Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexL’Amant en culottes courtes
Alain Fleischer, Points, 682 p., 16,95$
En 2006, la presse s’est enflammée pour ce récit dans lequel Alain Fleisher
raconte ses premières amours, très scandaleuses pour l’époque, à savoir
l’initiation sexuelle d’un adolescent « en culotte courtes » par une beauté
noire de sept ans son aînée. En 1957, à 13 ans, le petit Alain est envoyé
en séjour linguistique à Londres, dans la famille Buss, chez qui habite aussi Barbara, perle
des Caraïbes dont il devient le French Lover. Les amants assouviront leurs désirs malgré
les tabous. Une œuvre dense, que certains ont jugée un peu longuette, mais qui, dans le
genre, dévoile de multiples qualités narratives.
La Nuit de l’oracle
Paul Auster, Le Livre de Poche, 288 p., 12,95$
Virtuosité, puissance romanesque, univers étrange, bouleversant de sens
et de réminiscences pour le lecteur, La Nuit de l’oracle est une œuvre
splendide. Un livre « austérien » comme l’est Moon Palace, un livre
habité par les plus profondes obsessions de ce grand romancier américain,
car une question demeure au cœur du roman : « Existe t-il un lien entre l’imagination
et la réalité, un rapport entre les mots et les événements de nos vies? Nous
vivons dans le présent, mais l’avenir est en nous à tout moment. » Finaliste du Prix des
libraires du Québec 2005.
La Vérité et ses conséquences
Alison Lurie, Rivages, 320 p., 15,95$
Mariés depuis seize ans, Jane et Alan travaillent à l’université et mènent
une vie conjugale heureuse. Mais une blessure, survenue lors d’une partie
de volley-ball et en apparence dérisoire, bouleverse ce bonheur sans
nuages. Dès lors, Alan, bel homme avenant et plein d’assurance, devient
odieux à cause de ses maux de dos, qu’il n’arrive pas à guérir. Jane, au départ soignante
dévouée, devient rancunière. L’arrivée de la vénéneuse Delia Delaney, romancière
célèbre et d’une grande beauté, et de son mari Henry, portera le coup fatal au couple.
Une comédie de mœurs qu’Alison Lurie dirige d’une plume acérée.
Homère, Iliade
Alessandro Baricco, Folio, 256 p., 14,95$
Avec Homère, Iliade, Alessandro Baricco modernise ces chefs-d’œuvre
de la littérature grecque et les adapte afin qu’ils puissent être lus sur
scène. L’auteur italien a fait certains choix pour que le public s’identifie
aux héros homériques. Baricco a entre autres remplacé le narrateur
extérieur par vingt et un protagonistes, racontant tour à tour les cinquante et un jours
de la dernière année de la guerre de Troie, qui dura une décennie. Autre décision de l’auteur
de Soie: les dieux n’apparaissent pas afin de faire ressortir « l’ossature laïque » du
texte et, du même coup, laisser toute la place à ce récit où la guerre est présentée dans
sa plus cruelle beauté.
Une presse sans Gutenberg.
Pourquoi Internet a bouleversé le journalisme
Jean-François Fogel et Bruno Patino, Points, 192 p., 11,95$
Quelles révolutions s’annoncent pour la presse à l’heure où Internet
bouleverse la donne? Selon le journaliste Jean-François Fogel et le
président du Monde interactif, Bruno Patino, on ne peut placer le
Web sur le même plan que les autres médias (livre, presse, cinéma, radio et télévision),
mais plutôt le penser comme « le levier d’une transformation totale de la
relation entre la presse et son audience ». Il n’y pas d’avenir possible sans volet
Internet, et le lecteur, déjà en ligne, est même prêt à délaisser la télévision pour
l’écran de l’ordinateur... Une analyse forte et éclairante.
Franz et Clara
Philippe Labro, Folio, 192 p., 13,95$
Avoir le cœur brisé, c’est comme être « fêlé comme un verre où l’on a
versé d’un seul coup un liquide trop chaud », disait Nietzsche. Clara, violoniste,
a le sien en morceaux et soigne sa blessure en allant, chaque jour,
s’asseoir sur un banc face au lac. Mais un jour, un intrus s’assoit à ses
côtés: un garçon de 12 ans. Il s’appelle Franz. Jour après jour, ils vont apprendre à se
connaître, à se confier l’un à l’autre… Clara lui racontera son histoire, son parcours.
Franz, lui, est plus mystérieux, mais pose les bonnes questions. La rencontre de ces
deux solitudes va se muer en un amour unique et cathartique.
FÉVRIER-MARS 2008
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Chansons. L’Intégrale
Renaud, 10/18, 448 p., 19,95$
Les inconditionnels de Renaud seront ravis de mettre la main sur tout le
répertoire de leur idole grâce à cette édition à tirage limité, présentée
avec rabats et comprenant un dossier photographique. Dans une préface
succincte et inspirée, le critique et historien d’art Michel Ragon qualifie
le chanteur français d’« écrivain, qui ajoute de la musique à ses poèmes et qui les
chante ». Et avec raison, puisque l’auteur de Mistral gagnant s’est inventé un langage,
une poésie argotique, proche du peuple tant dans ses mots que dans ses thèmes, et qui
colle bien à son éternelle image de rebelle. Un incontournable.
La Création du monde
Jean d’Ormesson, Pocket, 224 p., 12,50$
Depuis dix ans, quatre amis se retrouvent chaque été sur une île de
la Méditerranée. Il y a Edgar, psychiatre enseignant à Harvard;
André, ancien ministre sous Mitterrand et Chirac; François,
professeur au Collège de France; et le narrateur qui, lui, reste
anonyme et qu’on devine écrivain. Durant huit jours, ils se consacrent à tour de
rôle à la lecture à haute voix d’un manuscrit signé Simon Laquedem, auteur inconnu
au bataillon. Les quatre amis suivent le parcours chimérique de Laquedem, qui
est l’occasion pour eux de deviser sur la religion, la philosophie, l’histoire de
l’homme et de l’Univers.
Les Initiés
Hella S. Haasse, Babel, 592 p., 19,95$
Grande dame des lettres néerlandaises, Hella S. Haasse écrit depuis
la fin des années 40. Volumineuse aventure, Les Initiés se déroule
sur les routes de Grèce, où une famille de touristes américains, en
proie à des chamailleries incessantes, croise un natif du pays en
route vers son village et qui leur propose de leur servir de guide. Loin de s’arranger,
les choses se corsent quand la cadette des deux filles s’enfuit avec le bel étranger…
Paru en 1957, Les Initiés, « une étonnante radioscopie des sentiments », a été
réédité dix-sept fois avant d’être enfin traduit en français en 2003.
Une trop bruyante solitude
Bohumil Hrabal, Éditions Robert Laffont, coll. Pavillons Poche, 126 p., 10,95$
Cela fait trente-cinq ans que Hanta détruit des livres jour après jour.
S’il est leur fossoyeur, il est aussi devenu leur sauveur. Malgré lui,
Hanta est le dépositaire vivant d’ouvrages interdits par l’État totalitaire,
tels la Bible, le Talmud, les pensées de Lao Tseu ou de Nietzsche.
Hymne d’amour aux livres, le récit de Hanta, l’ouvrier non instruit, révèle un homme
poète et philosophe et constate que de la suppression des mots imprimés, « il ne
reste plus que des pensées immatérielles qui voltigent dans l’air. » Un grand classique
de la littérature tchèque à découvrir.
L’Amour humain
Andreï Makine, Points, 320 p., 13,95$
Peut-on être broyé par l’Histoire? La dignité humaine peut-elle être
sauvée par l’Amour? Entre la Russie, l’Afrique et Cuba, Andreï Makine
décrit sans complaisance l’horreur et l’absurdité des conflits armés et des
idéologies, qui ont sacrifié tant d’êtres humains. Invité à un colloque en
Angola sur le développement durable de l’Afrique, le narrateur, désillusionné face à la
marche du monde, s’absorbe dans ses souvenirs en retraçant la vie d’Elias Almeida,
rencontré vingt-cinq ans plus tôt. Révolutionnaire angolais, Almeida a survécu aux
atrocités de l’Histoire grâce au seul souvenir de l’être aimé, Anna.
Ronde de nuit
Sarah Waters, 10/18, 576 p., 19,95$
Sarah Waters nous plonge dans le Londres de l’après-Seconde Guerre
mondiale et nous fait côtoyer quatre héros tourmentés : Helen, Kay, Viv
et Duncan, qui ont en commun d’être des survivants porteurs de secrets
trop lourds. Spécialiste de l’ère victorienne, Waters délaisse ici l’atmosphère
sulfureuse de ses précédents best-sellers (Caresser le velours, Du bout des
doigts, Affinités), ses personnages pervers et déjantés, au profit d’une intrigue plus contemporaine
et de héros plus « normaux ». En somme, une fresque supérieure à la
moyenne, pas la meilleure de Waters, certes, mais un excellent amuse-gueule pour se
mettre en appétit et dévorer toute son œuvre par la suite!