Le Libraire - Index

Le Libraire - magazine - Index

Passez nous voir au stand 94 !
978-2-923165-42-4
352 pages 34$
978-2-923165-35-6
288 pages 26$
978-2-923165-38-7
304 pages 30$
978-2-923165-34-9
144 pages 14 $
978-2-923165-33-2
185 pages 18$
ALAIN DENEAULT
Noir Canada
Pillage, corruption et
criminalité en Afrique
Jeudi 17 à 16h : entrevue
sur la scène médias
Séances de dédicaces
J : 16h30-18h30
V : 15h00-17h00 ; 18h00-20h00
S : 13h00-15h00 ; 17h00-19h00
MARIE DEMERS
Pour une ville
qui marche
Aménagement urbain
et santé
Mercredi 16 à 17h30 :
entrevue sur la scène
médias
Séances de dédicaces :
M : 18h00-19h00
V : 18h00-19h00
S : 13h00-14h00
D : 11h00-12h00
JACQUES B. GÉLINAS
Dictionnaire
critique de la
globalisation
Les mots du pouvoir,
le pouvoir des mots
Séances de dédicaces :
S : 10h00-12h00 ;
14h00-17h00
D : 13h00-15h00
SERGE MONGEAU (Dir.)
Objecteurs de
croissance
Pour sortir de l’impasse :
la décroissance
Jeudi 17 à 15h30 : entrevue
sur la scène médias
Séances de dédicaces :
J : 16h00-18h00
V : 15h00-17h00 ; 19h00-21h00
S : 10h00-12h00 ; 19h00-21h00
COALITION POUR UN
QUÉBEC DES RÉGIONS
Libérer les
Québecs
Décentralisation
et démocratie
Samedi à 10h00 : entrevue
sur la scène médias
Séances de dédicaces :
S : 16h00-18h00 ; 18h30-20h30
D : 14h00-17h00
www.ecosociete.org
Le monde du livre
Malgré l’augmentation accordée par l’administration
Harper au budget du Conseil des arts
du Canada désormais cinquantenaire, augmentation
inférieure aux besoins réels des milieux
et vraisemblablement accordée à contrecœur,
on continuait de soupçonner les conservateurs
fédéraux d’entretenir des rapports malaisés
avec les arts et les lettres. On dispose désormais
d’une autre preuve de leur méfiance, voire
de leur hostilité, à l’égard des créateurs et créatrices
du pays. Et c’est donc avec une inquiétude
toute légitime que les milieux artistiques
et intellectuels suivent le cheminement du projet
de loi C-10 déposé par le gouvernement, qui
donnerait au ministère du Patrimoine canadien
le pouvoir de couper le financement public
des productions cinématographiques jugées
« contraires à l’ordre public ».
L’amendement à ce projet de loi fédéral proposé
par les troupes conservatrices au pouvoir à
Ottawa attribue donc à la ministre du
Patrimoine l’autorité de priver de soutien financier
les émissions de télévision et les films jugés
controversés de manière péremptoire et discrétionnaire
sous prétexte que l’État n’a pas à
soutenir des œuvres renfermant des scènes de
sexualité explicites, de la violence ou de la propagande
haineuse. Le hic, c’est que ces critères
ne seront pas expliqués de manière exhaustive
dans le texte législatif, ce qui consacrerait donc
le règne de l’arbitraire et du subjectif. En
somme, n’en déplaise à la ministre Josée
Werner, qui a bien tenté de justifier l’injustifiable,
le retour d’une forme, ma foi, pas si
subtile et assez perverse de censure gouvernementale.
Voilà, le vilain mot a été lancé et les champions
de la droite rétrograde et bien-pensante ont
beau se draper dans la chasuble du souci de l’intérêt
public, on ne peut s’empêcher de songer en
souriant au risible personnage du père Adelfio
qui, ciseaux en main, expurgeait des scènes
« osées » (entendre: des baisers passionnés)
des films projetés dans son petit village de
l’Italie dans Cinema Paradiso de Giuseppe
Tornatore. Le réputé cinéaste canadien David
Cronenberg, pour sa part, ne prend pas la perspective
de l’adoption du projet de loi C-10 à la
légère et, quand on connaît son œuvre, on comprend
sans peine pourquoi. « On croirait voir
un comité de la Chine communiste analyser
pour la deuxième fois ce que Téléfilm Canada
aurait laissé passer », a-t-il déclaré dans le
Globe and Mail il y a quelques semaines. « Ce
qu’il y a d’ironique dans tout cela, c’est que ce
sont des films comme le mien (Eastern
AVRIL-MAI 2008
8
Le retour
de l’index?
L’éditorial de
Stanley Péan
Promises), qui se sont illustrés à l’échelle internationale,
qui ne passeraient pas la rampe avec
cette loi », constate-t-il.
Les conséquences de cette nouvelle disposition
légale seraient catastrophiques pour le cinéma
d’auteur québécois et canadien, dont les
artisans sont dépendants du soutien financier
public pour la production de leurs œuvres. Mais
elles sont de plus mauvais augure encore quand
on songe qu’une fois passée, la législation pourrait
faire office de jurisprudence pour l’ensemble
des disciplines de création, à commencer par la
littérature.
Imaginez un instant que notre bon gouvernement
fédéral, tellement soucieux de la morale et
de l’ordre public, décide d’appliquer à l’industrie
de l’édition, elle aussi dépendante des programmes
publics de soutien financier, les
mêmes critères flous qu’elle veut imposer pour
décider de l’admissibilité aux subventions.
Combien d’œuvres désormais consacrées
comme des classiques de nos lettres se verraient
jugées inadmissibles par ces bigots nouveau
genre, prêts à déclencher une nouvelle
Inquisition? Les éditeurs se verraient-ils forcés
de demander aux auteurs de passer leurs œuvres
par le filtre de la sensibilité puritaine et rétrograde
de notre droite contemporaine?
De l’avis de tous les observateurs, le projet de loi
C-10 ne laisse rien présager de bon pour la
liberté d’expression en ce « plus-meilleur-paysau-monde
» qui est le nôtre. Et pour reprendre
les mots de Jean-Pierre Lefebvre, président de
l’Association des réalisateurs et réalisatrices du
Québec (ARRQ), en entrevue au Devoir: « Sur
le fond, si cette histoire n’est pas une farce monumentale,
elle s’avère absolument très inquiétante.
On retourne à la loi sur l’index du
Vatican! »
Et de ce retour à l’index papal d’antan dans les
domaines artistiques, seules les grenouilles de
bénitier trouveront matière à se réjouir.
Écrivain prolifique, président de
l’Union des écrivaines et écrivains
québécois, homme de radio à ses
heures, trompettiste très amateur et
père de famille épuisé, Stanley Péan
est également rédacteur en chef
du libraire.