Le Libraire - Index

Le Libraire - magazine - Index

Littérature québécoise
Les Carnets de
Douglas
Christine Eddie, Alto,
204 p., 21,95$
Voilà un premier roman que l’on
peut qualifier de fabuleux! Ce récit
nous plonge dans son histoire à la
manière d’un film, idée très bien assumée d’ailleurs,
avec des titres de chapitres tels que « Gros plan » (et
fondu au blanc), « Accéléré » et « Musique ».
Christine Eddie nous dépeint ses personnages avec
justesse, faisant en sorte que l’on comprend vite et
bien le caractère de chacun; on peut donc promptement
s’attarder au décor du livre, à la beauté de son
imaginaire. Le rythme est soutenu par des chapitres
très courts, ce qui rend la lecture très agréable. Aussi,
le côté « intemporel » renforce le récit, aucun lieu et
aucune date ne viennent suggérer des images au
lecteur, ce qui lui donne une totale liberté d’imagination.
Entre villes et forêts, entre abandon et retrouvailles,
entre blessures et souvenirs, entre humains, ce
roman est touchant et très bien écrit.
Stéphanie Mailhot Pantoute
Vous êtes ici
François Gravel, Québec
Amérique, 280 p., 22,95$
Un livre dont l’action se déroule
dans un centre commercial.
Ennuyeux, pensez-vous? Pas quand
il nous montre l’envers du décor : la
vie quotidienne des agents de sécurité, ces êtres invisibles
auxquels personne ne pense quand il effectue
son sacro-saint magasinage dans les temples kitsch de
la consommation. À travers ceux-ci et les employés de
boutiques qui ont à transiger avec une clientèle parfois
difficile, ce roman nous montre aussi la différence
entre deux types de société : celle du travailleur qui
gagne sa vie dans les centres commerciaux et celle du
consommateur aisé. Après avoir lu ce livre, vous
éprouverez plus de respect pour la ou le commis de
votre boutique préférée! À lire!
Dominique Coté La Boutique du livre
Un autre soleil
Joël Des Rosiers et Patricia Léry,
Triptyque, 64 p., 12$
Avec une merveilleuse écriture, les
auteurs nous emmènent au cœur
des émotions d’un homme, maçon
de son métier et qui devient chauffeur
de taxi. Dans son univers clos,
toutes les nuits il plonge pour de
courts laps de temps dans la vie de ses clients. Il aime
se lier avec ces gens et partager leurs sentiments, le
temps d’une course de taxi. Un jour, à l’aube, alors que
son « chiffre » tire à sa fin, une jeune femme éplorée
pénètre dans l’habitacle et va emmener l’homme au
cœur de quelques heures remplies d’émotions inattendues.
Il va se voir impliquer de près dans la vie de la
jeune femme qui est, pour lui, l’image même de la
beauté et de la féminité. Jusqu’où ira ce passage, pour
ce travailleur solitaire? Cette petite nouvelle, que vous
allez parcourir sans lever les yeux, restera inscrite
dans votre souvenir comme une lecture de qualité que
vous désirerez partager. Marie Lacourse Librairie Carcajou
Nous autres ça
compte pas
François Blais, L’instant même,
180 p., 22$
François Blais en a séduit plus
d’un avec Iphigénie en Haute-
Ville l’an dernier, se retrouvant parmi les finalistes du
Prix des libraires du Québec. Il revient à la charge avec
un deuxième roman de la même facture, Nous autres
ça compte pas. L’histoire n’est pas tellement importante,
les personnages ne sont pas de grands héros,
c’est plutôt la manière de raconter qui se dégage de ce
magma exubérant. François Blais s’inscrit dans la
mouvance des auteurs cyniques qui se jouent du récit
et du lecteur; on pense d’emblée à Réjean Ducharme
et à Louis Gauthier à la lecture de ce titre. Le ton est
comique, et le récit anecdotique, conjugué à tous les
temps par les personnages opportunistes, provoque
inévitablement le rire. L’auteur confirme qu’il a un
style surprenant et qu’il excelle dans l’art de bourrer le
texte de savoir inutile tout en rendant le tout assez
amusant pour qu’on en redemande encore.
Pierre-Luc Landry Librairie Vaugeois
Trois vies plutôt
qu’une
Michel Dion, Éditions JCL,
240 p., 17,95$
Jacques se rend en Europe pour
honorer la promesse qu’il a faite à
son père sur son lit de mort. Il doit
d’abord rencontrer une Française avec qui son père a
correspondu pendant quelque temps à la suite de son
service militaire après la Deuxième Guerre mondiale.
Quel lien avait-il vraiment avec elle? Ensuite, il se
rend en Hollande pour retrouver une troupe de théâtre
dont son père aurait fait partie. Mais l’accueil qu’il
reçoit le surprend. Il termine son voyage par
l’Allemagne, où il doit remettre la photo d’un soldat à
sa famille. Mais une surprise l’y attend. Pris entre le
désir de connaître un peu plus ce père qu’il croyait
déjà connaître et l’envie de ne pas être comme lui,
Jacques se cherche. Caroline Larouche Les Bouquinistes
La Danse de
l’esquive
Émilie C. Lévesque, Éditions JCL,
220 p., 17,95$
Tout commence lorsque Sarah,
jeune étudiante au début de la vingtaine,
clavarde sur Internet. Elle prend Bianca comme
pseudonyme et la fait vivre à travers elle jusqu’au jour
où elle ose donner ce nom à un gars dans un bar. Au
début, Bianca était un rôle utilisé comme un accessoire,
mais Sarah s’est fait prendre à son propre jeu.
Alors, elle a créé Florence. Autant l’une est le pendant
sexuel, autant l’autre est terre à terre. Mais à trop
vouloir esquiver ceux qui l’aiment et laisser la place à
celle qu’elle n’est pas, Sarah risque de se perdre. Dans
son premier roman, Émilie C. Lévesque réussit avec
brio à nous montrer comment la quête de soi peut être
difficile! Caroline Larouche Les Bouquinistes
JANVIER-FÉVRIER 2008
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le libraireCRAQUE
Nouvelles de
Mallaig
Diane Lacombe, VLB Éditeur,
192 p., 24,95$
Ceux qui ont aimé la trilogie de
« Mallaig » adoreront ce supplément.
Il contient six nouvelles illustrées,
dont trois ont été choisies par le public. Trois
comblent la période entre L’Hermine et La Châtelaine
de Mallaig et les trois autres, la période entre La
Châtelaine de Mallaig et Sorcha de Mallaig. Ces
textes nous éclairent sur certains événements à propos
desquels nous n’avions aucune précision. De plus,
on a ajouté une liste des personnages, une chronologie
des événements, ainsi que deux répertoires qui
expliquent la part de fiction et la part d’histoire dans la
trilogie. Pour finir, on trouvera aussi dans l’ouvrage
une carte de l’Écosse et du château de Mallaig tout en
couleurs. Diane Lacombe nous fait replonger avec
succès dans cet univers fascinant qu’est l’Écosse
médiévale! Caroline Larouche Les Bouquinistes
Léon, Coco et
Mulligan
Christian Mistral, Boréal,
152 p., 17,95$
Léon et Coco arrivent à Montréal
comme ils arrivent partout. Le premier
est écrivain, du moins s’en
donne-t-il le titre, et espère trouver, dans la métropole,
l’inspiration qui lui fait défaut depuis trop longtemps.
Le deuxième, presque vieillard, le suit en récitant des
vers de Mulligan, un poète légendaire, et en essayant
de ne pas trop éparpiller les bouts de raison qui lui
restent. Le temps d’un roman, on verra la ville et la vie
à travers leur prisme, on rencontrera la faune du
square Saint-Louis et ce sera comme boire au goulot
de la même bouteille de whisky. Mistral arrive à
soulever ou, plutôt, à nous faire aimer la crasse qui
semble recouvrir chaque lieu et chaque personnage.
Sous sa plume, les robineux deviennent princes et les
putains, princesses de ce royaume trash dont la
beauté et la poésie nous apparaissent enfin clairement.
Anne-Marie Genest Pantoute
D’ailleurs
Gilles Jobidon, VLB Éditeur,
80 p., 14,95$
Après deux romans brefs et un recueil
de poèmes, Gilles Jobidon nous offre
cette fois un recueil de sept nouvelles,
qui sont de véritables « mini
romans » remplis de poésie. D’ailleurs est comme un
laboratoire d’écriture sur le thème de l’ailleurs, tant
spatial que temporel. Encore une fois, Jobidon éblouit
par sa grande maîtrise littéraire et la culture qui se
dégage de ces courts récits. Explorant plusieurs styles,
l’auteur de L’Âme frère émeut, amuse et ouvre des
portes sur des lieux et des univers, d’où se dégagent
des atmosphères quasi palpables. Qu’il mette en scène
un enfant qui doit apprivoiser un deuil dans le Saigon
de l’après-guerre ou qu’il nous conduise sur la piste
rocambolesque de précieux livres volés, Jobidon trouve
toujours la justesse de ton et l’angle qui font de ses
nouvelles de véritables objets d’orfèvrerie.
Manon Trépanier Alire