Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexBande dessinée
Révélé il y a quelques années grâce à la série « Ring Circus » (avec
David Chauvel au scénario), Cyril Pedrosa, qui évolue désormais seul,
prend une tangente beaucoup plus personnelle avec Trois ombres, un
conte en apparence noir mais troué de moments d’intense lumière.
Lorsque trois êtres mystérieux viennent un jour troubler la paix d’une
petite famille, le patriarche sait que c’est à son fils Joachim qu’ils en
veulent. Il décide de prendre la fuite. Les embûches seront nombreuses,
et rien ne saurait effacer une dette qui devra être payée un
jour ou l’autre. Le texte est certes d’une grande profondeur, mais ce
sont surtout les planches en noir et blanc de Pedrosa qui éblouissent. Le trait épouse
à merveille les tourments des personnages. Jamais le dessinateur n’aura montré une
telle délicatesse dans son art. Émouvant.
TROIS OMBRES
Cyril Pedrosa, Delcourt, coll. Shampooing, 268 p., 29,95$
Le Québécois Guy Delisle a séduit les amateurs de récits de voyage
avec ses opus publiés à L’Association, qui font désormais figure de
classiques : Shenzhen et Pyongyang. Publié dans la surprenante collection
dirigée par Lewis Trondheim, le bédéiste a mis le cap sur la
Birmanie en compagnie de sa petite famille. Le dépaysement est total
et au fil des historiettes, on en apprend beaucoup sur les mœurs de ce
pays fermé au reste du monde et soumis à la dictature. Fidèle à son
habitude, Delisle ne joue pas la carte du touriste moralisateur et décrit
avec une objectivité teintée de cynisme le quotidien, s’attardant aux
détails de la vie des gens, aux petites absurdités et aux grandes révélations. Un carnet
de voyage qui, malgré quelques passages moins truculents que d’autres, se hisse aisément
au-dessus du lot.
CHRONIQUES BIRMANES
Guy Delisle, Delcourt, coll. Shampooing, 224 p., 28,95$
Ken’ichi est un petit garçon de onze ans qui, comme tous les autres
petits garçons de son âge, a une peur bleue de ce qui se cacherait dans
les entrailles de la montagne qui surplombe la ville de Tottori. Un jour,
il est contacté par une salamandre enfermée dans un vivarium qui lui
propose d’exaucer un vœu s’il la libère et la ramène dans son royaume,
sous la montagne. S’il accepte, Ken’ichi pourra sauver sa mère
malade. Comme bien d’autres albums de Taniguchi, véritable maître
de la bande dessinée japonaise, La Montagne magique traite avec un
doux humanisme des questions du dépassement de soi, de l’écologie, du respect du
passé et du merveilleux, qui accompagne souvent les souvenirs d’enfance. Magnifique
et fort, voici un conte pour tous les lecteurs qui porte la trace de l’inspiration
d’un grand.
LA MONTAGNE MAGIQUE
Jirô Taniguchi, Casterman, 72 p., 26,95$
Tél. : 418 877-3110
editions@gidweb.com
leseditionsgid.com
par Eileen Reid Marcil
Nouveautés
par ALAIN GRENIER, récipiendaire
du 1 er Prix de diffusion du patrimoine
de la Ville de Québec
JANVIER-FÉVRIER 2008
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Le danger est là, juste de l’autre côté de la rue, en train de manger
paisiblement un steak chez Edgar. Si le barbier d’en face ne se débarrasse
pas de lui, c’est le danger qui lui fera la peau et mettra la vie de
sa famille... en danger! Le hic, c’est qu’il faudra aussi descendre
Sammy, le gorille qui le protège, et peut-être aussi Edgar, le propriétaire.
Peut-être aussi devra-t-il loger une balle dans le buffet de son
associé, Stan, et de Mathias, le policier qui veille au coin de la rue.
Ainsi se développe cette sombre histoire de règlement de comptes
anticipé qui s’avère, au fil des pages, de plus en plus compliquée. Alternant les plans
les plus audacieux et les procédés narratifs culottés, Leif Tande pilote habilement un
album tendu à l’extrême. Noir, très noir, violent et drôle à souhait.
DANGER PUBLIC
Leif Tande (dessin) et Phlppgrrd (scénario), La Pastèque, 88 p., 19,95$
Presque 25 ans après qu’il ait germé dans l’imagination du scénariste
Jean Van Hamme et dix-neuf albums plus tard, voici enfin venu le
temps de connaître la vérité sur le mystérieux XIII. Au fil d’un récit
touffu, parsemé de trahisons, de meurtres et de révélations fracassantes,
les intrigues se dénouent et entraîneront dans leur suite la
chute des plus hauts dirigeants des États-Unis. Une conclusion explosive,
avec moult explosions et jolies meurtrières, pour une série qui a
donné lieu a un culte fervent de milliers de lecteurs. Fait à noter : on
a, pour l’occasion, réalisé un autre album avec le célébrissime Giraud (Blueberry) au
dessin, intitulé La Version irlandaise, et qui lève le voile sur les origines du personnage
qui, désormais, peut entrer au panthéon des héros du neuvième art.
XIII : LE DERNIER ROUND (VOL.19)
William Vance (dessin) et Jean Van Hamme (scénario), Dargaud, 48 p., 16,95$
Mis à part quelques historiens de l’illustration américaine, très peu de
gens connaissent Jules Feiffer en Europe. Dommage, car il s’agit d’un
de ses secrets les mieux gardés. Remercions donc les éditions
Futuropolis de le ressusciter, en quelque sorte, afin que tous puissent
apprécier à sa juste valeur son univers doux-amer où, derrière l’humour
et la poésie parfumée d’absurde, se cache une réflexion tout en
finesse sur les travers des hommes. Jalousie, solitude et gloire sont
autant de thèmes abordés par un artiste lucide dont les œuvres, par
moments, rappellent celles de Sempé, de Mayerovitch, de Steig ou de Blutch.
Un incontournable pour les connaisseurs qui, s’ils apprécient, ne manqueront pas de
lire le roman de Feiffer, Harry, salaud avec les femmes, publié récemment chez
Joëlle Losfeld.
JE NE SUIS PAS N’IMPORTE QUI
Jules Feiffer, Futuropolis, 224 p., 45,50$
par Nicole Dorion-Poussart