Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexBande dessinée
Christophe Blain a fomenté à lui seul une petite révolution
du récit maritime avec sa série Isaac le pirate, lui insufflant
une verve et un sens du cocasse bien à lui. Le temps
d’une pause loin des embruns, le bédéiste s’est attaqué à
l’art séculaire du western avec Gus. Mission réussie,
encore. Avec Beau bandit, il concentre son regard sur
Clem, un personnage du déluré trio de bandits découvert
dans le premier album et qui vit une triple vie de père de
famille, d’amant éperdu... et de cambrioleur. À mille lieux
des clichés machos puant le crottin et la sueur, Blain use d’un trait allègre et
pétaradant pour dépoussiérer le genre avec l’aisance des grands maîtres du
neuvième art.
BEAU BANDIT: GUS (T. 2)
Christophe Blain, Dargaud, 88 p., 24,95$
Étienne est un homme bien ordinaire, un détective « privé
de travail et d’amour » qui, un jour, voit sa vie basculer.
Tout ça à cause d’une petite série de chiffres sur un bout de
papier qui font de lui un heureux gagnant du loto. Est-il
heureux pour autant? Pas vraiment. Depuis le début, son
billet lui cause d’énormes soucis et il ne parvient pas à
décider s’il ira encaisser son argent. Un peu avant la fortune
marque la réunion spectaculaire d’un scénariste de
renom et d’un duo de dessinateurs récemment couronné à
Angoulême. Une association fort heureuse puisqu’il se dégage une réelle
maturité de cet album dissertant sur un ton doux-amer sur la véritable
valeur de l’amour, des amis et de l’argent.
UN PEU AVANT LA FORTUNE
Berberian, Dupuy et J.-C. Denis, Dupuis, coll. Aire libre, 80 p., 26,95$
Calamity Jane. Voilà un bel exemple d’un personnage historique
dont on connaît surtout le nom et la réputation,
mais très peu les origines. Blanchin et Perrisin font équipe
pour faire la lumière sur la vie de cette femme hors de
l’ordinaire qui, alors qu’elle n’est âgée que de 13 ans,
entame une traversée du continent américain. Sa mère
meurt rapidement, suivie par son père. À 15 ans, elle doit
trouver un moyen de gagner sa vie. Elle part donc à l’aventure
avec son cheval. Le voyage est rude. La légende prend
forme. Ce premier volet de trois présente ainsi les années de formation de
cette femme qui a su gagner le respect, et parfois la crainte, des rudes
hommes du Far West.
MARTHA JANE CANNARY. LES ANNÉES 1852-1869
Matthieu Blanchin (dessin) et Christian Perrissin (récit),
Futuropolis, 128 p., 41,50$
Déjà doublement récompensé (Prix du public 2007 au Festival de
Bassillac, Prix BD des lecteurs de Libération), ce véritable petit ovni
qu’est Colibri ne contient pas d’histoire à proprement parler!
Il s’agit plutôt d’un enchaînement de saynètes savoureuses, une
déambulation surréaliste dans un univers de vases communicants. On se plaît à s’immerger
dans les somptueuses aquarelles fauves de Jérôme Trouillard qui, malgré le flou
de leur apparence, laisseront surgir un dessin minutieux et très maîtrisé, contenant
une multitude de détails que le lecteur attentif se plaira à débusquer. Soulignons au passage
le grand sens de la mise en scène de Trouillard, qui nous offre quelques doubles
pages particulièrement réussies, et la petite saveur piquante de satire écologiste qui
épice le tout… Eric Bouchard Monet
Nouveautés
Colibri
Jérôme Trouillard, La cerise, 80 p., 35,99$
AVRIL-MAI 2008
63
Treize ans séparent le premier tome du tryptique Zoo de sa
(magnifique) conclusion. Huit ans après le tome deux, on
désespérait presque de replonger enfin dans ce passionnant
récit articulé autour de l’arrivée d’Anna, une femme timide
et blessée, au sein d’un trio de propriétaires d’un zoo condamné
à la fermeture par l’arrivée de la guerre. Le père du
clan, Célestin, est parti au front et n’a plus donné de nouvelles.
Anna part donc à sa recherche. En chemin, on en
apprend plus sur chacun des personnages, mais surtout sur
cette femme qui a perdu son âme et qui, au contact des humains et des pensionnaires
du zoo, parviendra tout de même à renaître. Une fresque belle,
tragique, à lire et relire. L’attente en valait la peine.
ZOO (T. 3)
Frank et Bonifay, Dupuis, coll. Aire libre, 80 p., 24,95$
Alors que plusieurs réfléchissent à la pertinence de la
Commission Bouchard-Taylor, le moment est bien choisi
pour lancer une bande dessinée abordant avec finesse et
humour la délicate question de la tolérance. Victime
malgré elle des idéaux d’un père qui veut lui imposer une
vision de la vie moins superficielle, la petite Alberte
apprend qu’elle devra porter la burqa pendant un an.
Les réactions sont partagées. On passe de l’étonnement
à l’indignation autour d’Alberte, elle qui ne rêve que
d’être une ado normale. En évitant les pièges du moralisme ou du multiculturalisme
à la mode, Desharnais signe un album drôle comme tout et
intelligent. Une entrée en BD réussie pour celui qui a fait ses armes dans le
cinéma d’animation.
BURQUETTE
Francis Desharnais, Les 400 coups, coll. Stripe, 84 p., 14,95$
Originaire de la Gaspésie, Paul Bordeleau vit et travaille
désormais près de Québec. Connu pour sa collaboration aux
pages de Voir et de La Presse, il s’est forgé une solide réputation
d’illustrateur-éditorialiste. Avec la série Faüne, il
entre par la grande porte en bande dessinée et signe un
album où s’entremêlent gracieusement inspiration
mythologique et récit d’aventures. On suit le périple du
dernier faune vivant, obsédé par l’envie de prendre le large.
Son obsession le mènera sur une île qu’il a toujours désiré
voir et où il rencontre une femme séduisante, intrigante. Le rythme est vif,
le dessin, surprenant et les couleurs, soignées et ravissantes, On a déjà hâte
au deuxième tome, intitulé La Maison du faüne.
CULOTTE DE POILS (FAÜNE I)
Paul Bordeleau, La Pastèque, 88 p., 18,95$
le libraireCRAQUE
Le Désert d’épaves:
Le Désespoir du singe (t. 2)
Jean-Philippe Peyraud et Alfred, Delcourt, 48 p., 21,95$
Dans une ville côtière fictive, clairement située en Europe de l’est,
une guerre civile éclate lorsque les pêcheurs se révoltent contre le
gouvernement qui assèche la mer pour irriguer les terres environnantes
dans une visée d’agriculture intensive. Au milieu de la tourmente, les personnages
d’Édith et de Lazslo tentent de survivre, tandis que Josef, fuyant sur un bateau
clandestin avec sa fiancée, demeure hanté par le souvenir de la belle Vespérine. Ce
deuxième tome démarre sur les chapeaux de roues et nous laisse pantelants. C’est sur
le scénario béton de Peyraud, digne des plus grands romanciers russes (on se croirait
chez Tolstoï!), qu’Alfred déploie son univers à la fois magnifique et cauchemardesque.
D’une grande beauté, douloureuse et tragique. Anne-Marie Genest Pantoute