Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexVoyages et autres déplacements
Sylvie Massicotte, L’instant même, 120 p., 13,95$
Lors d’un voyage, il y a ceux qui arrivent, ceux qui partent et ceux qui
restent. Les vingt-huit nouvelles de Sylvie Massicotte nous plongent dans
un voyage intérieur aux multiples facettes. Dans « Case départ », un
homme sur le point de quitter sa femme entend la supplique de sa fille.
Elle l’appelle « Pa-pa »; mais au fond elle lui dit: « Pars pas! » Il y a aussi la rencontre
faite lors d’un vol dans « By the way ». Assis côte à côte, entre gêne et promiscuité, deux
inconnus vont partager un moment complice qui ne serait pas produit ailleurs. L’auteure
saisit avec acuité et tendresse ces moments fugaces et pourtant si familiers.
Que vais-je devenir jusqu’à ce que je meure?
Robert Lalonde, Boréal compact, 160 p., 13,95$
Il a fallu plus de vingt ans à Robert Lalonde pour écrire ce roman qui
a des allures d’autobiographie, un beau texte aux accents de violence
et de révolte. On plonge dans les souvenirs d’un adolescent de 13 ans,
trimballant son mal-être entre le collège et un foyer où il ne trouve
aucun réconfort, bien au contraire. Pour combler la solitude froide qui l’habite, il
s’imagine un frère nommé James Dean. Malgré la honte, le désespoir et le secret, des
faisceaux de lumière percent par instant de la noirceur dans laquelle le héros est
plongé; il y a la musique, la nature, les livres...
No Country for Old Men
Cormac McCarthy, Points, 320 p., 13,95$
Ce roman de Cormac McCarthy (Non, ce pays n’est pas pour le vieil
homme en français) a dernièrement été adapté avec succès au cinéma
par les frères Coen. En plein cœur du désert texan, ce récit noir est celui
d’une chasse à l’homme dont Llewelyn Moss ne peut sortir vivant. Il a à
ses trousses Anton Chigurh, mercenaire sanguinaire à la solde des narcotrafiquants et
chargé de retrouver les deux millions de dollars qu’il a subtilisés. Ces derniers sont aussi
pistés par le vieux shérif Bell, philosophe et désabusé... Comparé à William Faulkner,
Cormac McCarthy est né en 1933 dans l’État du Rhode Island.
Personnages désespérés
Paula Fox, Folio, 272 p., 14,95$
Écrit en 1970, Personnages désespérés a été redécouvert par l’écrivain
new-yorkais Jonathan Franzen qui, avec l’aide d’amis, a fait de nouveau
publier ce classique des lettres américaines en 1999. Née en 1923 dans
la Grosse Pomme, Paula Fox dépeint les affres d’Otto et de Sophie
Bentwood, deux bourgeois quadragénaires de Brooklyn qui vivent dans leur demeure
cossue au milieu d’un quartier qui se désagrège. Un soir, Sophie est mordue par un chat
errant. Cet événement va faire craquer petit à petit le vernis des apparences derrière
lequel le couple se réfugie… Il n’est jamais trop tard pour les chefs-d’œuvre.
Toxic
William Reymond, J’ai lu, 352 p., 13,95$
La première source polluante de notre corps est l’alimentation. Pire
encore, elle tue, assène William Reymond. Le coupable? L’industrie
agroalimentaire, qui a changé la nature de la nourriture au nom du
profit. Les légumes sont infestés de pesticides, la viande contient des
bactéries, etc. Au final, ces aliments arrivent dans nos assiettes. Et pour inciter les
gens à manger, les campagnes de publicité prennent le relais. L’obésité est maintenant
une pandémie mondiale. Les États-Unis sont le premier pays où près de 30%
de la population est obèse et les experts prévoient une hausse qui devrait atteindre
50% dans quelques années. La situation mérite réflexion.
Fils unique
Stéphane Audeguy, Folio, 336 p., 14,95$
François Rousseau vient d’assister, dans l’enceinte du Panthéon, au
transfert des cendres de son illustre frère Jean-Jacques. Rousseau, 90
ans, décide d’invoquer le fantôme de son cadet afin d’apporter une correction
nécessaire à ses fameuses Confessions. En effet, le philosophe
des Lumières n’a consacré que deux lignes à ce frère qu’il qualifiait de « débauché »,
estimant du même coup être fils unique puisqu’il ne n’avait plus reçu de ses nouvelles
depuis le jour où, à 18 ans, il fuit Genève. Avec cette fiction coiffée du Prix des Deux-
Magots 2007, Stéphane Audeguy réhabilite enfin François Rousseau, ce pauvre
« négligé » qui côtoya tant les hauts lieux de plaisir que le marquis de Sade à la Bastille.
AVRIL-MAI 2008
65
Contes à guérir. Contes à grandir
Jacques Salomé, Le Livre de Poche, 384 p., 11,95$
Psychosociologue et écrivain, Jacques Salomé est connu pour ses livres
de psychologie bien vulgarisés. Contes à guérir. Contes à grandir reste
fidèle au vœu de l’auteur d’offrir des textes qui permettront aux lecteurs
de mieux communiquer avec eux-mêmes d’abord et avec autrui ensuite.
Comme les mots ont un pouvoir, les soixante-douze contes réunis ont comme objectif
d’amener les gens à guérir de leurs maladies, de leurs traumatismes psychologiques.
Avec délicatesse et poésie, Salomé s’adresse à l’enfant qui se cache à l’intérieur de
l’adulte. Nul doute que ces historiettes sauront interpeller « ceux qui ne souhaitent plus
vivre sur la planète taire ».
Mort de la globalisation
John Saul, Petite Bibliothèque Payot, 432 p., 16,95$
Adam Smith, l’un des fondateurs du libéralisme économique, serait
bien peiné du constat posé par John Saul. Pour ce dernier, la globalisation
est morte et n’a pas du tout tenu ses promesses de
richesse pour tous. Depuis 1945, l’Occident vit dans l’abondance et
les commerces internationaux n’ont jamais été aussi nombreux. Mais le problème
réside dans la distribution et l’écart grandissant entre les riches et les pauvres. Par
ailleurs, depuis une dizaine d’années, des pays croient à l’idée de l’État-nation où
l’intervention de l’État n’est pas vu comme une tare et l’engagement citoyen n’est
pas une vaine action. Ce qui est le cas en Amérique latine.
Fenêtres sur rue
Jon McGregor, Rivages Poche, 304 p., 15,95$
Avec Fenêtres sur rues, Jon McGregor entraîne le lecteur dans une
poésie du quotidien dont émerge, contre toute attente, l’extraordinaire.
Il plante son décor dans une rue anonyme d’une ville anglaise.
L’auteur natif des Bermudes décrit avec minutie une journée d’été
en apparence banale, mais qui porte en elle le germe d’un événement qui bouleversera
la tranquillité de cette rue. Sous l’œil attentif du narrateur, les destins des
personnages sont amenés à s’entrecroiser, à se télescoper. Ce roman à la construction
narrative influencée par le cinéma — ralenti, retour en arrière, projection du
présent — a été sélectionné pour le Man Booker Prize en 2002.
Whisky et Paraboles
Roxanne Bouchard, Typo, 304 p., 14,95$
Tout commence lorsqu’Élie fuit en plein été avec sa voiture sur les
routes du Québec. Elle fuit son passé, veut l’enterrer. Mourir pour
mieux ressusciter? Pour cette rédemption, elle trouve refuge dans un
village et achète sans sourciller un vieux chalet où elle dépose enfin
« sa besace de pèlerine dans ce nouveau chapitre ». Elle espère se libérer d’ellemême,
pardonner les erreurs commises. Dans son désarroi, elle rencontre des personnages
aussi désemparés qu’elle, notamment Agnès, 8 ans, battue par sa mère. Ce
premier roman, écrit sous forme de journal intime, a été récompensé par le prix
Robert-Cliche 2005.
Le Vide (2 tomes)
Patrick Senécal, Alire, 438 p. et 424 p., 13,95$ ch.
Dans ce thriller social ancré dans l’actualité, la douillette Drummondville
voit sa quiétude troublée par un quadruple meurtre. Pendant une enquête
qui durera douze ans, les destins du sergent-détective Pierre Sauvé, du
psychologue Frédéric Ferland et de Maxime Lavoie, l’animateur d’une
téléréalité controversée, s’entrecroiseront. À travers Le Vide, offert en deux tomes dans
sa version compacte (Vivre au Max, Flambeaux), l’auteur de Sur le seuil dénonce les
diktats de bonheur imposés par les médias, qui sont loin de correspondre à la vraie vie.
Les personnages de Patrick Senécal affrontent le pire pour combler ce vide existentiel
qui les ronge. Ce n’est pas sans égratignures qu’ils s’en sortiront…
Le Livre d’un homme seul
Gao Xingkjian, Points, 574 p., 15,95$
Écrire pour ne rien oublier, écrire pour saisir le moment présent: un
présent que l’écrivain chinois Gao Xingjian savoure après avoir fait le
récit d’une vie bouleversée dans Le Livre d’un homme seul. En compagnie
de son amante, Marguerite, il déroule le fil de sa mémoire, divisée en
trois temps: son enfance heureuse auprès de sa famille, sa vie comme « ennemi du peuple
» lors de la révolution culturelle, puis l’exil. Prix Nobel de littérature en 2000, Gao
Xingjian a subi les foudres du Parti communiste chinois avant de se réfugier en France
en 1988. Il ne compte pas revenir dans sa patrie, car ce n’est pas son pays; celui-ci est
dans sa mémoire.