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dire, il n’y est pas toujours parvenu parfaitement:
derrière la frustration de ses personnages, on
sent le discours à peine remis en contexte de l’auteur.
Mais devant l’ampleur de ce que Dennis
Lehane expose avec justesse sur l’époque, on ne
lui en veut pas trop.
D’autant plus qu’il révèle l’histoire complexe de
sa ville natale. Un terreau où il peut puiser tant
qu’il lui plaît, explique-t-il: « Boston est un territoire
d’une telle richesse dramatique! Il y a une
foule incroyable de strates sociales. C’est un territoire
plutôt balkanisé: de Beacon Hill à Roxbury,
on passe des quartiers les plus riches aux plus
pauvres dans un rayon de moins de 5 km. Est-ce
l’Athènes de l’Amérique, comme on le disait à
l’époque? Pas tellement. Mais je suis privilégié
d’avoir grandi dans un endroit aussi intéressant.
Pourquoi j’irais fouiner ailleurs, alors que mon
puits [d’idées] est aussi plein? »
Il n’est d’ailleurs pas le seul à le penser, comme
en témoignent les remarquables adaptations cinématographiques
dont ses livres ont fait l’objet. Ce
devrait aussi être le cas pour Un pays à l’aube, qui
doit être porté à l’écran par l’excellent Sam
Mendes. « D’après ce que j’en sais, c’est toujours
ce qui est planifié pour l’instant, raconte Lehane.
On doit d’ailleurs se parler très bientôt à ce sujet,
mais je considère que ce n’est pas coulé dans le
béton tant que la caméra n’a pas commencé à
tourner. »
De là à dire que Dennis Lehane est un homme
comblé, il n’y a qu’un pas. Sur son site Internet,
il révèle ne regretter qu’une chose: n’avoir jamais
exercé le métier de barman. Et même là, la porte
n’est pas tout à fait fermée: « Le patron d’un bar,
pas très loin de chez moi, m’a proposé un emploi.
Alors on ne sait jamais… »
UN PAYS À L’AUBE
Rivages,
768 p. | 34,95$
© John Foley/Opale
TERREUR À TRACADIE
LE LIBRAIRE CRAQUE!
policier
Avec ce dixième
roman, Kathy Reichs
n’a certainement pas manqué son coup! L’ambiance
mystérieuse du livre habite le lecteur dès les premières
pages. Évangéline, l’amie d’enfance de Tempe, disparaît
un beau jour et personne ne peut expliquer ce qui s’est
passé. Trente ans plus tard, notre enquêteuse reçoit
une boîte d’ossements de la même région, l’Acadie, et
le souvenir ressurgit. Il n’en faut pas plus à Tempe pour
suivre son instinct et chercher à découvrir ce qui est
arrivé à son amie. Le lecteur ne demande
alors qu’à suivre Tempe dans
son aventure et, par le fait même, en
apprend beaucoup sur la célèbre
léproserie qui a fait la mauvaise
renommée de la ville de Tracadie par
le passé et hante toujours le peuple
acadien. Isabelle Prévost-Lamoureux
La Maison de l’Éducation
LEMMER, L’INVISIBLE
Kathy Reichs, Robert Laffont, 384 p., 26,95$
À l’agence de
gardes du corps
Body Armour, en Afrique du Sud, il y a les « gorilles
», dont le rôle se borne à intimider, et les « invisibles
», qui observent en retrait, silencieux, les
dangers potentiels. Lemmer est l’un d’eux. Sortant
de prison pour avoir tué un homme à mains nues,
Lemmer, qui ne veut plus d’histoires, se retrouve malgré
lui impliqué, avec la cliente qu’il doit protéger,
dans une mystérieuse affaire de disparition. Meyer
signe encore une fois un roman complexe et puissant
qui soulève de nombreuses questions,
entre autres sur les tensions
raciales et linguistiques qui
déchirent toujours l’Afrique du Sud
depuis l’abolition de l’apartheid. Un
roman sensible, rempli d’action, et
qui jette un regard lucide sur l’état
actuel de notre planète.
Mathieu Croisetière Clément Morin
Deon Meyer, Seuil, 448 p., 32,95$
ZULU
On croirait Caryl
Férey sud-africain
tellement son roman Zulu se fond dans cette culture
de l’après-apartheid, où existe encore du racisme
entre Noirs et Blancs, mais également à l’intérieur
même des différentes tribus noires. Cet auteur
français a du style. Son personnage de commissaire
noir, Ali Newman, est torturé par son passé, puissant
de vérité. Il en va de même pour ses adjoints et toute
cette faune désespérée des bidonvilles, pour qui la
violence et la maladie sont le lot
quotidien. Et que dire des tourments
de ces Blancs pétris de culpabilité ou
de ceux qui rêvent encore d’extermination?
Tous sont à fleur de peau.
Un très grand roman, dans lequel j’ai
lu une des scènes les plus dures de
ma vie de lecteur de roman noir.
Denis LeBrun Le Libraire
Caryl Férey, Gallimard, 392 p., 29,95$
LE LIBRAIRE FÉVRIER-MARS 2009 47