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Littérature étrangère
FÉVRIER-MARS 2008
22
Un homme
Philip Roth, Gallimard, coll. Du
monde entier, 160 p., 29,50$
Le portrait d’un homme et aussi de
tous les hommes. Quel génie, quel
talent de pouvoir livrer en quelque
150 pages l’homme dans toute sa différence et son
essence, mais aussi dans toute sa quintessence et son
inconsistance! Le héros ressemble à Philip Roth et, le
sujet est sans aucun doute universel : la peur de la
maladie, du vieillissement, de la mort et de son bilan
final sont au cœur du livre. Et pourtant, la fiction est
bien réelle et nous bénissons cet art du roman sans
lequel nous ne pourrions assister au dévoilement de ce
cœur et de ce cerveau à en être bouleversés jusqu’à la
dernière page. Roman biographique certes, moins littéraire
que La Tache ou Pastorale américaine, mais
du grand Philip Roth! À quand le Nobel de la littérature
pour cet immense auteur? Jocelyne Vachon La
Maison de l’Éducation
Dans le café de la
jeunesse perdue
Patrick Modiano, Gallimard,
coll. Blanche, 160 p., 27,50$
« Tout va recommencer comme
avant. Les mêmes jours, les mêmes nuits, les mêmes
lieux, les mêmes rencontres. L’Éternel Retour ». Une
véritable nostalgie s’empare de nous à la lecture de ce
récit de Patrick Modiano. On marche dans les rues de
Paris avec les protagonistes et découvrons page après
page leurs souvenirs. Les lieux en viennent à devenir des
personnages, et tous nous livrent des bribes de mémoire,
dans un temps qui n’en est pas un, un temps fixe, une
« zone neutre ». Une « zone d’ombre » qui revient
sans cesse. Près de 150 pages de promenade dans la
jeunesse qui n’est pas perdue, mais qui retrouve plutôt
un nouveau souffle et renaît en boucle jusqu’à la fin. Une
fin qui ne devrait pas en être une. Isabelle Prévost Lamoureux
La Maison de l’Éducation
Les Sœurs de
Saint-Pétersbourg
André Le Gal, Plon, 264 p., 34,95$
Force est de reconnaître
qu’André Le Gal a réussi avec
brio à nous montrer la Révolution russe par le biais
de son roman. Il nous amène sur le chemin à partir
duquel ont commencé les premières révolutions,
de la fin des années 1800 jusqu’à la Première
Guerre mondiale. Parallèlement à ces événements,
l’histoire nous fait connaître la vie de deux
sœurs issues de la bourgeoisie qui auront à vivre
parmi ces changements anarchiques, tantôt sous le
pouvoir polonais, tantôt sous le régime russe.
Toutes les deux amoureuses du même homme, un
révolutionnaire polonais, elles accompliront leur
destin tragique jusqu’au coup final. Que ce soit en
Pologne ou en Russie, la guerre est imminente. Un
roman magnifique et décrivant à merveille les
événements qui ont constitué les bases de la
Première Guerre mondiale. Caroline Larouche Les
Bouquinistes
le libraireCRAQUE
La Rêveuse
d’Ostende
Eric-Emmanuel Schmitt, Éditions
Albin Michel, 322 p., 29,95$
Dans ce recueil de nouvelles
d’Eric-Emmanuel Schmitt, le
doute est un sentiment qui assiège le lecteur tout
comme le personnage: le doute d’une femme sur
son mari, le doute de l’écrivain face à la véracité
d’une histoire qu’on lui a confiée, le doute d’une
femme face à sa féminité. Ces récits ne se terminent
non pas sur la clé, la réponse tant attendue du
héros face à ce sentiment, mais bien sur une lueur
d’espoir et un questionnement qui subsiste bien
après qu’on ait tourné la dernière page.
L’importance de l’imaginaire dans nos existences et
la nécessité d’apprécier ces petits plaisirs que la vie
nous offre sont toujours des thèmes récurrents
chez cet auteur, et La Rêveuse d’Ostende ne fait
pas exception à la règle: l’ouvrage offre une occasion
sincère et rassurante de s’évader du quotidien.
Rien de plus. Et c’est suffisant. Isabelle Prévost Lamoureux
La Maison de l’Éducation
En inquiétante
compagnie
Carlos Fuentes, Gallimard,
coll. Du monde entier,
320 p., 42,50$
En inquiétante compagnie
regroupe six nouvelles qui nous entraînent de
Londres à Mexico, des nouvelles où se côtoient l’étrange
et le surnaturel, dans la lignée de Shirley
Jackson, d’Ambrose Bierce ou de E.T.A. Hoffmann.
Dès les premières phrases, le lecteur devient
témoin de la démence des personnages peuplant
ces courtes histoires, il est confronté à des situations
inquiétantes, anormales, se situant parfois
aux limites du surnaturel. Dans un genre qu’il a
très peu exploité, le grand Carlos Fuentes s’amuse
ici à créer des ambiances angoissantes qui nourrissent
sans cesse l’imagination du lecteur, laissant
planer sur l’ensemble du recueil un fort sentiment
de malaise. Hommage au conte gothique, au récit
d’horreur et au roman fantastique, En inquiétante
compagnie est un pur divertissement, un régal du
début à la fin. Charles Quimper Pantoute
Les boxeurs finissent
mal... en général
Lionel Froissart,
Éditions Héloïse D’Ormesson,
304 pages, 37.95$
En sous-titre de ce livre fascinant, on
trouve ce qui pourrait être sa devise, sa leçon de vie : « la
vie ne prend pas de gants. » En effet, dans ce recueil de
nouvelles, ou plutôt ce « roman en douze rounds », se
voit illustrée ce qui représente peut-être l’essence même,
de la boxe, c’est-à-dire un combat contre soi-même.
Dans une langue précise, à la discrète musique, d’où surgissent
quelques images saisissantes, Froissart nous
brosse les portraits, entre imaginaire et réalité,
d’hommes dont le destin fut la gloire : souvent éclatante,
parfois douloureuse, toujours éphémère. Stéphane Picher
Pantoute