Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - Index« Comme je ne connais pratiquement rien,
il faut que je découvre tout!, explique
Michel Folco. Au fur et à mesure des
besoins, j’ai trouvé les livres qu’il fallait, et
je les ai lus. Studieusement. » Chez lui se
sont donc empilés les ouvrages sur les vers
à soie, les termites et les naufrages, sans
oublier une littérature abondante sur l’histoire
des maisons closes, et un bouquin particulièrement
aride sur l’empire austro-hongrois:
« La politique de l’empire austrohongrois
au XIX e siècle, mais c’est à vous
filer des migraines pour le restant de vos
jours!, s’exclame-t-il. C’est un peu comme
l’Europe, actuellement: c’est à peu près
vingt à vingt-cinq nationalités qui vivent
ensemble sans se comprendre: et personne
n’est jamais content! »
Même le mal fait du bien
Si l’on devait élever une statue aux écrivains les plus imaginatifs de la francophonie, nul doute que Michel Folco ferait partie
des finalistes. Son dernier roman, Même le mal se fait bien, est un antidote à la morosité! Un livre dense, à l’action
bondissante, où il poursuit avec brio la saga entamée en 1991 (Dieu et nous seuls pouvons, Un loup est un loup, En avant
comme avant)*, plongeant ses personnages dans les situations les plus rocambolesques, avec un luxe inouï de détails
historiques tirés de ses nombreuses lectures.
Hitler et Dieu comme têtes de Turc
Le nouveau roman de Folco débute aux premiers jours de 1900, et son héros
s’appelle Marcello, instituteur à San Coucoulemo, un village imaginaire du
Piémont — d’où vient la branche paternelle de l’auteur. Petit-fils de
Charlemagne Tricotin, héros des deux livres précédents, et fils de Carolus,
médecin de campagne fantasque, Marcello devra, pour défendre son héritage,
entamer un long voyage qui le mènera sur les traces de son demi-frère, un certain
Aloïs Schiekelgruber-Hitler. Petit clin d’œil à la réalité, ici, puisque Aloïs
est le père du fameux Adolf. On se perd effectivement toujours en conjectures
sur l’identité du grand-père paternel d’Hitler, et Folco profite de ce trou
biographique pour lier la famille Tricotin à l’un des plus grands criminels de
guerre du XX e siècle, qui n’est encore qu’un enfant dans son roman: « J’ai trois
têtes de Turc, avoue l’auteur: c’est Napoléon, Hitler et Dieu. Dans n’importe
quel ordre. Ça doit faire une quinzaine d’années que je bouquine des trucs sur
Hitler, mais principalement sur les débuts: mon idée, c’est que si on veut
vraiment comprendre Hitler, si tant est qu’il soit compréhensible, on doit s’intéresser
à son enfance. Dans mon bouquin, il n’a que 10 ans: il n’a encore rien
fait. C’est Hitler innocent. » On croisera aussi au passage Sigmund Freud, que
Folco campe dans son appartement viennois, et dont il a lu l’oeuvre avec
enthousiasme, même s’il a dû se farcir en prime un dictionnaire de la
psychanalyse pour y comprendre quelque chose. « Un modèle d’honnêteté
intellectuelle », selon lui. Et une pépinière fabuleuse pour « construire des
personnages avec des psychologies qui se tiennent ».
Un net penchant pour le bizarre
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne s’ennuie pas dans le XX e siècle naissant
campé par Folco, que Marcello parcourt comme une sorte d’hybride entre le professeur
Tournesol et un Tintin de l’absurde. Après avoir appris qu’il était l’heureux
héritier d’un bordel, avoir été quasiment tué par la foudre et s’être échappé d’une
épave dans une bulle d’air, il mourra presque sur la chaise d’un savant fou un peu
trop porté sur les électrochocs. C’est là qu’il vivra une étrange expérience de « décorporation
» (un voyage hors de son propre corps), aussi dûment documentée par l’auteur
que tout le reste: « C’est absolument faramineux, ça, considère l’auteur. J’ai lu
un livre écrit par un anesthésiste réanimateur sur la vie après la vie, il y a des récits
extraordinaires, où un type se retrouve au plafond de sa chambre et entend tout ce
qui se passe dans la chambre d’à côté alors qu’il est cliniquement mort. »
© Francesca Mantovani
M ICHEL F OLCO
Par Catherine Lachaussée
AVRIL-MAI 2008
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Littérature française
Michel Folco a un net penchant pour le
bizarre, ses lecteurs l’auront remarqué.
« Ça doit venir de mon côté photographe.
J’ai travaillé pendant des années pour le
magazine Actuel, c’était assez marrant »,
raconte-t-il. Ses premières photos, il les a
prises à New York, en 1966: deux hommes
réduits par les Indiens Jivaros, dont un
missionnaire à grosses moustaches rousses.
« Mais ils avaient été mal réduits, précise le
romancier. Les mains et les pieds étaient
trop gros par rapport au reste du corps. Ça
commençait fort, hein? » Folco est aussi
parti sur les traces de Napoléon, qui hante
de nouveau son dernier roman. Il a passé
deux mois à l’Île Sainte-Hélène, à lire tout ce
que son entourage avait écrit sur lui: « Là
on voit le vrai bonhomme. Attendez… il trichait aux échecs! Vous imaginez? » Il
avoue même avoir piqué un bout du cœur de Louis XIV lors d’un autre reportage à
la Basilique Saint-Denis: « Il est dans une boîte de film, avec de la terre de Sainte-
Hélène. J’ai un côté fétichiste, un peu accumulateur, avoue le romancier. J’ai même
des morceaux du bunker d’Adolf Hitler. » Michel Folco décrit également l’encombrante
collection de petits soldats de plomb qu’il a glanés un par un, et qui reproduisent
la bataille d’Austerlitz: « Je suis cohérent dans mes manies. En ce qui concerne
Dieu, Napoléon ou Hitler, j’essaie d’aller le plus près d’où ils ont été. »
L’attrait de la vengeance
Michel Folco sait déjà exactement où vont le mener ses prochains livres: de
la guerre de 14-18 jusqu’à la bataille de Berlin en mai 45, en passant par toute
la période — fascinante — de l’entre-deux-guerres. Il ne faudrait pas croire
pour autant que ce maniaque d’histoire refuse d’être de son temps: chaque
jour, il passe des heures à arpenter les territoires virtuels de World of
Warcraft, un jeu de rôles en ligne qui a fait 10 millions d’adeptes à travers le
monde. L’orque chasseur de grade 65 flanqué d’un énorme sanglier de combat
errant avec une horde, c’est lui! Une façon, peut-être, de replonger dans
l’univers déterminant de ses premières lectures, entre autres La Guerre du
feu, dans la Bibliothèque Verte!
Des décennies plus tard, Folco continue de décliner à l’infini le thème de la
lutte pour la survie, où tous les stratagèmes sont permis pour envoyer l’ennemi
au tapis. Après des années d’humiliations, il faut d’ailleurs voir la revanche
absolument diabolique que prendra Marcello sur ses concitoyens du village de
San Coucoulemo: « Le thème de la vengeance est récurrent dans mon œuvre:
je l’ai découvert au fur et à mesure. Je dois avoir de vieilles vengeances inassouvies
que je satisfais de cette façon-là. Il y a beaucoup de gens que j’ai tués
dans mes livres. Dans le premier, c’était facile, c’était une histoire d’exécuteurs:
tous ceux qui ont été exécutés se sont reconnus. Et dans ce livre-là, j’ai
fait en sorte qu’ils le sachent aussi. Ce n’est pas le moteur… mais autant
profiter de l’occase, quoi! »
Même le mal
se fait bien
Stock, 600 p., 36,95$
* Série publiée chez Points. Entre 320 p. et 638 p. ch. De 13,95$ à 15,95$ ch.