Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexL’école des loisirs (lecoledesloisirs.fr) a constitué
un fonds de 3500 livres, lus à travers la francophonie,
et a également créé des clubs de lecture.
Aujourd’hui, elle publie 250 nouveautés annuellement
et se définit toujours comme une maison
d’édition indépendante, familiale et dynamique,
vivant avec le souffle renouvelé de la
relève littéraire. La maison sise rue
de Sèvres à Paris forme également
les enseignants, les libraires et
les bibliothécaires, ces
passeurs de livres qui mettront
entre les mains des
jeunes des ouvrages aptes à les
faire rêver, rire et réfléchir.
Jérôme Lambert, auteur et
responsable des communications,
est venu au Québec pour
mieux faire connaître cet éditeur
pas tout à fait comme les autres.
Enseigner le roman
Lors de son passage, Jérôme Lambert
a été invité par Sylvie Roberge, professeure
et directrice de collection chez
Dominique et compagnie, afin de donner
un cours sur la littérature jeunesse
à l’Université Laval dans un groupe de
deuxième année en Sciences de l’éducation:
« Je suis venu afin de partager ma
connaissance des albums illustrés et des
romans de la maison à tous les acteurs du
métier du livre, explique-t-il. Ces formations
permettent d’échanger avec
eux, de leur présenter les nouveautés
et de leur enseigner ce que
sont les romans et les albums.
[Ces] étudiants se destinent dans
deux ans à être professeurs dans les
cycles primaire et secondaire. Je leur
ai expliqué ce qu’il est possible de faire
en classe avec le livre, parce que, souvent,
les jeunes enseignants sont assez démunis.
Soit ils le prennent comme un outil pour
apprendre à lire et à écrire, ce qui n’est pas le but;
soit ils le prennent comme un divertissement à
la fin du cours s’ils ont le temps, ce qui n’est pas le
but non plus. Ce qu’on a envie de leur montrer est
que le livre peut avoir sa place en classe et leur
présenter la raison sociale de la maison: l’école et
les loisirs. »
La maison est également connue pour aborder de
front des thèmes difficiles comme l’homosexualité,
l’anorexie ou la perte, parmi les romans pour
adolescents, publiés dans la collection Médium.
Les professeurs les présentent en classe comme de
la littérature. Lambert souligne que la littérature
J ÉRÔME L AMBERT ET L’ÉCOLE DES LOISIRS
Le livre comme miroir
L’école des loisirs est aujourd’hui l’un des fers de lance de la littérature jeunesse française. Dans les années 60, elle a été
la première maison d’édition à insuffler l’idée de lire pour le plaisir chez les enfants. C’est cette idée
« révolutionnaire » qui accompagne depuis plus de quarante ans des millions de jeunes lecteurs.
© Stephanie Blake
Par Mathilde Borde, librairie Pantoute, et Olivia Wu
adolescente est tout autant légitime que celle pour
adultes: « Lorsque je commence à écrire un
roman, je sais à qui je vais m’adresser, mais cela
ne veut pas dire que je me censure. Souvent,
j’écris des textes qui sont là pour réparer, que
j’aurais aimé lire adolescent et
que je n’ai pas trouvés sur
mon chemin de lecture »,
signale-t-il.
J É R Ô M E L A M B E R T
Ces trente dernières
années, une véritable littérature
jeunesse s’est développée, où
dominent aujourd’hui les livres « girly » et fantasy.
Le contraste avec les années 70 est frappant, « car
il existait une censure idéologique et les seuls éditeurs
étaient catholiques ou communistes, rappelle
Jérôme Lambert. Les livres destinés aux enfants
étaient des médicaments déguisés en bonbons,
comme un cours de géographie sous forme de
roman. C’est aux États-Unis que les auteurs étaient
plus libres. Parmi eux se trouvaient Robert Cormier
et Judy Blume. Ils innovaient avec des thèmes contemporains,
qui touchaient les ados, qui résonnaient
pour eux: la sexualité, la violence. C’étaient
des thèmes tabous ».
FÉVRIER-MARS 2008
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© L’école des loisirs
Littérature jeunesse
Soulever les tabous
Ces auteurs ont réussi à interpeller les jeunes
« à une période où on se pose beaucoup de questions
et parfois des questions difficiles, poursuit
Jérôme Lambert. Geneviève Brisac, auteure et
directrice de collection à L’école des loisirs, tient à
ce que les romans parlent du monde, c’est-à-dire
d’amour, de politique et de mort. Les ados sont confrontés
à la solitude, à la sexualité, au divorce, à la
drogue mais aussi à la joie, au plaisir, et à l’amour
bien sûr. Comme tous les auteurs sont traversés par
ces sentiments, ils les restituent en littérature
jeunesse comme ils le feraient en littérature adulte.
En France, on définit leur écriture par le terme de
“ roman miroir ”, et les miroirs ne
réfléchissent pas toujours des
choses consensuelles ». Pour
appuyer son propos, le
jeune auteur cite Stendhal:
« “ Un roman, c’est un
miroir qu’on promène le
long d’un chemin ”. De
fait, c’est le roman de
l’intime, des choses qu’on
n’exprime pas quand on
est adolescent et pourtant,
on les vit. Il n’y a
pas de péripéties, mais
on est plus proche du
roman d’apprentissage. »
Une autre particularité de
la maison est de publier de
nombreux auteurs français
contemporains tels Olivier
Adam, Arnaud Cathrine et
Nathalie Kupperman. Avant eux, il y
a eu, entre autres, Marie Desplechin,
Marie-Aude Murail et Grégoire Solotareff. « Ils ont
commencé à écrire très jeunes, dans la vingtaine,
se souvient Jérôme Lambert. Mais on n’est pas les
seuls à éditer la relève. Toutefois, on se démarque,
car on a commencé il y a vingt ans avec des traductions
et, aujourd’hui, on privilégie les auteurs
français. »
Pour les années à venir, L’école des loisirs continuera
à être fidèle à sa mission, celle de former la
nouvelle génération de lecteurs et d’enseignants,
ainsi que de leur inculquer le vrai goût de lire.
« On veut donner des pistes et des bouées de
sauvetage à ces profs qui se retrouvent propulsés
dans le milieu sans outils. Leurs formateurs sont
des gens passionnés, et c’est vraiment par eux que
ça passe, mais aussi par les libraires et les bibliothécaires.
Avant que les gens aillent acheter, ouvrir ou
emprunter un livre, il faut qu’ils en aient envie »,
conclut Jérôme Lambert.