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À 11 ans, Lomer quitte ses parents pour embarquer sur un long
courrier. Pendant cinq ans, les matelots s’occuperont de lui
comme de leur propre enfant: « J’étais bien, au chaud, dans le
ventre du cargo ». En échange, il rédige des lettres d’amour pour
les Pénélopes de ses protecteurs. Le jour de ses 16 ans, au détour
d’un port, le garçon rencontre sa Juliette, sa « Gueuse », une prostituée
édentée, laide et vieille. Pour elle, Lomer quitte le bateau
duquel il ne débarquait jamais. C’est le début d’une histoire
d’amour fulgurante, d’une course folle qui se terminera tragiquement,
dans la violence et le sang. Une surprenante variation du classique
d’Homère mettant en scène un narrateur à l’obsession palpable.
LOMER ODYSSÉE
Pierre Gariépy, XYZ éditeur, coll. Romanichels, 120 p., 20$
Indomptable vigie, Céleste observe inlassablement l’horizon face à
Sable-Rouge, en Gaspésie. Depuis vingt ans que son homme est
parti sur la goélette baptisée de son prénom, elle attend, espère, et
ne croit pas que Will puisse avoir coulé dans les profondeurs
abyssales. Les années passent, mais rien ne peut faire bouger la
belle qui, au fil du temps, refuse tour à tour les avances de trois
soupirants. Car avec la Lady Céleste, c’est son âme qui s’est
envolée… Marie Christine Bernard (Monsieur Julot, Prix
Découverte du Salon du livre du Saguenay 2006) enthousiasmera
les lecteurs avec ce drame amoureux campé dans les années 40 et
porté par le souffle de l’océan
MADEMOISELLE PERSONNE
Marie Christine Bernard, Hurtubise HMH, coll. América, 320 p., 24,95$
Bastien, agent immobilier, devient presque du jour au lendemain
un auteur admiré après la publication du manuscrit de son
père décédé. Récit d’une imposture, Gloriole à vendre, prix
révisé raconte la volonté d’un homme qui cherche à construire
son identité, mais n’a pas fait le deuil d’un père brillant et vénéré
de ses pairs. Avide de reconnaissance, Bastien transcrit dans
son journal intime son enfermement progressif, qui commence
le 17 mai pour finir le 4 septembre. Entre-temps, il rencontre
Léon, accordéoniste de rue et météorologue, avec lequel il va
nouer une amitié désintéressée. Ce premier roman de Rachel Laverdure porte un
regard sans complaisance sur une société où la notoriété a été érigée en valeur.
Nouveautés
GLORIOLE À VENDRE, PRIX RÉVISÉ
Rachel Laverdure, Sémaphore, 184 p., 18,95$
« […] Je suis personne et pourtant oui je persiste je délire et pourtant
j’ai raison je hurle et pourtant je souris je tape du pied je suis
le rythme »: Mathieu Arsenault, auteur du remarqué Album de
finissants, signe un deuxième roman à la construction atypique.
Né en 1976, Arsenault est conscient d’être un enfant de la télévision,
mais aussi un martyr. Il souffre du bombardement incessant
de la société d’information. Son texte est divisé en de longs paragraphes
sans syntaxe, recréant le rythme essoufflant de l’écran
cathodique. Les nouvelles internationales cèdent la place aux
nouvelles nationales, qui enchaînent avec les nouvelles régionales et locales. Que
reste-il de l’individu et de sa liberté? Ici, l’écriture a une fonction cathartique.
VU D’ICI
Mathieu Arsenault, Triptyque, 110 p., 17$
En 1946, dans la campagne outaouaise, Délia entame un autre été
enchanteur avec sa famille. Du haut de ses neuf ans, elle se prépare
pour sa première communion. Pourtant, cette saison tourne au
cauchemar quand sa cousine Rosemarie tombe de la fenêtre de sa
chambre, puis meurt à ses pieds. Meurtre ou suicide? Peu à peu,
des indices révèlent que Rosemarie était maltraitée, tout comme sa
mère décédée, Rose. Paulette Chevrier met habilement en scène
les secrets de la famille Fortier et ceux de la communauté des
Sœurs-du-Saint-Calvaire. Dans un milieu social sclérosé, Délia est
exposée trop jeune au monde douloureux des adultes cruels, mais
elle retrouve la sérénité de son enfance auprès de ses parents aimants.
LA PETITE MORTE
Paulette Chevrier, Du Cram, 308 p., 19,95$
FÉVRIER-MARS 2008
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Littérature québécoise
Lorsque Pierre, son mari, décède dans un accident, Sarah cesse
de respirer. Elle apprend qu’il l’a trompée depuis des années et
découvre le studio qui abritait ses ébats à Paris. Sarah décide de
s’y installer après avoir effacé toute trace de Pierre. Elle s’enfonce
dans le désespoir entre ces quatre murs blancs, temple du stupre
de l’homme qu’elle a tant aimé. Dans son enfer, l’unique moment
de répit est lorsqu’elle écoute vivre la voisine du dessus. Un jour,
celle-ci frappe à la porte de Sarah, lui demande si elle va bien:
cette main tendue marque le début d’une relation qui mènera les
nouvelles amies au bord du Saint-Laurent, auprès de mamie Géraldine.
Ensemble, elles apprendront de nouveau à respirer.
LE SOUFFLE DES BALEINES
Isabelle Gagnon, Du remue-ménage, 126 p., 18,95$
Pour son second livre, Véronique Marcotte plonge dans les tréfonds
de l’âme humaine en racontant l’histoire de personnages
tourmentés qui prennent tour à tour la parole. Auguste, belge
d’origine, est archiviste dans un hôpital de Montréal et souffre
de troubles obsessifs compulsifs. Malheureux, il se plonge dans
les dossiers des patients de l’hôpital pour apaiser sa souffrance.
Insomniaque, Auguste parcourt les rues et observe la
vie des gens à travers leurs fenêtres, en assouvissant son
voyeurisme. Un soir, il rencontre Victoire, peintre. Un lien se
crée entre eux et leur permettra de saisir le malaise qui les
hante et les torture, héritage d’une lourde histoire familiale.
TOUT M’ACCUSE
Véronique Marcotte, Québec Amérique,
coll. Littérature d’Amérique, 240 p., 22,95$
Le poète montréalais Fernand Ouellette continue de construire
son œuvre, tel un architecte sa cathédrale La sienne est habitée
par la lumière, la promesse du matin, mais aussi la mélancolie de
la mort et la quête de l’indicible. Ce nouveau recueil rassemble des
poèmes écrits entre 1997 et 2002, puis révisés en 2007. Certains
sont dédiés à ses amis tels l’écrivaine Denise Brassard et le peintre
Christian Gardair. L’?uvre fait acte d’amitié, mais aussi manifeste
de l’amour et transmet de la sagesse, comme le texte « Lumières
du cœur », dédié à sa petite-fille Laurence: « Repousse la crue des
calamités/Le plus souvent légères comme des chagrins/qui passent/Reste paisible
face/À ce qui veut te lier l’esprit,/T’empierrer l’être .»
PRÉSENCE DU LARGE
Fernand Ouellette, l’Hexagone, 96 p., 14,95$
Les vêtements qui dévoilent tout, des inconnus qui se confessent
en ligne ou consentent à être observés par l’œil d’une caméra:
non dénué d’humour et de rebondissements, le troisième roman
d’Alain Roy illustre avec élégance que le manque de réserve et de
discrétion n’a jamais été plus d’actualité qu’en ce XXI e siècle,
mais que son pendant, la pudeur, a encore sa raison d’être. Car si
la beauté d’un corps nu — ici, celui de Vanessa — a certes de
quoi subjuguer, c’est dans le secret bien gardé , dans l’intimité,
que les choses prennent leur sens et que les relations, amicales
et amoureuses, se construisent… L’Impudeur s’inscrit résolument
dans l’air du temps. En librarie le 3 mars.
L’IMPUDEUR
Alain Roy, Boréal, Alain Roy, Boréal, 272 p., 22,50$
Né en 1947, Robert Melançon est un poète et un critique québécois
prolifique, bardé des plus grands honneurs (Prix littéraire du
Gouverneur général, Alain-Grandbois, Victor-Barbeau), et apprécié
tant du public que de ses pairs, comme en témoigne la parution de
ce Désaveuglé. Rassemblant lettres, analyses et poèmes, ce collectif
protéiforme est construit comme une réflexion ouverte. C’est à
Yves Laroche, qui l’a dirigé, et à quelques-uns de ses collègues du
Centre d’études poétiques de cégep de Sainte-Foy, que l’on doit ce
qui représente un hommage à un poète majeur de notre littérature,
mais également une belle invitation à découvrir son œuvre.
LE DÉSAVEUGLÉ
Yves Laroche (dir.), Du noroît, coll. Chemins de traverse, 250 p., 23,95$