Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexLittérature étrangère
Chronique des jours à venir
Et si vous pouviez vous téléporter cinq cents ans en avant à bord de la
machine de Wells pour voir ce que notre monde est devenu? C’est à
cet exercice que nous convie Ronald Wright avec la parution de l’édition
française de son premier livre. S’inscrivant dans la tradition des
romans d’anticipation, Wright marie habilement les genres, donnant
dans le suspense et la science-fiction tout en se livrant à diverses réflexions sur le progrès
technologique, la religion et les impacts de la société industrielle sur l’environnement.
Puisque le héros se retrouve dans un univers qui a fait les frais du réchauffement
climatique et des altérations génétiques, c’est d’abord et avant tout à un questionnement
sur notre monde que nous pousse l’auteur. Si notre planète a encore de
très longues années devant elle, qu’en est-il de nous et de notre civilisation?
David Murray Monet
La Dame blanche
Christian Bobin, Gallimard, coll. L’un et l’autre, 136 p., 27,50$
J’ai parfois eu l’impression, en lisant ce livre magnifique, que Bobin
est l’alter ego de la poétesse américaine Emily Dickinson, cloîtrée
dans la maison familiale du Massachusetts, et dont il raconte la vie en
de fragiles petits fragments quotidiens, intimes et privés. Nous assistons
au dévoilement d’un cœur, mais de quel cœur s’agit-il: celui de Dickinson ou celui
de Bobin? « La vie d’Emily a été spectaculairement invisible », écrit-il. Et pourtant,
Bobin comprend Emily dans les moindres replis de son être. Expliquant son éloignement
du monde, il décrit la peur de celle-ci en ces termes: « L’agoraphobie est l’infernale
maladie de ceux qui ne veulent pas sortir du paradis. » Lisez vite ce livre délicieux
et dites-moi qu’il n’y a pas de communion entre ces deux cœurs que pourtant un siècle
sépare! Cœurs trop fragiles, vous abstenir. Jocelyne Vachon La Maison de l’Éducation
A priori, nous pourrions croire que la lecture des poèmes de Royet-
Journoud est une tâche lourde à s’en crever les yeux. Il est vrai que
le programme est lourd, qu’il a tout d’un terrain escarpé, mais un premier
survol de ces lignes aménagées parcimonieusement ne dit pas
tout ce qu’elles ont d’accueillant pour nous permettre de nous y enfoncer comme dans
l’herbe. Ce sont des vers comme des toiles où le portrait a été terminé en « éloignant
le sens », des mots corrompus où une rature peut déplacer l’accent. Ce qui a préséance
ici, c’est une poésie qui provoque cette impression souhaitée de nouveaux repères.
C’est vivre la langue comme dans une auto-tamponneuse: chaque phrase est une collision
attendue, un lieu d’étonnement. C’est une conduite à toute vitesse et sans ceinture
de sécurité dans « une grammaire de la perturbation » où « la préposition choisit
l’inceste ». Jean-Philippe Payette Monet
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Ronald Wright, Actes Sud, coll. Cabinet de lecture, 432 p., 40,50$
Théorie des prépositions
Claude Royet-Journoud, P.O.L, 80 p., 22,95$
AVRIL-MAI 2008
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le libraireCRAQUE
Les Intermittences de la mort
José Saramago, Seuil, coll. Cadre vert, 240 p., 29,95$
Aux quatre coins d’un pays sans nom, la mort cesse du jour au lendemain
son œuvre essentielle au cycle de la vie. Du coup, la faillite du
gouvernement, la raison d’être de l’Église et les rivalités
philosophiques demeurent sans réponse. L’immortalité, qui était
jusqu’alors le plus vieux rêve de l’humanité, devient ainsi l’ennemie à abattre. En parvenant
à faire de la mort un personnage central de son roman, le nobélisé José
Saramago nous entraîne dans un monde où le rationnel ne tient plus. Désormais, la
Faucheuse prend des vacances et la traversée des frontières permet d’accorder le
dernier repos aux mourants. Véritable fable philosophique, Les Intermittences de la
mort ne fait que confirmer le talent indiscutable d’un romancier virtuose.
Julien Gaumond Pantoute
Le Chemin de Nostradamus
Dominique et Jérôme Nobécourt, JC Lattès, 528 p., 29,95$
En 1533, à tout juste 30 ans, Michel de Nostradame dit de Saint-
Rémy est déjà un médecin et un astrologue très connu. Mais Ochoa,
un inquisiteur, ne cesse de le pourchasser pour le faire condamner
pour hérésie. Michel se créera une autre vie à Paris, où il y connaîtra
amour, succès et trahison, et où il perdra tout. C’est dans cette souffrance qu’il vit ses
meilleures années et que son don se manifeste le plus. Deux décennies plus tard, alors
qu’il revient sous le nom de Nostradamus et vit dans le cercle de la reine Catherine de
Médicis, du roi Henry II et de son chancelier, la vengeance annoncée par les astres
approche à grands pas. Mais se produira-t-elle comme il l’avait prédit? Un roman qui
foisonne d’intrigues très bien menées avec, comme toile de fond, un Paris où le peuple
gronde, car il ploie sous l’influence de l’Église et sa voix veut se faire entendre!
Caroline Larouche Les Bouquinistes
Intérieur Sud
Bertrand Visage, Seuil, coll. Cadre rouge, 192 p., 27,95$
Du haut de ses sept romans, Bertrand Visage nous offre avec
Intérieur sud un livre magnifiquement écrit. Minutieusement
menée, cette histoire nous enveloppe, nous transporte. Le personnage
principal, Arturo, après de longues années de convalescence au
Chili, revient dans son Italie chérie afin d’y rejoindre Veronica, la femme qu’il n’a pas
cessé d’aimer. Contre toute attente, le sirocco soufflera et déposera devant lui une
jeune femme nommée Eva... Un texte qui a été réduit à l’essentiel: chaque phrase a
été peaufinée, chaque mot a été minutieusement choisi. Rien de superflu, tout est là,
ramené à cent et quelques pages. Avec ce roman, Bertrand Visage est, à mon avis, au
zénith de son art. Un petit bijou, vraiment. Stéphanie Mailhot Pantoute