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Littérature étrangère
Le Dernier Frère
Nathacha Appanah, De l’Olivier,
216 p., 29,95$
Un beau matin, Raj rêve de
David. Un rêve si réel, si palpable
qu’il ravive des souvenirs lointains,
ramenant Raj soixante ans
en arrière, au cœur d’une amitié insolite qui a tant
marqué sa vie. Au cours de l’été 1945, jeune
Mauricien de neuf ans, il rencontre David, juif
déporté, enfermé en prison. Une rencontre qui
n’aurait pas dû avoir lieu, une amitié invraisemblable
qui s’est scellée entre deux enfants profondément
seuls et meurtris. Nathacha Appanah
nous livre, à travers une page méconnue de la
Seconde Guerre mondiale, une histoire émouvante
d’une grande sensibilité. Son écriture claire captive
dès les premières lignes et entraîne le lecteur au
plus profond des souvenirs tragiques de Raj. Les
souvenirs d’un enfant qui a tant perdu et qui avait
tellement besoin d’un frère! Valérie Bossé Le Fureteur
Madeleine
Amanda Sthers, Stock,
168 p., 26,95$
Madeleine, 40 ans, célibataire,
agent immobilier à Brest. Elle n’a
jamais réussi à garder un homme
dans sa vie, que des amours de
passage. Et puis, elle a peur de
l’eau. Castellot, marié, vit à Paris, son père vient de
mourir. Il désire acheter une maison en Bretagne.
Il a tout pour être heureux, mais ne l’est pas. Ces
deux êtres éprouvés par la vie vont se rencontrer.
Madeleine devient amoureuse de Castellot, un
amour quasi impossible. L’un et l’autre s’accroche
à la bouée qui les relie. Le jour où Madeleine lui
demande s’il veut manger une glace, il sort de son
mutisme, il reprend goût à la vie. « Un jour tu vas
nager…Tu vas te jeter à l’eau et puis voilà », dit
Castellot à Madeleine. Au fond, cette courte relation
leur sera bénéfique. Dans ce roman à l’écriture
vive, ponctuée de phrases courtes, un fil conducteur
nous tient en haleine jusqu’au dénouement.
L’auteure a été finaliste au Prix des libraires du
Québec pour son roman Chiken Street en 2005.
Michèle Roy Le Fureteur
À l’abri de rien
Olivier Adam, Éditions de l’Olivier,
228 p., 27,95$
Dans le Nord de la France, la vie
n’est pas toujours facile. Le chômage
et la pauvreté sont le lot de
plusieurs. Peu après avoir perdu
son emploi, Marie se cherche. Elle a bien un mari
et deux enfants, mais ça ne lui suffit pas. Elle traîne
donc son mal de vivre jusqu’au jour où elle croise
les « kosovars », ces immigrés illégaux dont le seul
but est de rejoindre l’Angleterre. Dans un élan du
cœur plus grand qu’elle-même, Marie décide de les
aider. Elle commence par leur servir des repas et
les héberge. Mais elle ne sait plus s’arrêter : elle
veut en faire encore plus, au détriment de sa
famille et de son entourage, qui commence à jaser.
Marie a enfin trouvé un sens à sa vie, mais sa vie
aura-t-elle toujours un sens lorsque tout sera fini?
Un livre intense dont on ne sort pas indemne.
Marie-Hélène Vaugeois Librairie Vaugeois
Tribulations d’un
précaire
Iain Levison, Éditions Liana Levi,
192 p., 33,50$
Tribulations d’un précaire est un
récit autobiographique dans lequel
Iain Levison raconte ses expériences de travail après son
passage dans l’armée et l’obtention d’un diplôme de lettres.
Expériences au pluriel car au cours des dix
dernières années, il a occupé pas moins de quarantedeux
emplois dans six États différents! C’est avec une
pointe d’humour et un sarcasme bien senti qu’il retrace
son quotidien de travailleur peinant à survivre dans les
affres du sous-emploi. On ne peut d’ailleurs qu’être atterré
devant les piètres conditions de travail qu’il a rencontrées
(patron tyrannique, salaire de crève-faim, travail
dangereux et épuisant) que ce soit sur les bateaux de
pêche, comme aide-camionneur, commis dans une poissonnerie,
etc. En somme, il s’agit d’une chronique de la
précarité ayant autant une valeur littéraire que
sociologique Alexis Brisebois Monet
Au bureau
Nicole Malinconi, L’Aube,
coll. Regards croisés,
144 p., 22,95$
Nicole Malinconi a fait une rentrée
remarquée en 1985 en
publiant aux Éditions de Minuit
son roman Hôpital silence, réédité en 1996 et préfacé
par nulle autre que Marguerite Duras. On
reconnaît, dans son plus récent volume intitulé Au
bureau, cette écriture minimaliste qui nous fait
sentir à chaque phrase le non-dit des situations
absurdes de la vie. Au bureau est constitué de
courts chapitres qui relèvent les travers de la vie
grise et terne des fonctionnaires qui n’ont d’autres
distractions que de s’observer l’un l’autre. Chacun
des personnages de la « grande famille » cherche
un sens à la vie. Joël, lui, trouvera la mort comme
solution. Mais ne croyez pas pour autant que le
roman est aussi moche que la vie des personnages.
Le style de l’auteure agit fort efficacement avec la
finesse de l’observation et l’humour pince-sans-rire
qu’on lui connaît. Guy Marchamps Clément Morin
JANVIER-FÉVRIER 2008
28
Juvenilia
Jane Austen, Christian Bourgois
Éditeur, coll. Titres, 400 p., 14,95$
Juvenilia de Jane Austen
regroupent une série de textes de
jeunesse, en particulier des
ébauches de romans, de la correspondance,
même des prières. On peut aussi y
retrouver des critiques recueillies par l’auteure sur
ses propres œuvres. Les différents textes peuvent
paraître décousus au départ, mais ils se mettent
lentement en place pour former un kaléidoscope de
la personnalité de Jane Austen. Ce livre s’adresse
particulièrement à ceux qui connaissent déjà l’auteure
anglaise, mais les néophytes pourront y
découvrir l’humour mordant et le sens de la satire
de Jane Austen dans toute la fraîcheur de sa
jeunesse. À lire en complément à son œuvre.
Amélie Fournier-Gagnon La Boutique du Livre
le libraireCRAQUE
Tracey en mille
morceaux
Maureen Medved, Les allusifs,
208 p., 19,95$
Tracey a 15 ans. Assise sur le banc
d’un autobus, presque nue sous un
rideau de douche fleuri, elle sillonne
en boucle les rues de la ville à la recherche de son petit
frère, qui se prend pour un chien. Dans un récit confus,
elle nous révèle son histoire : ses parents qui semblent
avoir, chacun à leur manière, abandonné tout espoir de
bonheur; le harcèlement qu’elle subit à l’école; le chantage
qu’elle impose à sa psychologue; son petit ami Billy
Speed et les événements qui l’ont menée là où elle est.
L’auteure nous laisse avancer à tâtons dans les pensées
intimes de cette adolescente en mal d’amour, et il nous
appartient de distinguer les fantasmes de la réalité.
Parce que Tracey nous ment, comme elle se ment à ellemême
pour échapper à sa vie misérable. Un roman fort,
qui nous plonge dans les profondeurs abyssales de
l’adolescence. Anne-Marie Genest Pantoute
Un effondrement
Ghislaine Dunant, Grasset,
140 p., 22,95$
Ghislaine Dunant a vécu une
grave dépression, mais plutôt
que de se concentrer sur sa
descente aux enfers, elle nous
convie plutôt à sa remontée. Au
commencement de ce récit, elle nous décrit d’une
manière remarquable l’état de vide dans lequel elle
se trouve. Elle n’est rien, ne mange pas, ne parle
pas, ne bouge pas. Elle s’isole dans sa chambre. Et,
petit à petit, elle s’ouvre de nouveau aux autres.
Tout se passe calmement, elle commence par
apprivoiser le couloir et les âmes en peine qui
l’habitent; tranquillement, elle recommence à communiquer
et doucement elle redécouvre le monde
extérieur. La guérison est lente, elle prend son
temps. Elle nous raconte avec beaucoup de pudeur
un moment-clé de son existence. Elle le fait avec
tant de sincérité qu’elle nous touche simplement et
profondément. Marie-Hélène Vaugeois Librairie Vaugeois
Cœur de pierre
Pierre Péju, Gallimard,
coll. Blanche, 320 p., 34,95$
Jacques Larsen fut totalement
désorienté lorsqu’il découvrit la
présence de Leïla, assise sur le balcon
et fixant le cœur de pierre qui ornait le dessus de sa
porte d’entrée. Leïla était un personnage qu’il avait luimême
créé… Elle se retrouvait soudain là, sans savoir
comment elle y était arrivée, après que Mémé la Noire lui
ait dit que son sort était entre les mains d’un écrivain,
quelque part, dans un des autres espaces qui entouraient
celui-ci. Leïla avait décidé de rencontrer cet auteur,
voulant gérer elle-même son propre destin. Cœur de
Pierre entraîne alors le lecteur dans un imbroglio d’âmes
et de destins, d’écrivains et de personnages, dévoilant au
fil des pages les innombrables possibilités qui s’offrent à
la vie, à l’écriture. Un roman énigmatique et sensoriel, où
s’esquisse une exceptionnelle quête de l’existence pour
l’être humain et l’être de papier. Isabelle Prévost Lamoureux
La Maison de l’Éducation