Le Libraire - Index

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LE LIBRAIRE FÉVRIER-MARS 2009 32
Un prix,
ça change pas le monde,
sauf que…
Dans les rayons des librairies, on repère aisément ces livres pas tout
à fait comme les autres, souvent bagués tels des oiseaux précieux
promis à un grand voyage, entourés d’un bandeau ou étampés d’un
sceau discret, qui se démarquent de la masse. Bague blanche,
bandeau rouge, Femina, Gouverneur général, Renaudot, Prix des
libraires du Québec: ce sont les ouvrages qui ont remporté l’un des
nombreux prix littéraires d’ici ou d’ailleurs. L’éventail de ces récompenses
toujours plus nombreuses, plus spécifiques, est très large,
allant du prestigieux Goncourt français aux distinctions très pointues,
quelquefois obscures, même.
Par
Florence Meney
Au sens strict, un prix littéraire est une distinction
remise pour une performance en écriture parti ­
culière par des institutions gouvernementales ou
non, des associations, des académies, des fondations
ou des individus. Les prix reviennent à intervalles
réguliers, qui sont variables, mais la plupart
des remises se font annuellement et sont accompagnées
d’une somme d’argent, d’une médaille
ou d’une bourse, dont le montant est, lui,
extrêmement fluctuant.
Pour un auteur, recevoir un prix constitue une
forme de reconnaissance non négligeable,
puisqu’elle consacre non seulement la qualité de
son travail, mais lui permet de sortir du lot, d’attirer
les médias et, parfois, de donner un coup de
pouce aux ventes de son ouvrage. Pour l’éditeur,
aussi, les prix sont prisés puisqu’ils représentent
un outil de valorisation de leurs auteurs.
Le degré de notoriété d’un prix semble bien influer
sur les chiffres de ventes. Par contre, certains
prix ont avant tout une force de rayonnement et
constituent une caution intellectuelle immense,
que l’on pense entre autres au Nobel de littérature
ou aux Prix littéraires du Gouverneur général.
Au Canada comme ailleurs, l’année est ponctuée
par l’attribution des diverses récompenses. Ces
rendez­vous, dans le monde du livre, sont plus ou
moins attendus, plus ou moins incontournables,
donnant parfois lieu à des spéculations intenses,
en particulier dans le cas des grands prix
français comme le Goncourt ou le Femina. Les
jeux d’influence sont souvent féroces. Au
Canada et au Québec, certains prix sont également
des trophées très convoités.
Constellation de prix, donc, à un point tel que
l’on est en droit de se demander s’ils sont trop
nombreux, s’ils servent bien la cause des
écrivains, de l’industrie du livre mais, aussi et
surtout, celle des lecteurs. Les prix ont d’ailleurs,
sur tous les continents, leurs détracteurs féroces,
notamment parmi les auteurs, dont
quelques­uns se refusent à jouer le jeu de la
course aux trophées. Dans certains cas, même,
le processus qui mène au couronnement
est fortement contesté, parfois accusé de partialité
et sans rapport avec la valeur littéraire
des ouvrages.
À quoi, à qui servent les prix littéraires? Quels
sont les enjeux derrière leur attribution? Ces
récompenses, très nombreuses, ont­elles toutes
leur raison d’être? Parmi les éditeurs interrogés,
aucun ne se mouille jusqu’au cou pour affirmer
que non. Cependant, ils laissent tous entendre
que voir un livre coiffé d’un prix, ce n’est pas
rien; que ces distinctions ont de la valeur dans
la mesure où elles provoquent, dans le meilleur
des cas, une augmentation des ventes, relancent
le livre, apportent du prestige à la maison
et de la reconnaissance à l’auteur.
© Pascale Bonenfant
Genèse des prix au Québec
C’est en 1922 qu’Athanase David, secrétaire et registraire de la
province de Québec, fait adopter la Loi pour encourager la production
d’œuvres littéraires et scientifiques. Des concours
naîtront dans le sillage de cette loi, d’abord financés par l’État,
puis ils s’en émanciperont graduellement et se diversifieront. On
estime qu’aujourd’hui, c’est près de 500 000$ qui sont remis
chaque année par soixante­cinq organismes publics et privés qui
gèrent des prix littéraires. Pour donner une idée de grandeur, on
peut mentionner que l’édition 2006 du Répertoire des prix littéraires
du Québec compte 85 inscriptions, avec parfois plusieurs
catégories pour un même prix. Ainsi, si en 2003 on comptait
108 récompenses, en 2006, on en dénombrait 130.
Source : Prix littéraires du Québec: Répertoire 2006
Québec Édition
Québec Édition, un comité de l’ANEL dédié au rayonnement de
l’édition québécoise et canadienne de langue française sur la scène
internationale, s’est engagé à faire la promotion de douze prix littéraires
d’importance remis au Québec dans les foires et les salons
auxquels il participe, notamment la Foire du livre de Bruxelles, le
Salon du livre de Paris et le Salon du livre et de la presse de Genève.
Pour ce faire, des bandeaux ont été produits et un espace central
sur le stand est réservé aux récipiendaires des prix littéraires promus.
La liste des prix littéraires a été sélectionnée par les éditeurs.
Le souci premier dans la création de cette liste était de promouvoir
le plus grand nombre de genres littéraires.
Les 12 principaux prix concernant
les œuvres d’ici
Grand Prix Quebecor du Festival international de la poésie
Prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal
Prix Athanase­David
Prix TD de littérature canadienne
pour l’enfance et la jeunesse
Prix littéraire du Gouverneur général (toutes catégories)
Grand Prix du livre de Montréal
Prix Anne­Hébert
Prix Émile­Nelligan
Prix littéraire des collégiens
Prix littéraire Ville de Québec/SILQ (littérature
adulte et jeunesse)
Prix Adrienne­Choquette
Prix des libraires du Québec
Source : Association nationale des éditeurs de livres