Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexLes enfants en retiennent-ils plus d’histoire que de mythes? Très bonne question. Ils sont en tout
cas fascinés par la présentation multidimensionnelle et le dynamisme visuel renversant de toutes
les pages. Et dans le cas de la « piratologie », ils peuvent même compter sur une véritable boussole,
enchâssée dans la couverture, pour éviter de perdre le nord. Yo ho ho, et… un chocolat chaud.
Dans mon journal
L’avantage d’un livre comme Piratologie, c’est de rendre l’expérience très concrète
et personnelle, une voie que Gallimard Jeunesse approche notamment par une
série de journaux intimes de jeunes gens d’autres époques. Ainsi, on peut lire, dans
un format correspondant à celui d’un petit roman, Au temps des martyrs chrétiens.
Journal d’Alba, 175-178 après J.-C., ou encore À l’aube de la révolution russe.
Journal de Liouba, 1916-1917. En format album, pour un public plus jeune, on
suivra aussi Flavia à Pompéi, sous l’empire romain, dans la collection « Journal
d’un enfant ». Un album dont l’approche est un peu plus encyclopédique et bien
révélatrice de la vie quotidienne à l’époque romaine.
Le journal, on l’aura compris, est plutôt considéré ici comme un art féminin. Les
jeunes filles dont on suit l’histoire y sont toutes au bord d’un tournant important
de l’histoire, dans des périodes troubles et potentiellement dramatiques. La formule
permet, de façon un peu sentimentale, de personnaliser l’expérience historique et
de faire sentir que des événements à grande échelle ont aussi des conséquences à
une échelle bien personnelle. Ce qui est déjà plutôt bien.
C’est d’ailleurs dans le même esprit d’une Histoire personnalisée que l’on peut lire
l’album illustré Les Voyages de Jacques Cartier à la découverte du Canada, qui
nous raconte les voyages du célèbre Malouin en se concentrant sur l’expérience de
Thomas, un jeune mousse qui se lie d’amitié avec les fils du chef Donnacona,
revenus en France en 1534. L’effet est assez réussi et l’histoire, bien menée, notamment
pour montrer les erreurs de perception des Français dans leurs premiers faceà-face
avec les habitants du Nouveau Monde.
Les grands et les petits
Dans le monde des albums et des livres documentaires, comme on dit dans le
jargon du métier, pas besoin d’être grand pour réussir. Il existe de nombreux livres
petits ou en tout cas, minces — qui sauront informer et divertir amplement, souvent
aussi bien que les plus grands. Serait-ce qu’on a en effet toujours besoin d’un
plus petit que soi?
La collection « Savais-tu? », aux éditions Michel Quintin, offre depuis plusieurs années une formule
assez souriante sur les animaux de toute sorte. Après les gorilles, les guêpes, les piranhas, les
araignées et les coquerelles, voici venir Le Ver solitaire dans toute sa grande — et longue? splendeur.
Jusqu’à 12 mètres, nous apprend le livre, en offrant de page en page un fait sérieux accolé à
un dessin rigolo qui anthropomorphise gentiment la créature. Un beau mariage de scientifique et
de fantaisiste, le tout pour à peine 7,95$. Une aubaine.
Ces tout petits livres sont, au total, plus convaincants que La Tortue, de Tatsu Nagata, magnifique
album, illustré avec une finesse vraiment exceptionnelle, où on présente en quelques traits et en
quelques lignes ce reptile qui peut être marin ou terrestre, herbivore ou parfois carnivore (ce qu’on
illustre en montrant une tortue qui mord le mollet d’une vache abasourdie). Un beau bonheur
visuel, un vrai plaisir… mais sur le plan scientifique, bien, bien mince — même si c’est pour
les petits.
JANVIER-FÉVRIER 2008
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