Le Libraire - IndexLe Libraire - magazine - IndexLittérature étrangère
À l’aube de la cinquantaine, alors qu’il prépare sa prochaine exposition,
le peintre Peter Wiehl est frappé par une série d’attaques qui
lui font perdre progressivement la vue. Effrayé par l’idée de devenir
aveugle en si peu de temps, l’artiste cherche avec toute l’énergie du
désespoir une solution et s’accroche à son art. Le salut viendra-t-il
de sa fille, qu’il prend pour modèle, de sa femme, du propriétaire de
la galerie, qui attend ses œuvres, ou de son ophtalmologue, qui lui
propose un marché douteux? L’auteur du Demi-frère signe avec
Le Modèle une méditation aux accents faustiens toute en finesse sur
les sacrifices qui attendent celui ou celle qui a décidé de dédier sa vie à l’art.
LE MODÈLE
Lars Saabye Christensen, Éditions JC Lattès, 360 p., 34,95$
Campée au cœur de Mamarrosa, un petit village du Sud du Portugal,
l’intrigue de ce second roman de Monica Ali gravite autour d’un lieu
stratégique : le comptoir de l’unique bar du patelin. Ici comme
ailleurs, c’est autour d’un verre que les histoires de famille se
dévoilent, que les confidences se faufilent et que parfois les nerfs
lâchent avec fracas. Le propriétaire du Café Paraìso, Vasco, observe
avec humour les petits et les grands drames de ses clients : le
romancier anglais en panne d’inspiration, la jeune autochtone
paumée qui rêve d’exil, le vieillard nostalgique ou la famille dysfonctionnelle
au passé lourd; et tous lui révèlent de savoureuses facettes
de l’humanité.
CAFÉ PARAÌSO
Monica Ali, Belfond, 324 p., 29,95$
Thommy Thomson est un apprenti écrivain à qui un avocat
demande un jour de rédiger l’histoire de son client, Marcus Garvey,
gitan accusé de meurtre des deux fils du duc qui l’avait engagé alors
qu’il était au Congo. Petit à petit, on découvrira les circonstances
entourant la fin tragique de ce duo d’aristocrates, attirés là-bas par
la fièvre de l’or et qui ont fait, dans les profondeurs de la jungle, les
rencontres les plus insolites qui soient. Révélé grâce à La Peau
froide, une virée réussie du côté de la littérature fantastique, Piñol
explore avec ce roman haut en couleur la mécanique du roman
d’aventures classique. Un voyage picaresque, narré d’habile façon.
Ce vingtième titre de Günter Grass est présenté comme un
« ouvrage (…) primordial pour entrer dans l’œuvre d’un maître de
la langue allemande et en donner les clefs ». Reconnaissons que le
romancier et essayiste, qui remportait le Nobel de littérature en
1999, ne cache plus aucun squelette dans son placard depuis son
coming-out moral et politique, alors qu’à l’été 2006, il secouait l’intelligentsia
en avouant son enrôlement, à l’adolescence, dans les
Waffen SS. Livre-catharsis et biographie romancée dans lequel l’auteur
du Tambour se dévoile couche après couche, Pelures d’oignon
met certes en perspective l’œuvre et l’homme, satisfaisant ainsi les fans et les critiques,
mais reste d’abord et avant tout le témoignage vibrant, sensible et plein de
maturité d’une page de l’histoire contemporaine.
Nouveautés
PANDORE AU CONGO
Albert Sanchez Piñol, Actes Sud, 448 p., 39,95$
Daniel Mendelsohn savait que son grand-oncle Shmiel, sa femme et
ses quatre filles avaient trouvé la mort dans l’est de la Pologne en
1941. Ce qu’il ignorait avant d’écrire son (superbe) roman Les
Disparus, c’est que son grand-oncle avait écrit en 1939 à son frère,
aux États-Unis, des lettres le pressant de les aider à fuir la persécution
des Juifs. Mendelsohn a donc enquêté, creusé le passé malgré
les réticences et l’a raconté dans un pavé porté par une langue riche,
qui ne sombre jamais dans l’outrance. Parions qu’on parlera
longtemps de ce roman étonnant et émouvant, gagnant du Prix
Médicis étranger et récemment élu par la rédaction du magazine LIRE comme le
meilleur roman de l’année 2007.
LES DISPARUS
Daniel Mendelsohn, Flammarion, 640 p., 44,95$
PELURES D’OIGNON
Günter Grass, Seuil, coll. Cadre vert, 416 p., 32,95$
JANVIER-FÉVRIER 2008
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Doris Lessing a été récompensée du Prix Nobel 2007 au début de
l’automne. Au même moment, elle faisait paraître son nouveau
roman, Un enfant de l’amour. Elle y fait le portrait de James Reid,
jeune Londonien féru de littérature et de politique, qui doit partir
pour l’Inde à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Il participe à
ce conflit avec le sentiment de n’avoir pas de prise sur le cours de
son destin. Pourtant, après des mois de navigation à fond de cale,
son escale au Cap, en Afrique du Sud, transforme sa vie. Il rencontre
Daphne, femme d’officier, qui le recueille dans son foyer pour
quatre jours. Quatre jours paradisiaques qui vont déterminer
l’homme qu’il deviendra.
UN ENFANT DE L’AMOUR
Doris Lessing, Flammarion, 192 p., 26,95$
Lorsque Monty Kipps, son féroce rival, débarque sur le campus de
l’université de Boston où il enseigne, Howard Belsey, spécialiste de
l’œuvre de Rembrandt, débloque, lui qui, déjà, supportait le fait que
son fils se soit réfugié chez Kipps, outre-Atlantique… Les deux professeurs
s’affronteront dans une joute où rigueur intellectuelle,
allégeances politiques, considérations esthétiques et nature du sentiment
amoureux seront débattus, et ce, tant du point de vue
théorique que pratique! Sans compter qu’épouses et enfants
respectifs feront des difficultés… On n’oublie pas De la beauté, prix
Orange du roman, une saga aussi éclatante que mordante dans laquelle Zadie Smith
(Sourires de loup, L’Homme à l’autographe) fait preuve d’une érudition et d’un art
de conter peu communs.
DE LA BEAUTÉ
Zadie Smith, Gallimard, coll. Du monde entier, 560 p., 39,95$
En 1944, l’Angleterre est fascinée par le mystère du petit Linius
Steinman, un garçon allemand de neuf ans, muet comme une carpe,
et qui se promène avec un perroquet prénommé Bruno, qui récite des
suites de chiffres ou de la poésie. S’agit-il d’un code secret? La
disparition du bavard volatile et un meurtre forceront un vieux
détective ressemblant étrangement à Sherlock Holmes à sortir de sa
retraite. Après avoir fait revivre avec humour l’âge d’or des comics
américains dans Les Extraordinaires Aventures de Kavalier et
Clay (prix Pulitzer 2001), Chabon, qui n’a rien perdu de sa verve,
renouvelle le genre du roman à énigmes façon XIX e siècle et livre un hommage au
grand Arthur Conan Doyle.
LA SOLUTION FINALE
Michael Chabon, Éditions Robert Laffont, coll. Pavillons, 162 p., 26,95$
Écrivaine d’origine danoise, la baronne Karen Blixen a vécu en
Afrique et y a laissé une part d’elle-même lorsqu’elle revint au
Danemark en 1931, à quarante-six ans. La rédaction de ses contes
qui l’ont révélée au monde littéraire fut pour elle « le moyen parfait
pour interroger le chaos et la cruauté », ainsi que pour témoigner de
son destin malheureux. Sa vie et son œuvre ont nourri le septième
art avec Out of Africa et Le Festin de Babette. Dans cette nouvelle
édition, on retrouve quarante et un contes et nouvelles, regroupés
en quatre recueils qui avaient été publiés du vivant de Blixen, suivis
de cinq contes posthumes. L’ouvrage est complété par sa biographie illustrée.
LES CONTES
Karen Blixen, Gallimard, coll. Quarto, 1260 p., 52$
Emprisonné au milieu des années 90 pour avoir chanté la démocratie
en Birmanie (et, du coup, attaqué la junte qui a pris le
pouvoir en 1988), Teza croupit dans une cellule minuscule, privé
de presque tout. Seuls les lézards et les insectes lui tiennent compagnie.
Après sept ans de réclusion, il s’est construit un petit
monde imaginaire pour ne pas sombrer dans la folie. À la croisée
du récit initiatique et de la chronique d’un enfermement absurde,
La Cage aux lézards brille par la lucidité de son propos et la
rigueur insoutenable de la vie qu’il décrit. Connelly, une
Canadienne qui a vécu deux ans à la frontière de la Birmanie, signe ici un livre qui
résonne longtemps dans l’âme de son lecteur.
LA CAGE AUX LÉZARDS
Karen Connelly, Buchet-Chastel, 612 p., 44,95$