Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexLittérature étrangère
La romancière de 25 ans Rajaa Alsanea lève un pan du voile qui
couvre encore le royaume de l’Arabie Saoudite à travers le
regard de quatre jeunes femmes, Gamra, Sadim, Michelle et
Lamis, issues de la bourgeoisie saoudienne, mais véritables
représentantes de la nouvelle génération, moderne et branchée
sur le Web, et qui commence enfin à faire entendre sa voix. Au
milieu de cette société archaïque et paradoxale, certaines
femmes jouent allègrement avec les jeux de l’amour malgré les
interdits, tandis que d’autres vivent les affres du mariage et du
divorce à 21 ans. Construit comme un blogue, ce roman-choc a été banni au
Liban lors de sa parution en 2005, mais ses pages ont circulé sous le manteau,
ce qui n’a fait qu’augmenter sa popularité.
LES FILLES DE RIYAD
Rajaa Alsanea, Plon, 312 p., 31,95$
Qualifié de « réflexion brillante sur le monde post-11
Septembre, sur une époque de mondialisation où les terroristes
autant que les gouvernements utilisent la peur » (New
York Times), La Fureur et l’Ennui dépeint comment la ville de
Sydney se retrouve en pleine hystérie collective lorsque cinq
bombes sont découvertes en ses murs. Écrivain traduit dans
vingt-six pays, Richard Flanagan a vu ses livres précédents
couverts d’honneurs prestigieux. Sa plume possède un côté
brut, haché, très masculin; sur son œuvre plane une troublante
aura de mystère, un peu à l’image de son île natale, la
Tasmanie, et qui confère une rare densité à son univers, qu’il faut évidemment
se hâter de pénétrer si ce n’est déjà fait.
LA FUREUR ET L’ENNUI
Richard Flanagan, Belfond, 344 p., 29,95$
Simon a 30 ans et porte sur ses épaules le poids de son
héritage familial. Angoissé et hypersensible, il a grandi dans
les années 70 auprès de parents baba-cool qui carburaient à
l’acide et autres substances illicites, laissant leur môme de
deux ans seul, et pensant probablement « qu’il est bien plus
important de changer la société que la tonne de merde qui lui
colle au cul. » Entre un père souffrant d’un cancer et une
mère schizophrène, qui croit que ses maux sont dus à Mick
Jagger, Simon trouve le réconfort dans les bras de sa mamie,
qui ne le prend pas pour une plante verte. Pour son troisième
roman, Cyril Montana alterne ses chapitres entre la vie d’adulte et les souvenirs
d’enfance de son antihéros, un peu paumé, qui essaie de se délester de
son passé.
LA FAUTE À MICK JAGGER
Cyril Montana, Le Dilettante, 224 p., 34,95$
Plus de soixante ans après sa disparition, l’empreinte et la pertinence
de Saint-Ex n’ont pas faibli. Ses œuvres demeurent
étudiées, questionnées, appréciées. Avec la publication de ce
ravissant petit coffret contenant une sélection de textes inédits
rédigés entre 1925 et 1943, la légende grossit encore. On y
remarquera Manon, danseuse, retiré d’un projet de recueil de
l’écrivain et pilote, On peut croire aux hommes et les lettres
d’amour enflammées envoyées à Natalie Paley. Du bonbon pour
les habitués, une curiosité pour les autres, mais un ensemble
de fictions intéressantes si l’on veut apprécier encore mieux le
grand esprit humaniste qui habitait le créateur du Petit Prince.
MANON, DANSEUSE ET AUTRES TEXTES INÉDITS
Antoine de Saint-Exupéry, Gallimard, 4 tomes, 360 p. au total, 55$
Nouveautés
FÉVRIER-MARS 2008
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Léon et Solange forment un couple plutôt mal assorti.
Madame est en effet bien plus grande que monsieur. Mais
l’amour ne saurait souffrir de cette différence de taille,
jusqu’au jour où naît le premier enfant du couple. En effet,
Léon se met alors à rapetisser. De trente-neuf centimètres
d’abord, puis de cinquante-huit lorsque Solange tombe de
nouveau enceinte. Seule la virilité de Léon ne semble pas
sujette à son rétrécissement spectaculaire, ce qui est bien
embarrassant pour un père de famille plus petit que ses propres
enfants. Bruckner, dont on connaît et apprécie déjà la prose d’essayiste
(La Tyrannie de la pénitence), se fait ici plaisir dans cette délicieuse fable
sur l’homo modernus, à prendre à tous les degrés que l’on désire.
MON PETIT MARI
Pascal Bruckner, Grasset, 220 p., 22,95$
L’auteur de Moon Palace et de La Nuit de l’oracle n’a jamais
caché sa fascination pour le cinéma, comme en témoignent sa
réalisation de Lulu on the Bridge et, récemment, son Livre des
illusions, qui a fourni la matière de base pour le scénario de
son dernier film. Si la critique a été assassine envers le film
(nous verrons bien si elle a eu raison lorsqu’il sortira au
Québec), la lecture du scénario de La Vie intérieure de Martin
Frost promet un plaisir certain pour les habitués de l’œuvre
d’Auster, qui retrouveront quelques-uns des ses thèmes fétiches:
la solitude et le processus labyrinthique de la création.
Une élégante variation sur les origines de l’inspiration et de
l’amour. Soulignons aussi l’ajout, en début d’ouvrage, d’un riche entretien
entre l’auteur et Céline Curiol.
LA VIE INTÉRIEURE DE MARTIN FROST
Paul Auster, Actes Sud/Leméac, 128 p., 27,95$
Hitler à Chicago est le premier recueil de nouvelles traduit de
David Albahari, auteur serbe d’une vingtaine d’ouvrages qui
ont déjà été publiés par Gallimard. En seize nouvelles, il met
en scène des personnages ayant en commun de s’être exilés
de leur pays natal, la Yougoslavie, afin de se retrouver au
Canada. Comme Adam. Habité par la solitude, il ne sait
encore pourquoi il est ici, en plein milieu des Rocheuses et
des Prairies. Après s’être démené pour s’éloigner de l’effondrement
de son passé, il ne sait toujours pas si le présent dans
lequel il se trouve est l’avenir qu’il s’était choisi. Tout en sensibilité,
Albahari aborde les questions de l’immigration et du
déracinement avec une écriture qui oscille entre gravité et humour.
HITLER À CHICAGO
David Albahari, Les allusifs, 216 p., 24,95$
Un an après la parution du très remarqué Non, ce pays n’est
pas pour le vieil homme, McCarthy revient en force avec un
roman post-apocalyptique et, tout en usant des artifices de la
science-fiction, signe un conte noir sur le destin des hommes
abandonnés à eux-mêmes. Salué par le Prix Pulitzer en 2007,
La Route relate la longue et pénible marche d’un homme et
de son fils sur un chemin interminable au milieu d’un
univers dévasté: « On n’est pas des survivants. On est des
morts vivants dans un film d’horreur. » Voilà qui décrit bien
toute l’étrangeté et la force qui se dégagent de ce roman où
la marche devient un acte de foi, un rempart contre la barbarie, de ce qui
survit de l’humanité.
LA ROUTE
Cormac McCarthy, De l’Olivier, 256 p., 29,95$