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LE LIBRAIRE FÉVRIER-MARS 2009 24
La pluie, avant qu’elle tombe est probablement le roman le plus grave que
Jonathan Coe ait écrit. Adressée à Imogen, une confession enregistrée de
Rosamond, récemment décédée, conduira le lecteur à travers l’histoire de
trois générations, des années 40 à au-
jourd’hui. Trois femmes, empreintes
de désir, de chagrins et d’intensité,
liées entre elle par une force impressionnante,
seront placées devant une
interrogation: n’y a-t-il pas une
logique qui détermine leur existence?
On retrouve entre autres dans
LA PLUIE, AVANT
QU’ELLE TOMBE
Jonathan Coe,
Gallimard,
256 p. | 34,95$
ce roman l’obsession des coïncidences, l’importante place accordée à l’intime
dans l’Histoire et l’apport du destin, qui sont des thèmes familiers à
l’auteur britannique.
D’une part, il y a l’histoire d’Abel et de Paul, deux frères jumeaux qui
étaient amoureux de la même femme. L’un en était l’amant, l’autre, le mari.
Et d’autre part, il y a l’histoire de Seth,
HISTOIRE DE
L’OUBLI
Stefan Merrill
Block, Éditions
Albin Michel,
362 p. | 29,95$
un jeune de 15 ans qui rêve de devenir
spécialiste du cerveau. Sa mère, fille de
Paul, tombe malade: on lui diagnostique
un « Alzheimer familial à début précoce ».
Ainsi, Seth commence la reconstitution
de son histoire génétique. Lauréat du
prix du Premier roman au Festival inter-
national de littérature de Rome, le jeune auteur de 26 ans en a déjà épaté
plus d’un avec cette histoire à la fois émouvante, drôle et tendre sur une
maladie grave et fort répandue.
Après Écrits fantômes et Cartographie des nuages, qui lui ont valu prix et
mises en nomination, David Mitchell revient avec une histoire plus intimiste,
dans l’esprit d’un roman d’apprentissage. Jason, 13 ans, poète à
ses heures et atteint de bégaiement, se
réfugie dans un monde imaginaire, peuplé
d’animaux étranges, d’un lac glacé et
de figures ambiguës pour fuir l’incompréhension
et le mépris des autres. Ses
aventures dans la forêt fictive de Black
Swann Green constituent un récit inventif
qui se situe à la lisière du fantastique
et qui aborde plusieurs aspects de l’adolescence.
« Mon père m’a puni parce que j’existais, et maintenant c’est mon tour de
le punir pour son existence. Ce n’est que justice. » Voilà un extrait révélateur
du ton d’Une partie du tout, ce premier
UNE PARTIE
DU TOUT
Steve Toltz,
Belfond,
496 p. | 39,95$
LE FOND DES
FORÊTS
David Mitchell,
L’Olivier,
492 p. | 34,95$
roman de l’Australien Steve Toltz, fina -
liste au prix Man Booker 2008 et dont on
dit qu’il évoque Dickens ou Irving. Avec
un mélange d’interrogations métaphysiques
et de plaisanteries obscènes, le
narrateur, Jasper Dean, dépeint la complexité
des relations familiales ainsi que
le droit à l’originalité, voire à la folie. Doucement, il reconstruit l’histoire
de son défunt père pour en comprendre le côté philosophe autodidacte et
la misanthropie.
LES CHOIX DE LA RÉDACTION
littérature étrangère
À l’aube de la soixantaine, Tito, père autoritaire, mari volage et riche propriétaire
de la fabrique de pâtes artisanales locale, dresse le sombre bilan de sa
vie. Enfant illégitime n’ayant jamais connu
LE SECRET DE
TORRENOVA
Simonetta
Agnello Hornby,
Robert Laffont,
342 p. | 29,95$
Écrivain américain reconnu pour son style corrosif, Percival Everett décortique
le système élitiste de l’érudition universitaire dans Glyphe, une satire des comportements
humains, qu’il dépeints comme étant d’une absurdité accablante.
Pour ce faire, l’auteur prête sa voix à un
bébé dont le QI est si élevé qu’il décide
de renoncer au langage articulé, qu’il
juge corrompu, pour écrire et ainsi manipuler
ses parents. Rapidement tous se
l’arrachent, le kidnappent. Ce sont des
scientifiques bornés, des psychiatres
fous, des philosophes illuminés et des
GLYPHE
Percival Everett,
Actes Sud,
304 p. | 38,50$
prêtres en mal d’exorcismes qui veulent l’étudier, voire le disséquer!
Avec plus de 4 millions d’exemplaires vendus aux États-Unis, le roman initia -
tique Le shack semble avoir changé la vie de bien des gens. Il s’agit de l’histoire
de Mack, dont la fille cadette a été enlevée quatre ans auparavant, lors
de vacances familiales. Un jour, Mack reçoit
un message divin l’invitant à se rendre de
nouveau à cette cabane où le drame est survenu.
Alors qu’il réintègre son pire
cauchemar, Mack se rendra compte que ce
qu’il y trouve changera sa vie à jamais.
Ainsi, Le shack tente de répondre à l’éternelle
question: où donc est Dieu dans ce
monde chargé de souffrances?
sa mère, il place beaucoup d’espoir en sa
tante octogénaire, Rachelle, souhaitant que
cette dernière puisse l’aider à se réconcilier
avec son passé, les siens et lui-même, au
risque de dévoiler le bien lourd secret d’une
famille bourgeoise. Avec Le secret de Torre -
nova, Simonetta Agnello Hornby conclut sa
trilogie sicilienne, traduite en dix-huit langues, et qui compte L’amandière et
La tante marquise. Le roman caracole au sommet des palmarès des meilleures
ventes en Italie depuis des mois.
LE SHACK
William P. Young,
Le jour,
336 p. | 24,95$
On lui doit La chambre des officiers, qui devint un film, et La malédiction d’Edgar,
une pseudo-biographie de J. E. Hoover reçue favorablement des deux côtés de
l’Atlantique. Malgré ces succès, Marc
EN BAS,
LES NUAGES
Marc Dugain,
Flammarion,
320 p. | 32,95$
Dugain est encore assez peu connu au
Québec. Or, le vent risque de tourner en sa
faveur avec En bas, les nuages, un recueil de
sept nouvelles dans lesquelles des hommes,
des États-Unis ou du Maroc, sont confrontés
à leur nature intime lorsqu’ils se trouvent
devant une catastrophe naturelle ou un
attentat, par exemple. Tout l’art du nouvelliste tient dans le fil narratif unissant
chacun des textes. Voilà un auteur qui s’efface derrière ses personnages,
laisse entière liberté de choix à ses lecteurs. C’est rare, et d’autant plus digne
de notre attention.