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Littérature et poésie québécoise le libraireCRAQUE
La vie d’Elvis
Alain Ulysse Tremblay,
Coups de tête, 104 p., 10,95$
Si la dernière plaquette d’Alain
Ulysse Tremblay ne réinvente en
rien le récit fixé dans l’errance
houblonnée, herbeuse, hallucinogène
et coulée dans le rock, La
vie d’Elvis, me semble-t-il, réussit mieux que plusieurs
autres titres portés par les mêmes eaux à y faire apparaître
son attirail poétique. En usant de la langue des
marins de la Côte-Nord, des paradis artificiels, des
fonds de cuisine de snack-bars et des familles silencieuses,
Tremblay montre bien que la langue québécoise
peut parfois bomber le torse là où la langue
française trébuche. Si nous buvons, amusés, cette
forte pinte opaque d’américanité, nous recevons du
même coup en pleine figure ces microrécits qui font
mouche, cette langue asséchée, vibrante et efficace.
Jean-Philippe Payette Monet
Les tristes noces
Marie-Bernadette Dupuy,
JCL, 646 p., 26,95$
Nous retrouvons tout le petit
monde de la vallée des Eaux-
Claires avec qui on s’est familiarisé
dans le tome précédent, Le moulin
du loup. La guerre est finie, mais
rien n’est facile. Claire retrouve son Jean, mais le conflit
l’a changé. L’argent manque aussi. Une chance
inespérée arrive en la personne de William Lancester,
qui veut louer le moulin. Mais Claire n’est pas insensible
à son charme, surtout depuis que Jean passe son
temps à Paris. Les enfants sont devenus grands et des
mariages sont à prévoir. Mathieu attend un enfant de
sa maîtresse, Corentine Giraud; et Faustine, devenue
institutrice, s’est fiancée avec Denis Giraud. Mais ses
sentiments sont partagés. Un lien ambigu existe entre
Mathieu et elle. Sera-t-elle heureuse avec son mari,
qui a hérité des gènes de Frédéric Giraud, premier
mari de Claire? Beaucoup de drames se joueront au
domaine de Ponriant. Fidèle à ce qu’elle avait entrepris
dans les autres tomes, l’auteure sait nous transporter
dans le temps! Caroline Larouche Les Bouquinistes
Jolie vente de
débarras
France Cayouette,
Du Noroît, 72 p., 15,95$
Se débarrasser, c’est ultimement se
désembarrasser, c’est sortir d’une
position difficile et en même
temps, se départir de ce qui nous encombre pour,
éventuellement, repartir à neuf. Dans Jolie vente de
débarras, France Cayouette évoque en de courts
poèmes le grand ménage intérieur qu’il faut faire parfois
afin de pouvoir avancer. Discrètement, mais avec
lucidité, les blessures sont étalées à ce bazar silencieux
où sont invités les lecteurs. Les poèmes se font légers,
frôlent l’invisible et l’absence, tentent délicatement de
cerner les « beautés insolites/sur les tables vides ».
Les drames, comme des fleurs coupées, sont suspendus,
« la tête en bas ». A la fin, hormis le vertige,
« Il ne reste/qu’une étrange douceur/qui réplique aux
tempes/comme un drapeau en berne ». Une écriture
soyeuse. Une belle réussite.
Guy Marchamps Clément Morin
JUIN-JUILLET-AOÛT 2008
18
La Belle Époque:
Les portes de
Québec (t. 2)
Jean-Pierre Charland,
Hurtubise HMH, 592 p., 29,95$
Élisabeth et Thomas sont maintenant
mariés depuis douze ans. Les deux enfants,
Eugénie et Édouard, ont grandi. Chacun essaie de faire
sa place dans une société qui est encore gouvernée par
l’Église. Eugénie a terminé ses études et doit commencer
à chercher un mari, alors qu’Édouard, ce féru
de politique, doit prendre les rênes du magasin Picard.
Pour Alfred et Marie, toujours mariés et parents de
deux enfants, la vie n’est pas toujours facile. Beaucoup
de péripéties avec comme toile de fond les fêtes du tricentenaire
de Québec et le bicentenaire de
Monseigneur de Laval. À l’aube du mouvement nationaliste,
la politique du Québec commence à s’affirmer
et à prendre toute son importance. La jeunesse est
passionnée par l’avenir de sa province. Un livre culte
sur l’histoire du Québec, abordant autant la politique
de notre province que les mœurs et les coutumes de
ses habitants. Caroline Larouche Les Bouquinistes
Amouraska
Pierre Morency, Boréal,
96 p., 17,95$
Amouraska. Hommage au fleuve,
aux mémorables couchers de
soleil, au village pittoresque? En
omettant la première lettre, « K », dans le titre de son
recueil, Pierre Morency nous invite aussi à réfléchir à
l’amour, au couple, au sens de la vie. L’économie et la
profondeur des textes de la première partie, « Où
vivre? », nous fascinent, si bien que nous traversons
l’œuvre d’une traite, impatients de lire la section
éponyme inspirée d’un des plus beaux lieux du Bas-
Saint-Laurent. Nous retrouvons le thème des oiseaux
chers à Morency: gravité et ravissement, artisanat et
littérature, racines et avenir. L’amour, la poésie orientent
ici toute une existence: « Avec toi dans l’âge, rire
penser faire de la vie/Tenter malgré tout de bâtir un
début de clarté. » Une lecture capable de redonner
espoir aux amoureux et aux artistes…
Anne-Julie Royer Pantoute
Nous sommes tous
guerriers et autres poèmes
Sébastien Bec, Trois-Pistoles,
146 p., 18,95$
C’est une poésie de combattant qui
nous est livrée ici. De celle qui se
dresse comme une barricade où
s’amalgament en un « fatras concis
» les armes insoupçonnées
contenues dans les mots. Une barricade qui symbolise
à la fois la résistance et la possibilité d’un monticule où
le regard porterait plus loin. La forme brève de la plupart
des poèmes les rend plus incisifs, plus percutants,
à la mesure du combat qu’ils ont à livrer. Sans oublier
une certaine dose d’humour nécessaire au moral des
troupes. Nous sommes tous guerriers et autres
poèmes laisse poindre une œuvre forte, née de la
plume d’un poète qui nous a quittés beaucoup trop tôt.
Une lecture pour se souvenir, redécouvrir ou tout simplement
découvrir une sensibilité poétique qui vaut le
détour. Christian Girard Pantoute