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Essai | Document | Économie
Les Joyaux de
l’humanité. 101 sites à
découvrir avant qu’il
ne soit trop tard
Alonzo Addison, Du
Toucan/Éditions Michel Lafon,
272 p., 59,95$
La menace qui pèse sur certains sites du patrimoine
mondial n’est pas un mythe; personne n’a oublié la
destruction des bouddhas de Bamiyan en Afghanistan,
en 2001. Comment éviter d’autres catastrophes de ce
type? Les Éditions Michel Lafon, à leur manière, sensibilisent
les lecteurs et citoyens en publiant un
magnifique ouvrage, Les Joyaux de l’humanité. Sur les
quelque 850 sites protégés, les auteurs nous font
découvrir une centaine de sites menacés, dont trente
sont sérieusement en péril. Des conflits armés à la pollution,
des changements climatiques au tourisme de
masse, les dix critères de menace établis par l’Unesco
sont clairement expliqués et nous font comprendre la
gravité de la situation. Entre émerveillement et trouble,
ce superbe livre se veut un complément parfait au
site Internet de l’organisation mondiale et un sérieux
cri d’alarme. René Paquin Clément Morin
La Révolution
russe. 1891-1924.
La tragédie d’un
peuple
Orlando Figes, Denoël, coll.
Méditations, 1120 p., 79$
L’ouvrage d’Orlando Figes représente une somme inégalée
en français. Écrit dans un style vivant, son livre foisonne
de descriptions saisissantes rendant compte avec
acuité du climat politique et social de cette
période tourmentée. Partant d’une description fort
éclairante de la société sous le tsarisme, Figes attire notre
attention sur la domination archaïque du régime personnel
des Romanov pour comprendre l’éclatement de la
révolution, et souligne les racines paysannes qui marquèrent
tout autant l’émergence que la consolidation du
système soviétique. Mais en multipliant au conditionnel
passé les spéculations hasardeuses sur l’issue de divers
événements, sur « ce qui aurait pu arriver si », l’historien
montre une faiblesse dans son approche. Cela vient
brouiller plutôt que renforcer son explication de la
tragédie russe. Daniel Dompierre Le Fureteur
Les Rebuts du
monde, Figures
du paria
Eleni Varikas, Stock,
207 p., 32,95$
Il est très difficile de résumer en
quelques mots ce qu’est ce livre
fascinant d’Eleni Varikas. La première partie de
l’ouvrage consiste en une recherche étymologique et historique
sur le mot « paria », c’est-à-dire sur ses origines
indiennes et son appropriation par des colonisateurs
anglais, français et portugais. On suit le parcours de ce
mot et de ce concept à travers la littérature jusqu’à
l’époque contemporaine. La deuxième partie porte
essentiellement sur le statut du paria dans le monde contemporain,
l’exclu vivant au sein même de la société, le
citoyen de second ordre. Il s’agit d’une réflexion de
grande importance, non seulement parce qu’elle met en
lumière les tragédies du XX e siècle, mais surtout parce
qu’elle permet de mieux comprendre notre monde aux
frontières poreuses. Félix-J. Philantrope Monet
Objecteurs de
croissance. Pour
sortir de l’impasse:
la décroissance
Une croissance infinie dans un monde aux ressources
limitées est une impossibilité physique. Tel est le
postulat de base des partisans de la décroissance. La
croissance, voilà toutefois le mot d’ordre des décideurs
politiques et économiques de ce monde. Pour les
objecteurs de croissance, il est impératif de s’attaquer
à ce dogme et d’emprunter les chemins vertueux de la
décroissance. Réflexion encore jeune au Québec, la
décroissance a fait l’objet d’un premier colloque en
mai 2007, dont les interventions sont réunies ici sous
la direction de Serge Mongeau. Impasse du développement
durable, remise en question des dogmes
économiques, propositions dans les domaines de
l’agriculture, de la santé, de la simplicité volontaire et
de la crise politique, autant de questions qui sont abordées
dans ce petit ouvrage qui saura, à n’en point
douter, alimenter la réflexion. David Murray Monet
AVRIL-MAI 2008
33
Serge Mongeau (dir.),
Écosociété, 144 p., 14$
Le Sacre de la
démocratie
Alain Brossat, Anabet,
146 p., 22,95$
Les ouvrages d’Alain Brossat, ce
penseur de la gauche française,
permettent assurément aux lecteurs de s’interroger
sur leur façon de voir le monde. Dans son plus récent
livre, l’objet de son attaque est la démocratie triomphante;
tout autant l’institution qui nous exhorte à
voter, malgré l’absence de choix, que celle qu’on
exporte de plus en plus au moyen d’opérations militaires-chocs.
En bref, la question qui sous-tend ce
texte est la suivante: qu’advient-il de la liberté de
penser, de l’ouverture politique, dès lors qu’il n’y a plus
d’alternative au « choix » de la démocratie? Ce que
prône Brossat est la nécessité de réfléchir sur le fondement
de la démocratie afin de pouvoir, éventuellement,
permettre une implication citoyenne effective.
Félix-J. Philantrope Monet
L’Éthique
du vampire
Francis Dupuis-Déri, Lux éditeur,
coll. Lettres libres, 384 p., 24,95$
Sondage après sondage, on constate
qu’une majorité de la population
s’oppose à la guerre en
Afghanistan. Difficile pourtant d’entendre sur la place
publique des voix qui vont à contre-courant du discours
des « va-t-en-guerre ». L’ouvrage de Francis
Dupuis-Déri vient combler cette lacune. Dans cet essai
brillamment écrit et rigoureusement documenté, l’auteur
met à mal le discours de légitimation des partisans
de l’intervention militaire. Devant le bilan plus
que mitigé de l’intervention canadienne et les contradictions
du discours à la lumière de l’histoire récente,
on ne peut que rester dubitatif face aux nobles intentions
proclamées pour justifier cette entreprise militaire.
Une guerre menée pour imposer la démocratie,
libérer les femmes afghanes, combattre le terrorisme
et reconstruire un pays ravagé par trente ans de conflits?
Vous changerez peut-être d’avis après avoir lu ce
livre. David Murray Monet
le libraireCRAQUE
Comment les
haïkus naissent
dans les choux
Gilles Guilleron, First,
226 p., 19,95$
Pour le meilleur et souvent pour le
pire, le haïku est devenu à la mode,
il y a quelques années. Beaucoup d’écrivaillons se sont
transformés en poètes et ont cru bon de proposer au
public leurs éclairs de génie, éclairs qui ressemblent
en fait à la lumière blafarde d’une ampoule de
25 watts. Heureusement, ce n’est pas le cas des haïkus
de Gilles Guilleron, que nous pouvons déguster dans
Comment les haïkus naissent dans les choux. Ce
petit livre d’initiation réussit sans pédanterie à nous
faire saisir la beauté et la simplicité de ces poèmes d’origine
japonaise. Quelques trucs, quelques idées et une
brève histoire initient le lecteur à cette forme de
poésie brève qui prit son essor à partir du XVII e siècle.
Cependant, la majeure partie du livre est composée
des haïkus de l’auteur, qu’il appelle modestement
« mots du jour », et qui valent le détour.
Guy Marchamps Clément Morin
L’Enfer de l’information
ordinaire
Christian Morel, Gallimard,
242 p., 34,95$
Dans cet essai autant original que
pertinent, le sociologue Christian
Morel se penche sur l’information
dite « ordinaire », à laquelle tout un chacun est confronté
quotidiennement: boutons, modes d’emploi,
pictogrammes, vulgarisation, histoires courtes, etc.
Avec de multiples exemples à l’appui, l’auteur
décrypte et analyse ces éléments de communication
familiers et montre à quel point ceux-ci sont de
qualité médiocre et leur degré de pertinence relève de
la catastrophe. Or, l’intérêt de cet ouvrage tient au fait
que l’auteur va au-delà de la simple recension de perles
en dégageant les causes de cette médiocrité et les
conséquences sociologiques en découlant. Ce travail
d’observation des détails du quotidien nous mène à
réfléchir sur notre modernité dont l’information, diton,
serait le cœur. Alexis Brisebois Monet
La Décadence des
intellectuels.
Des législateurs aux
interprètes
Zygmunt Bauman, Éditions
Jacqueline Chambon, 268 p., 43,95$
Bauman, sociologue d’origine polonaise habitué de
naviguer dans les eaux troubles de la vie contemporaine,
nous propose un livre dans lequel il explique la
transformation du statut de l’intellectuel. Il retrace ce
parcours en situant la chute du « philosophe-roi »
autour du XVII e siècle, où ce ne sont plus les individus
qui façonnent la civilisation, mais l’essor de celle-ci qui
façonnera les destins individuels. Dès lors, le rôle de
l’intellectuel sera d’interpréter le monde, plus que de
le penser ou de le construire. Le constat de Bauman
est le même que dans son excellent Modernité et
Holocauste: le monde moderne, à cause de son effort
exagéré de rationalisation, est dans une situation
périlleuse. Sans compter que la surspécialisation des
individus nous réduit à n’être que de pauvres commentateurs.
Félix-J. Philantrope Monet