Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexD’abord, des chiffres: La Consolante est le cinquième
livre et quatrième roman d’Anna Gavalda. Traduite en
trente-huit langues, l’œuvre de l’écrivaine française
totalise 5 000 000 d’exemplaires vendus. Forte de ce
succès, la maison d’édition Le Dilettante lance le nouveau
roman de son écrivain phare avec un premier
tirage exceptionnel de 300 000 exemplaires, dont 230
000 auraient déjà été réservés par les libraires, premiers
fans de Gavalda. Celle-ci considère d’ailleurs leur devoir
beaucoup: « Je suis un pur produit du bouche à oreille
et […] quand ils arriveront au paradis, on les enverra
dans une immense bibliothèque pour les remercier. »
Ajoutez à cela la grande discrétion de l’auteure — elle
a fait savoir qu’elle n’accorderait d’entrevues que par le
truchement d’Internet —, et vous avez là tous les
ingrédients nécessaires à une véritable frénésie médiatique.
Un engouement qui l’ennuie plus qu’autre chose,
avoue-t-elle: « Ma vie, ce sont les mots. Les chiffres, au
contraire, me laissent totalement indifférente. Ce qui
me pèse, c’est d’être devenue une sorte de phénomène
et un personnage public. Si c’était à refaire, je jouerais
la carte “ Salinger ” depuis le début. »
Sous cette popularité un peu délirante se cache en fait
l’affection que ses livres comme sa personne ont suscitée
au fil des années. En effet, depuis presque une
décennie, Anna Gavalda raconte le quotidien des gens
ordinaires et, à sa manière unique, les magnifie: femme
de ménage, vétérinaire, cuisinier, architecte, infirmière,
tous, sous sa plume, deviennent à un moment ou à un
autre dignes d’intérêt, de tendresse. Ses textes constituent
de véritables antidotes à la solitude, un état
inhérent de la condition humaine. « La solitude est
présente dans tous les textes. Toute histoire est une histoire
d’amour, pas forcément entre deux êtres d’ailleurs,
et l’amour est intrinsèquement lié à la solitude. L’un ne
va jamais sans l’autre. Nous naissons et mourons seuls,
ce n’est pas une malédiction, c’est ce qu’on appelle la
sensibilité », constate la romancière vedette.
L’art du réconfort
La Consolante, c’est l’histoire de Charles Balanda, 47
ans, architecte de renom dont la vie n’a plus beaucoup
de sens. Un jour, il reçoit une lettre qui lui apprend le
décès d’une femme ayant marqué sa vie, la mère
d’Alexis, son ami d’enfance. C’est le choc. « Le vernis
craque, les charnières cèdent, les boulons sautent »,
explique Gavalda à propos de l’état mental de son
héros. Dès lors, ce dernier va plonger en lui-même et
partir à la recherche de son enfance, de ses rêves, de sa
joie de vivre. Cette introspection s’effectuera sous l’influence
d’Anouk, de ce qu’elle aurait dit, pensé, aimé.
« J’avais envie de faire le portrait d’une femme
“ trop grande ” pour ce monde, trop pure, trop
entière, trop généreuse, trop fragile, avec toutes les
failles qui vont de pair avec ce mauvais voltage. Et puis,
j’avais envie de la raconter à travers les yeux d’un
Un baume au cœur
En moins d’une décennie, Anna Gavalda est passée de l’anonymat à la célébrité. De son premier recueil de
nouvelles J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part à son dernier roman fleuve, La Consolante,
les lecteurs se sont multipliés, avides de cet « espoir » que distillent tous les livres de l’écrivaine.
petit garçon attentif, qui grandit et vieillit
avec/contre/par/pour elle. D’où le personnage de
Charles, le narrateur. Le reste est venu au fil de la
plume. Tous les personnages de ce livre, d’une façon ou
d’une autre, ont été inventés pour lui rendre hommage...
», souligne l’auteure française. Tous seront
touchés par l’urgence de vivre de cette femme. Elle sera
celle par qui arrivent la vie et la mort.
© Le Dilettante
A NNA G AVALDA
Par Anne-Josée Cameron
Bien que présente dans pratiquement tous les livres
d’Anna Gavalda, la mort se fait plus sordide, plus désespérée
dans La Consolante. Suicide, assassinat et accident
cruel donnent à ce roman une saveur un peu plus
âcre, accentuant d’autant plus la nécessité d’être
heureux maintenant, ce que confirme l’auteure: « Il
me semble que toute la démarche de Charles, et il mettra
plus de six cents pages à le réaliser, c’est de comprendre
que le simple fait d’être vivant est un privilège
en soi. »
La fin des chagrins
La Consolante tire son titre d’une expression issue du
monde de la pétanque: c’est la partie qu’on joue quand
tout est fini, juste pour le plaisir de s’amuser entre amis.
Justement, on aurait aimé avoir un peu plus…
de plaisir. Il faut l’avouer, seuls les plus obstinés
passeront au travers des 250 premières pages du
roman. Effets de style, juxtapositions intempestives,
ellipses, énumérations à profusion, verbes alignés sans
sujet, amour excessif des points de suspension: on aime
ou on n’aime pas. Interrogée à ce sujet, la romancière
affirme simplement avoir été portée par les personnages:
« Je n’ai rien “ choisi ” vraiment. J’ai juste
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Littérature française
retranscrit ce que j’entendais dans mon oreille. Au
début, Charles dit “ je ”, puis il apprend la mort
d’Anouk et commence à perdre les pédales. Du coup, je
prends la suite avec “ il ”, mais quand il se souvient de
moments heureux, le “ je ” revient. J’ai presque envie
de dire “ il revient ”, comme s’il ne me faisait plus confiance
et préférait s’exprimer à ma place. Rien de tout
cela n’a été anticipé ou prévu, et j’ai été la première surprise
de ces allées et venues. Peu à peu, et au fur et à
mesure qu’il se “ fantômise ”, le pronom même disparaît.
Lui, en tant que sujet, se dilue dans sa propre
vie. Il subit les actions, ne réagit plus, se nourrit peu,
dort mal, glisse, et tombe. »
Les réactions ici seront diverses: les uns se lasseront de
la longue chute de Charles, les autres s’identifieront
complètement au personnage. En fait, l’intrigue de La
Consolante débute véritablement avec le récit de la vie
d’Anouk. Là, tout à coup, l’action se met en branle avec
ses coups du sort et ses joies inespérées. On renoue
alors avec cette Gavalda dont l’univers a séduit des milliers
de lecteurs, ici comme ailleurs. Le côté réconfortant
de son écriture, ses personnages qui témoignent,
envers et contre tous, que la vie vaut la peine d’être
vécue, que quelqu’un quelque part saura vous voir et
vous aimer tel que vous êtes.
Les amateurs d’Anna Gavalda se délecteront enfin de
ces dialogues savoureux dont elle a fait sa signature,
retrouveront avec joie ses personnages attachants et
son humour pétillant; autant de petites pierres blanches
qui leur permettront de trouver le chemin de cette
consolation et du plaisir, un peu longuet à venir, qui en
émane.
La romancière, elle, est déjà ailleurs : « Je me
ressource en laissant venir une nouvelle histoire.
J’y pense déjà et ça commence à s’agiter là-haut…
J’aimerais bien refaire un livre mince et dense. Mais je
me dis aussi qu’il faudrait écrire pour les plus jeunes.
Roald Dahl et les frères Grimm me laissent bien
rêveuse… »
La Consolante
Le Dilettante,
640 p., 44,95$
En librairie
vers le 7 mai
Ensemble, c’est tout, Je l’aimais et Je voudrais
que quelqu’un m’attende quelque part sont parus
chez J’ai lu. Entre 160 p., et 576 p., prix variant
entre 10,95$ et 17,95$. 35 kilos d’espoir est
publié chez Bayard Jeunesse (110 p., 15,75$).