Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexLittérature et poésie québécoise le libraireCRAQUE
Ghetto
Serge Mongrain,
Trois-Pistoles, 138 p., 17,95$
Un ghetto est un endroit où l’on
enferme les gens et d’où il est souvent
difficile de sortir. Ghetto vient
de l’italien gettare, qui veut dire
jeter. Le ghetto dont nous parle
Serge Mongrain dans son dernier livre est un monde
où ont été jetés en vrac les démunis de la société
industrielle. Dans une poésie narrative et factuelle,
l’auteur évoque le monde dur et violent d’un quartier
pauvre. Tous les protagonistes ont des surnoms et le
moyen d’expression est l’invective quand ce ne sont
pas les poings, la chaîne ou le bâton. Sang, prostitution,
arnaque, vol, violence gratuite, tel est le quotidien
de le Pet, Togo, Trente-sous, le Pique et Monsieur
Québec. La langue est « verte et populaire » comme
chez Gérald Godin, et on pense bien sûr à notre premier
poète de la plèbe, Jean Narrache. Pour cœurs
solides. Guy Marchamps Clément Morin
Gin tonic
et concombre
Rafaële Germain,
Libre Expression, 528 p., 29,95$
On aime ou on déteste la chick-lit
(littérature de poulette ou pour
jeune citadine) pour les mêmes
raisons exactement: le pur divertissement,
sans risque de court-circuit cérébral, cible
un certain sexe, d’un certain groupe d’âge qui se
reconnaisse comme dans un miroir. J’ai décidé de tenter
cette expérience littéraire à l’aide de ma compatriote
Rafaële Germain. Et j’ai vu que cela était bon. Il
faut bien le dire, Kundera a beau être un génie, au
nombre de pensées profondes qu’il lance par page, on
en rate nécessairement une sur cinq. Tandis que
Rafaële Germain nous les pointe, nous les entoure
d’une tonne de lumières qui « flashent ». Et on
tombe, nous aussi, dans la « surranalyse », mais c’est
agréable pour une fois, léger. Ma seule recommandation:
camoufler la couverture sous une jolie jaquette
de votre choix. Anne-Marie Genest Pantoute
Compter
jusqu’à cent
Mélanie Gélinas, Québec
Amérique, coll. Première
impression, 342 p., 17,95$
Compter jusqu’à cent est l’histoire
d’un viol qu’a aussi subi son
auteure, Mélanie Gélinas. Ce qui est d’autant plus
troublant, nous apprend celle-ci en postface, qu’elle l’a
écrite pour son mémoire de création littéraire. On
éprouve un certain malaise à la voir tenter de justifier,
dans un cadre universitaire, un drame aussi intime,
mais cette postface est essentielle pour comprendre ce
que dit l’Avertissement: « Ce récit est une œuvre de
fiction. » La fiction était le seul moyen « d’écrire l’impossible
», de transmettre le tragique de l’événement
sans le dénaturer. La vérité n’est pas « ce qui s’est
vraiment passé », mais ce qui a été vécu et ressenti.
Et, dans le cas présent, la nature indicible du vécu
était telle qu’elle ne pouvait s’exprimer qu’à travers ce
magnifique et paradoxal premier roman de Mélanie
Gélinas. Mathieu Croisetière Monet
Vingt-quatre
mille baisers
Françoise de Luca, Marchand de
feuilles, 104 p., 15,95$
Un baume pour le myocarde. Voilà
ce que dévoile le quatrième de
couverture à propos du recueil de
nouvelles de Françoise de Luca,
Vingt-quatre mille baisers. Un titre et une description
remplis de promesses, qui acquièrent une entière
signification une fois le livre refermé. Non seulement
le recueil attire-t-il d’emblée l’attention par son
apparence matérielle soignée, sa couverture colorée et
magnifiquement illustrée, mais il réjouit également
par son contenu à l’écriture fluide, sensible et poétique.
Neuf nouvelles brèves et enchanteresses qui
captent les différentes manifestations de l’amour, de la
quête de soi, de l’ailleurs, de l’altérité. Les moments de
grâce et d’abandon, les réminiscences de l’enfance
côtoient le désir d’évasion, les aspirations profondes, le
temps retrouvé. Tout cela avec, en toile de fond, les
saveurs mémorables de l’Italie, pays natal de l’auteure.
C’est une exploration sublime des mots, de l’intime,
qui inspire le voyage. Un véritable bijou littéraire dans
lequel il faut impérativement plonger le regard.
Geneviève Désilets Clément Morin
Le fils du Che
Louise Desjardins, Boréal,
176 p., 19,95$
« Le fils du Che » se nomme Alex
et il ne connaît pas son père.
Presque asocial, il passe tout son
temps sur Internet. Sa mère,
Angèle, a choisi de le « faire » seule et de lui cacher la
vérité au sujet de son géniteur. Elle est, quant à elle, le
produit d’un couple de militants (Raoûl et Anita)
engagés dans les années 60 et plus occupés à changer
le monde qu’à élever leurs enfants. L’intérêt de cette
chronique familiale réside dans le regard critique posé
sur les femmes de l’histoire, où il est montré que celles
qui sont fortes ne font pas nécessairement de bonnes
mères, et que celles qui choisissent de piéger un
homme avec un bébé n’en sont pas de meilleures. Au
final, on constate qu’un enfant sans père n’est pas le
plus épanoui des enfants. Enfin une remise en question
du paradigme féministe et matriarcal au Québec?
Stéphane Dupuy En marge
La vie basse
Mathieu Croisetière, Éditions
d’art Le Sabord, coll.
Rectoverso, 96 p., 14,95$
Le corps, sous l’apparence du
vide, permet aux mots de faire
échec à la naïveté, à la mort haute. La vie basse, premier
recueil de Mathieu Croisetière, met en scène
cette poésie de l’existence qui ne fait sens que par
l’écriture et l’apprivoisement du vide. Si « la poésie
creuse dans nos chairs/le vide qui fait que l’on
avance », celle de Croisetière ajoute à la réflexion
lucide le frisson spontané du poème réussi. C’est en
montrant une vie qui se faufile dans le brouillard du
monde que l’auteur parvient à projeter l’image sombre
de nous-mêmes, celle qui ne sait plus reconnaître le
sens premier du mot « vivre »; La vie basse
entremêle mots et matière, ne s’éloignant jamais de la
parole franche. Sandra Belley Clément Morin
JUIN-JUILLET-AOÛT 2008
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En marge
Littérature québécoise
Le roman de Pierre Szalowski au cinéma
Les droits du roman Le froid modifie la trajectoire des
poissons ont été acquis par les productions Équinoxe en
prévision d’une adaptation au cinéma. Publiée chez
Hurtubise HMH, la fiction de Pierre Szalowski, qui
collaborera au scénario du film, dépeint le désarroi d’un
jeune garçon dont les parents se
séparent alors que la plus grande
tempête de verglas qu’ait connue
le Québec fait rage.
Tout Hélène de Champlain
Vendus à plus de 115 000 exemplaires, les trois
volumes composant la trilogie Hélène de Champlain
sont maintenant offerts en coffret (Hurtubise HMH,
84,95$). L’auteure Nicole Fyfe-Martel y raconte la
destinée exceptionnelle de celle qui, à 12 ans, fut
promise au fondateur de Québec. Une saga de cape et
d’épée doublée d’une grande histoire d’amour, qui
trace un portrait captivant de la vie des femmes aux
premiers jours de la colonie.
VLB se lance en politique
Après avoir menacé de brûler l’ensemble de son
œuvre pour dénoncer le recul de l’option indépendantiste,
Victor-Lévy Beaulieu renonce à son
autodafé et se lance dans l’arène politique.
L’écrivain et polémiste arbore désormais les
couleurs du nouveau Parti indépendantiste aux
prochaines élections provinciales dans Rivière-du-
Loup. Beaulieu fera ainsi la lutte au chef de l’Action
démocratique, Mario Dumont, qu’il a déjà
publiquement appuyé. Lors d’une conférence de
presse tenue à Trois-Pistoles dans les bureaux de sa
maison d’édition,
VLB a expliqué que
la controverse entourant
la double
rémunération du
chef adéquiste a eu
raison de sa
confiance envers
l’ADQ.
© M.A. Grenier
Des lieux des villes
un chou-fleur
Monique Juteau, Écrits des Forges,
106 p., 12$
Monique Juteau ne parle pas, elle
« parole »: « Afin d’empêcher les
phrases de tourner en rond. » Des
lieux des villes un chou-fleur est une invitation au
voyage et à la méditation. À travers « des mots qui
sentent le lointain », nous visitons des villes de l’Inde
et de l’Europe, mais aussi des lieux de la mémoire et
de l’imaginaire. Les voyages nous permettent de prendre
la mesure de ces lieux à travers lesquels la poète
navigue toujours plus profond. Un recueil à la fois
dense et ludique, léger et sérieux, dont l’écriture semble
voler au-dessus des choses pour mieux revenir à
elles. Un livre qui se lit comme un journal de bord ou
un récit de voyage, mais se savoure comme de
la poésie: « J’essaie de rester poète sans faire d’histoire
», écrit l’auteure, même si « [l]e train porte à la
narration ». Une poésie qui se mange, comme un
chou-fleur. Mathieu Croisetière Clément Morin