Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexRoman est la plus grande histoire d’amour de Marina. Cet enfant,
elle le désirait ardemment et elle l’a finalement eu à la cinquième
tentative. Amour obsessionnel pour la chair de sa chair, elle
l’avalerait: « Je l’embrasse. Je suis née pour mettre au monde ce
fils que j’embrasse d’un cil à l’autre. » Se remplit-elle d’un sentiment
que ses parents lui ont refusé? Roman est également l’enfant
de la mer, celui de Marina et de Saint-Laurent, son amant
marin, décédé après que la grossesse soit confirmée. Après
Ultimes battements d’eau, Martyne Rondeau offre de nouveau un
texte qui chavire entre Éros et Thanatos. Violent.
RAVALER
Martyne Rondeau, XYZ éditeur, coll. Romanichels, 132 p., 21$
L’an dernier était publié en français le recueil de poésie de
Leonard Cohen, Livre du constant désir. Michel Garneau, son traducteur,
fait paraître ce printemps son propre recueil, qui se fait
l’écho de celui du chanteur. Après chaque traduction d’un texte de
l’auteur-compositeur, Garneau a offert un pendant textuel bien
personnel. Il a pris la plume chaque jour pendant un an, et
Poèmes du traducteur s’avère la récolte de cette rédaction quotidienne
qui, force est de l’avouer, a porté fruit. Les poèmes jettent
un regard sur le monde, autrui, la poésie, la vie passée et présente.
Certains d’entre eux sont drôles, émouvants, d’autres racontent des histoires,
mais tous sont un hymne à la vie.
POÈMES DU TRADUCTEUR
Michel Garneau, De l’Hexagone, 352 p., 29,95$
Auteure de la relève littéraire québécoise, Annie Dulong offre son
premier recueil de nouvelles avec Autour d’eux. Quatorze textes le
composent et sont autant de regards sur autrui, mais aussi sur soimême.
Chacun des personnages est en introspection, se positionne
face à sa famille, ses amis, son conjoint… La narratrice de
« L’effacement », par exemple, découvre sa mère au moment où
elle devient mère elle-même. Une mère qui, peu à peu, assiste
impuissante à son propre effacement alors que sa fille devient le
réceptacle de ses souvenirs. Sinon, il y a Elissa, héroïne de
« Antoine », qui enterre les démons de son passé. L’écriture de Dulong suit les
méandres de leurs réflexions et interpelle avec finesse.
AUTOUR D’EUX
Annie Dulong, VLB éditeur, 144 p., 20,95$
« De cancéreux qui écrit, j’essaye de devenir un écrivain qui a eu
le cancer », se définit maintenant Pierre Gagnon, cet ancien compositeur
de jingles publicitaires qui, en 2005, touchait le public et
la critique avec 5-FU (L’instant même), un récit iconoclaste et inattendu
dans lequel il racontait son expérience de cette maladie
mortelle. Un roman plus tard (C’est la faute à Bono, Hurtubise
HMH, 2007), Gagnon tâte de l’art de la nouvelle dans Je veux cette
guitare. On y croise des gens de tout âge, un peu fêlés, relégués en
marge de la société et dont, en tant qu’observateur sensible ayant
survécu à l’innommable, il brosse les portraits emplis de respect. Je veux cette
guitare s’annonce comme l’un des bons divertissements littéraires du printemps.
JE VEUX CETTE GUITARE
Pierre Gagnon, Hurtubise HMH, coll. AmÉrica, 240 p., 22,95$
Louise Desjardins prend la voix d’Alex, un adolescent, pour
revenir sur le militantisme des années 70 et 80. Alex a le prénom
d’un des fils de Castro. Il a été élevé par ses grands-parents, Raoûl
et Anita, dans une maison où se trouvait une affiche de Che
Guevara dans chaque pièce, même les toilettes. Depuis deux ans,
il habite seul avec sa mère Angèle. Il l’appelle « la vieille ». Il ne
la supporte pas, il la méprise, cette femme éternelle étudiante qui
refuse de laisser l’assistance sociale. Pourtant, Angèle s’inquiète
pour ce garçon qui ne parle pas et tente tant bien que mal de s’en
occuper. Puis un jour, Miguel, le père biologique d’Alex, réapparaît après quatorze
ans. Par l’auteure de La Love et So long.
LE FILS DU CHE
Louise Desjardins, Boréal, 176 p., 19,95$
Nouveautés
AVRIL-MAI 2008
19
Littérature et poésie québécoise
En cette journée du mois de mai, il fait chaud comme en juillet.
Une chape de plomb tombe sur un quartier, qu’on imagine au
cœur de Montréal. Est-ce cette chaleur qui détraque peu à peu les
gens? Chose certaine, ce jour sera marqué d’une pierre blanche
dans la mémoire de Mathieu l’adolescent, de Nicolas le photographe,
mais aussi celle de Chloé, qui vient de rompre avec
Pierre, et de Rachel, qui va passer à côté de son destin à cause
d’un plat de saumon pas frais. Nicolas va même monter une exposition
à partir des photos prises ce jour-là. Josée Bilodeau offre un
récit duquel émerge une intrigante mosaïque composée de mille et une vies
urbaines.
ON AURAIT DIT JUILLET
Josée Bilodeau, Québec Amérique, coll. Littérature d’Amérique,
192 p., 19,95$
Les drames familiaux ayant comme toile de fond le Québec
d’autrefois ont la cote à la télé ou en littérature, comme le montrent
la télésérie Nos étés ou les romans de Louise Tremblay-
D’Essiambre. L’auteure des séries Les Sœurs Deblois et Les Années
du silence inaugure avec Laura la saga Mémoires d’un quartier,
qui s’échelonnera sur plusieurs tomes — le second, Antoine, sortira
au cours de l’année. Cette fois, Tremblay-D’Essiambre a jeté
son dévolu sur les quartiers ouvriers de Montréal des années 50,
et raconte comment la vie d’une fillette de 11 ans est bouleversée
par le retour d’un oncle disparu depuis belle lurette. Fait particulier: la populaire
romancière fera revivre quelques-uns des personnages des précédentes séries
dans ces nouvelles aventures.
LAURA. MÉMOIRES D’UN QUARTIER (T. 1)
Louise Tremblay-D’Essiambre, Guy Saint-Jean éditeur, 344 p., 24,95$
L’Enlèvement de Bill Clinton est le premier roman du poète Cyrille
Martinez. C’est un récit qui plonge dans la ville de Sarajevo en
pleine guerre civile. Entre le sifflement des balles et la folle rumeur
de l’enlèvement du président américain Clinton, Nedim Hrbat
survit. L’auteur écrit au « tu » pour réinventer la vie de Nedim. Ce
procédé narratif permet de s’identifier à ce dernier et d’être à ses
côtés dans cette ville en déliquescence. Martinez écrit le désarroi et
le sentiment d’impuissance vécus par Nedim. C’est une guerre
absurde, des hommes meurent en vain et l’histoire se répète. C’était
en 1994, dix ans après les Jeux olympiques d’hiver, qui ont vu le sacre de la
patineuse Katarina Witt.
L’ENLÈVEMENT DE BILL CLINTON
Cyrille Martinez, L’instant même, 128 p., 18$
La narratrice, une mère débordée, remonte le cours de ses souvenirs
pour comprendre où elle a failli. Son amie Caroline est
morte. Elle s’en veut de ne pas l’avoir placée en haut de sa liste de
priorités. Mais il y a tellement à faire: laver draps, sortir manteaux
d’hiver, sortir poubelles, acheter couches… Pourtant, elle lui avait
promis de retrouver le numéro de son médecin, qui est beaucoup
mieux que son vieux con. Elle comprenait Caroline, qui prenait
la vie comme elle venait, moins obsédée qu’elle à suivre une
satanée liste. D’une grande intensité, le très inusité texte de
Jennifer Tremblay se lit à la fois comme un roman et un monologue théâtral.
LA LISTE
Jennifer Tremblay, De la Bagnole, coll. Parking, 60 p., 11,95$
«Je suis né avec le vertige./La chute vers l’inconnu./L’angoisse de
vivre./L’asthme du trop-plein. Je suis né sans savoir comment
faire/c’est pourquoi naître est un verbe d’état. […] » Ce recueil de
poésie qu’on peut percevoir, en un sens, comme un parchemin
zébré de cicatrices intérieures, navigue entre le « je » et le
« nous », et est traversé par l’angoisse torturée, mais aussi par l’envie
de vivre pleinement malgré les blessures. Circatrices est le
cinquième titre d’Éric Charlebois, considéré comme l’un des
auteurs phares de la relève en poésie franco-ontarienne, et dont les
trois recueils précédents ont été salués par la critique.
CIRCATRICES
Éric Charlebois, Éditions David, coll. Voix intérieures, 136 p., 15,95$