Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexTreize contes rassurants
Marc Provencher, Leméac, 96 p., 11,95$
Dès le premier de ces Treize contes rassurants, le ton est donné, et
il n’est pas réjouissant. Nous sommes dans un univers proche du
nôtre, mais où tout peut basculer en un instant. En fait, ce livre
s’amuse à accentuer nos manies, nos façons de penser et à les
amplifier jusqu’à la limite de la caricature. Mais ce n’est pas drôle,
c’est même plutôt inquiétant. Ici, le « politiquement correct »
devient la raison de tous les excès: la ménagère qui ne laisse entrer aucune poussière
et qui se fait prendre à son propre jeu ou l’obèse qui se retrouve dans un camp géré par
l’État. Une des idées intéressantes de ce livre, c’est qu’il y a plusieurs clins d’œil entre
les nouvelles: par exemple, un village qui est le théâtre des événements dans un texte
se retrouve cité dans un autre. Ça donne donc un livre grinçant, qui s’amuse à écorcher
notre société bien-pensante. Marie-Hélène Vaugeois Librairie Vaugeois
Balade en train assis sur les
genoux du dictateur
Stéphane Achille, VLB éditeur, 192 p., 21,95 $
Un chanteur raté accepte, faute de mieux, de visiter le pays d’un
inconnu à l’air important, pour ne s’apercevoir qu’une fois sur
place que son compagnon est dictateur à vie. En train, ils sillonneront
ce pays anonyme plongé dans la pauvreté, la peur et la violence.
Coincés, nous aussi, dans ce quasi-huis clos, entre la morale machiavélique
du dictateur en manque d’affection et les bribes de vie pathétiques du narrateur
auquel on ne peut s’identifier qu’en grimaçant, on trouve notre compte. Parce que
l’humour demeure, un humour cruel, certes, mais enthousiaste tout de même.
Achille nous offre un divertissement hors du commun, porté tout au long par le
même esprit singulier qui lui a fait choisir ce titre magnifique.
Anne-Marie Genest Pantoute
La Voix meurt pleine
Guillaume Lebel, l’Hexagone, 80 p., 16,95$
Dans un entretien apparaissant sur le site des éditions de
l’Hexagone, où le poète présente brièvement son recueil, nous
pouvons lire: « Il y a une ruine devant et dans chacun de nous.
Il faut la traverser, sortir de ce que l’on croit être et arriver à
soi réellement, un court instant. Puis repartir au cœur des débris. » Comme le précise
une citation de Walter Benjamin qui figure au début de La Voix meurt pleine,
ce ne sont pas les ruines qui importent, mais « le chemin qui se dessine entre elles
». C’est ce chemin qu’évoque le premier recueil de ce jeune homme originaire du
Bas-Saint-Laurent, chemin sur lequel « on va toujours plus loin/vers le désordre/où
tout commence », jusqu’à ce point où « la voix meurt pleine ». Pleine de quoi,
nous l’ignorons, et peu importe en vérité si, dans cette mort, nous arrivons à nousmêmes
un court instant avant de « repartir au cœur des débris ».
Mathieu Croisetière Clément Morin
Big Bang
Neil Smith, Les allusifs,
192 p., 19,95$
La maison d’édition Les allusifs nous offre la traduction de Bang
Crunch, remarquable premier livre du Montréalais Neil Smith. Les
huit nouvelles légèrement surréalistes sont peuplées de personnages
excentriques mais bien en chair, qui dérivent et se débattent dans l’isolement de
l’existence. La tendresse s’y immisce toutefois, et ils trouvent entre eux des attaches
salvatrices. L’auteur, à l’écriture moderne, simple et travaillée, fait preuve d’inventivité
dans la construction des nouvelles, dont les chutes font mouche. On apprécie l’humour
constant dont les récits sont pétris, en contrepoint à la cruauté des situations mises en
scène. Smith est de ceux dont l’observation du quotidien est incisive et qui savent nous
le restituer par bribes surprenantes. Un plaisir de lecture et un auteur à garder à l’œil.
Marie-Claire Barbeau Sylvestre Le Fureteur
FÉVRIER-MARS 2008
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le libraireCRAQUE
Fashionably Tales. Une épopée
des plus brillants exploits
Marc-Antoine K. Phaneuf, Le Quartanier, 200 p., 18,95$
C’est avec étonnement et enthousiasme que je me suis plongé
dans ce premier recueil de poésie du jeune artiste montréalais
Marc-Antoine K. Phaneuf. La concision et la liberté de propos s’y marient à merveille.
On y voit défiler quantité de personnages évoqués par leurs seuls prénoms,
et qui agissent dans un univers où des perles de culture populaire se font broyer par
les engrenages d’une mécanique poétique grinçante. Un manège de banalités
grotesques mis en lumière par une langue à l’humour féroce et qui ne rechigne pas
à user consciencieusement d’un certain cabotinage (« John cale/deux litres de
bière à la/tombola en face du/Zellers en attendant que/vienne le déluge »). Une très
belle surprise des plus excitantes. On en redemande. Christian Girard Pantoute
Sève et sang. Chants et poèmes
de révolte et d’espoir
Normand Baillargeon, Mémoire d’encrier, 208 p., 20$
C’est dans un esprit de partage que Normand Baillargeon nous
offre cette anthologie composée de découvertes et/ou de redécouvertes.
Ses commentaires judicieux mettent en contexte les œuvres qu’il a
choisies ainsi que leurs auteurs. Ce qui donne un florilège poétique qui transcende
les époques et les frontières, et qui met à l’avant-plan ce que l’humanité a de plus
beau à offrir: de l’espoir, du courage et surtout de la dignité devant la cruelle bêtise
d’un monde sans justice. Une belle initiative, qui donne à voir combien ces aspirations
sont aussi universelles que ladite bêtise. Des plus obscurs au plus connus
(« Le Temps des cerises » de J.-B. Clément), ces textes revivent comme dans une
même voix. Christian Girard Pantoute
Heures d’ouverture
Charles Leblanc, Du Blé, 88 p., 15,95$
Les heures d’ouverture dont il est question dans le dernier livre
du poète manitobain Charles Leblanc n’ont rien à voir avec
celles des commerces, mais plutôt avec ce temps précieux
accordé à l’accueil de l’instant. Attentif aux petits moments du
jour et des hommes, le poète trace et traque la douceur de vivre et la bêtise
humaine avec des mots simples parfois appuyés ou soulignés par des vocables
anglais : « Écrire ici en français/c’est vivre comme un cactus/des épines pour capter
les ondes d’ailleurs/une chair poreuse pour absorber l’environnement. » Les
poèmes composant le recueil ont été écrits entre 2003 et 2007. Certains marquent
les rencontres et événements artistiques auxquels l’auteur participe activement,
d’autres évoquent les aléas de l’amour pendant qu’ailleurs transperce l’intérêt pour
le jazz. Guy Marchamps Clément Morin
En temps et lieux
Patrice Desbiens, L’Oie de Cravan, 60 p., 14$
L’éditeur L’Oie de Cravan (en hommage au poète-boxeur Arthur
Cravan) publie à son rythme de jolis livres. Ce souci de l’objet est
encore présent dans la récente parution de Patrice Desbiens,
poète du quotidien qui, avec sa sensibilité et son humour, réussit
encore à nous éblouir. On reconnaît les thèmes principaux de l’auteur de
Sudbury: l’état du franco-canadien, la musique (Joni Mitchell, Ravi Shankar), des
écrivains de prédilection (Gaston Miron, Robert Creeley) et bien sûr l’amour. En
quelques mots et avec une certaine facture zen, Desbiens crée une atmosphère qui
lui est typique. Van Gogh, par exemple, écoute une petite radio jaune mais « il ne
peut pas débrancher la/radio puisqu’il n’a pas encore/découvert l’électricité ». Le
livre est dédié au poète et ami Robert Dickson, décédé en mars 2007. Guy Marchamps
Clément Morin