est
facile d’exécuter discrètement des prisonniers. C’est
un roman riche en informations sur la politique
anglaise durant un siècle de bouleversements pour les
différentes couches de la société. L’auteur nous transpose
dans ce décor d’une façon si subtile qu’on ne peut
en décrocher! Extrêmement bien tissé, ce premier
roman: on attend le prochain avec impatience!
Caroline Larouche Les Bouquinistes
Une heure pour
l’éternité
Jean-Claude Fignolé, Éditions
Sabine Wespieser, 468 p., 52$
Ce roman historique se déroule
à Saint-Domingue, en 1802. Le
général Victor Emmanuel
Leclerc, beau-frère de Napoléon,
se meurt dans son lit, victime de dysenterie. Sa vie
s’est passée en procès. Toussaint Louverture, héros de
la rébellion, vient hanter le général, qui avait eu pour
mission de rétablir l’esclavage. Son délire est entrecoupé
par le récit de Pauline, sa femme, qui conte leur
mariage, la déception que fut son mari, et ses nombreuses
aventures, dont une avec un mulâtre, meneur
de la résistance des Noirs. Comme un contrepoint à
ces deux histoires, il y a le récit qu’en fait Oriana, la
servante de Pauline, qui essaie d’agir comme garde-fou
moral, une conscience qui, contrairement à Pauline,
ignore les horreurs qui se commettent sur l’île au nom
de la République. Félix-J. Philantrope Monet
JUIN-JUILLET-AOÛT 2008
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le libraireCRAQUE
Les années
Annie Ernaux, Gallimard,
coll. Blanche, 256 p., 29,95$
Voici son projet d’écriture: une
femme ayant vécu de 1940 à
aujourd’hui. Cette femme, c’est
Annie Ernaux. Mais attention!
Pas de l’autofiction bébête, narcissique,
racoleuse et complaisante. Beaucoup trop
professionnelle, Annie Ernaux est beaucoup trop
géniale. Vous plongez au cœur de sa vie en même
temps qu’au cœur de l’Histoire. Chacune des décennies
qui a composé sa vie est magistralement décrite
tant dans l’intime que dans le social. C’est un cœur
qui bat, une âme qui vibre, une intelligence qui comprend,
des yeux qui observent, c’est le calque de toute
une vie sur les beautés, les acquis, les échecs et les
soubresauts de toute une époque. C’est aussi la mélancolie
qui naît avec l’âge, l’évanescence des jours et la
vieillesse qui viendra bientôt, d’où cette magnifique
dernière phrase du livre: « Sauver quelque chose du
temps où l’on ne sera plus jamais. » À lire absolument!
Jocelyne Vachon La Maison de l’Éducation
Les belles
ténébreuses
Maryse Condé, Mercure de
France, 304 p., 37,50$
Dans ce nouveau roman, Maryse
Condé nous présente un héros
qui semble n’être jamais au bon
endroit et dont les origines l’amènent
à se questionner tout au long de sa vie sur son
identité: son prénom, Kassem, est musulman, bien
qu’il soit le fils d’un Guadeloupéen et d’une Roumaine.
Le roman nous révèle ainsi son errance, physique et
identitaire, à travers l’Afrique, la France et les États-
Unis, mais aussi dans toutes les facettes de sa vie
sociale et intime. Ces lieux et ce héros multiculturels
permettent à Maryse Condé d’aborder des thèmes
actuels tels que le terrorisme, les religions et le
racisme, mais aussi de placer le lecteur devant un sujet
dominant tout questionnement: la mort. Mais le
lecteur peut se rassurer: l’auteur évite de faire tomber
le récit dans une lourdeur cadavérique…, et ce, d’une
main de maître. Isabelle Prévost Lamoureux La Maison de
l’Éducation
La pasteure
Hanne Ørstavik, Les allusifs,
266 p., 29,95$
Les livres des éditions Les Allusifs
nous font souvent découvrir des
auteurs et des univers singuliers, et
celui-ci n’échappe pas à la règle.
Avec la précision de l’orfèvre, l’auteure
nous donnent accès aux anciens souvenirs de
son personnage qui eux, confèrent toute une ampleur
aux réflexions du présent. Tout se chevauche, et à travers
toutes les couches narratives, nous observons Liv,
une femme qui se retrouve pasteure aux confins de la
Norvège, tout au nord. L’étendue des plaines et de la
mer, face à laquelle elle se trouve, symbolise bien la
quête qui est la sienne, vaste, longue, parfois aride,
mais claire et vivante. Comme la direction du vent, Liv
peut basculer d’une rive à l’autre, ne sachant pas toujours
ce qui la relie au monde ou à la folie. C’est cette
même ligne du risque qui rend ce livre étonnant et
précieux. Entre les doléances de ses paroissiens et ses
propres démons, Liv nous montre une partie de l’humanité.
Isabelle Leblanc-Beaulieu Pantoute