Le Libraire - IndexLe Libraire - Lib51 - IndexPierre Lavoie, de l’UNEQ
Un vecteur à (re) définir
À l’Union des écrivaines et écrivains du Québec (UNEQ), un syndicat
professionnel qui regroupe près de 1400 auteurs de tous les genres
littéraires, on juge que les prix sont importants pour la valorisation du
livre et de la lecture, et qu’ils ne méritent nullement que l’on lève le
nez sur eux. Leur rôle, souligne-t-on, est plus que positif dans la
promotion du travail des écrivains. Cependant, leur potentiel d’attrait
auprès des lecteurs pourrait être mieux exploité, indique-t-on aussi. Et
la façon de les faire connaître pourrait faire l’objet, dans quelques cas,
d’un certain dépoussiérage.
Par
Florence Meney
L’UNEQ travaille à la promotion et à la diffusion de la littérature québécoise au Québec,
au Canada et à l’étranger, de même qu’à la défense des droits socioéconomiques des
écrivains. Pierre Lavoie, son directeur général, explique que l’association a cessé, il y a
sept ou huit ans, de proposer des ouvrages et des auteurs aux différents prix, non pas
parce que ceuxci ne possèdent pas de valeur ou d’intérêt, mais parce qu’il était difficile
de choisir parmi des pairs, d’établir, par la force des choses, une certaine forme de compétition
entre eux.
Par contre, Pierre Lavoie estime que les prix ont le mérite de jeter un éclairage, même
éphémère, sur un ouvrage, un auteur qui, autrement, n’aurait peutêtre pas bénéficié
de l’attention des médias — toujours moins nombreux dans le domaine culturel, signa
leton à l’UNEQ comme ailleurs — et des lecteurs dans un marché ou l’on recense un
nombre toujours plus élevé de nouveautés.
Sur la question de la démultiplication des prix, Pierre Lavoie juge d’ailleurs que leur nombre
élevé n’est pas nécessairement synonyme de dilution de la qualité, mais que le
phénomène semble plutôt correspondre à la fragmentation toujours croissante des lectorats,
un peu comme en télévision, chacun allant chercher précisément le genre de
livre qui l’intéresse: jeunesse, sciencefiction, poésie, etc. Selon lui, dans la mer des
publications, une sélection naturelle s’effectue de toute façon, et permet aux meilleurs
ouvrages de se démarquer. Certains prix, surtout les plus prestigieux, permettent aux
auteurs de se faire connaître à l’étranger mais, selon M. Lavoie, il n’est pas toujours
évident que ces récompenses se traduisent par une nette augmentation du volume des
ventes: « Les prix sont un vecteur intéressant, important même, mais qui mérite d’être
approfondi afin d’en augmenter l’impact. »
Partenariats et ponts
Selon Athanase David, secrétaire de la province de Québec, il faut travailler à mieux
mettre en valeur les lauréats, à l’aide de partenariats, par exemple, en les regroupant
lors des neuf salons du livre que compte actuellement le Québec.
D’ailleurs, depuis deux ans, l’UNEQ a formé un comité qui réfléchit à des solutions
imaginatives pour donner une meilleure visibilité aux ouvrages primés. Par exemple,
un petit montant accordé par le Conseil des Arts du Canada permet d’organiser une
série d’activités comme des séances de lecture,
qui sont destinées à mettre le public en contact
direct avec les lauréats et les lauréates. Ce contact
est d’ailleurs essentiel, ditil, pour maximiser
les retombées des honneurs littéraires: « Des prix
comme celui des libraires [du Québec] ont sans
doute plus d’impact sur les ventes que les autres,
puisqu’ils découlent en fait des choix des
lecteurs. »
Selon le directeur de l’UNEQ, enfin, l’une des
grandes vertus des prix littéraires est de diffuser
la littérature québécoise à l’étranger. Mais l’inverse
est aussi vrai, et tout aussi intéressant:
« Cela crée des ponts entre les cinq continents de
la francophonie littéraire, confirme M. Lavoie. Les
livres primés à l’étranger, qui seraient restés inconnus,
nous sont présentés par le biais des prix. »
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© Denise Pelletier
Pierre Lavoie
« Les prix sont un vecteur
intéressant, important même,
mais qui mérite d’être
approfondi afin d’en
augmenter l’impact. »
LE LIBRAIRE • FÉVRIER-MARS 2009 • 37