Le Libraire - IndexLe Libraire - Lib51 - IndexLE LIBRAIRE FÉVRIER-MARS 2009 22
MANIÉRISME LE DIABLE
Le mot « diable » en
grec ancien signifiait
« qui désunit ». Est-ce de cette désunion que nous parle
Kim Doré dans son recueil Maniérisme le diable? On
peut le penser en considérant que le maniérisme est
un manque de naturel ou, en peinture, une exagération
de certains détails. On peut lire dans la première partie,
« Tout bas les chimères », le combat contre les illusions
alors que dans la seconde, « Fleuves », « les faux diables
à la fenêtre,/[sont] comme des ornements ». À la fin,
il reste une « réalité rugueuse à étreindre » (Rimbaud)
et, à travers le naturel désarmant des
magnifiques dessins d’enfants de la
dernière partie intitulée « Araignées
du soir », « il y a des ailes/qui dépassent
». Avec des images très
fortes, sa façon bien à elle de tordre
le cou aux mots, Kim Doré signe ici
un troisième livre remarquable.
Guy Marchamps Clément Morin
SUR L’AUTRE CHEMIN:
À LA DÉCOUVERTE D’UNE FRANCE MÉCONNUE
Qu’est-ce qui pousse un homme de 67 ans des Bois-
Francs à partir à l’aventure sur les routes de France?
Des rêves oubliés, certainement. Mais surtout un défi,
lancé par sa fille: « Arrête d’en parler, fais-le! » C’est
ainsi qu’impulsivement, Daniel Vigneau effectue un retour
aux sources durant plus de trente jours, marchant
de son village natal, en Touraine, jusqu’à Port-Vendres,
sur les rives de la Méditerranée. Et quel chemin! Au détour
des villages où les habitants sont parfois accueillants,
mais souvent méfiants, la faim, des forêts
infestées de serpents et une tempête
salvatrice l’attendent. Récit d’émotions
et d’impressions de voyage,
Sur l’autre chemin est le portrait
surprenant d’une France désolante et
lumineuse à la fois. Mais surtout,
Vigneau raconte une aventure
unique, touchante et, avouons-le,
vraiment admirable!
René Paquin Clément Morin
Daniel Vigneau, Bertrand Dumont Éditeur, 192 p., 21,95$
MOÏRANE
Kim Doré, Poètes de Brousse, 72 p., 15$
On retrouve Gunni le gauche et
Moïrane, tous deux mariés et vi-
vant avec leur clan en Écosse. La persévérance de Gunni
leur a apporté prospérité et tranquillité, jusqu’au jour
où arrive un bateau qui change leur vie: ils se retrouvent
en Amérique parmi les peuples amérindiens. Un
prêtre qui les accompagnait se donne pour mission de
les évangéliser, mais avec l’aide de Moïrane. Celle-ci se
retrouve dans une situation précaire, séparée temporairement
de son mari et vivant avec un peuple dont
elle ne connaît pas les coutumes. Lorsqu’elle retrouve
Gunni, Moïrane est enceinte alors que
le couple n’avait jamais réussi à enfanter.
Que lui arrivera-t-il? Les
racines vikings de Gunni referontelles
surface? Fidèle à son habitude,
l’auteure nous charme avec son écriture
limpide. Des personnages attachants
et des décors somptueux!
Caroline Larouche Les Bouquinistes
Diane Lacombe, VLB Éditeur, 464 p., 26,95$
DU BON USAGE DES ÉTOILES
LE LIBRAIRE CRAQUE!
littérature québécoise
S’inspirant de l’expédition
anglaise
qui, en 1845, échoua fatalement dans les glaces de
l’Arctique, Dominique Fortier livre un délectable premier
roman construit en patchwork, qui sort des sentiers
battus de la littérature québécoise. Nous y
suivons d’un côté l’attachant commandant Crozier et
le grandiloquent commandant Franklin à bord de leurs
navires, confrontés à l’immensité blanche. De l’autre,
les péripéties sociales de brillantes femmes restées à
Londres, volontaire Lady Jane et belle Sophia. Nous
connaissions déjà la fastueuse
démesure de l’époque victorienne,
mais pourquoi se priver de s’en moquer
une fois de plus, si c’est fait avec
tant d’esprit pétillant? La plume y est
élégante et les sentiments livrés en
filigrane confèrent au récit bien ficelé
le réconfort du plum-pudding!
Marie-Claire Barbeau Sylvestre Le Fureteur
Dominique Fortier, Alto, 356 p., 24,95$
LE PRIX DU SANG: LES PORTES DE QUÉBEC (T. 3)
La confirmation de la mort d’Alfred met tout le monde
en alerte. Marie, femme d’affaires accomplie, continuera
de s’occuper de la boutique de la Haute-Ville. La guerre
bat son plein et la conscription pend au bout du nez
des Québécois. Le reste du Canada crie haut et fort que
le prix du sang doit être égal pour tous. Dans cette ambiance
chargée de peur et d’animosité, Jean-Pierre
Charland nous fait retrouver Thomas et ses enfants: sa
fille qui finira par se marier et son
garçon, futur héritier qui met toujours
les pieds où il ne faut pas. Pour
Marie, l’amour fera enfin surface, et
l’indépendance aussi. Thalie, elle, sera
parmi les premières femmes à aller à
l’université. Et Mathieu, lui, décidera
de s’enrôler. Reviendra-t-il au pays
sain et sauf?
Caroline Larouche Les Bouquinistes
Jean-Pierre Charland, Hurtubise HMH, 586 p., 29,95$
LE POÈME INVISIBLE/THE INVISIBLE POEM
E.D. Blodgett, poète montréalais ayant publié une vingtaine
de volumes, nous offre ici un livre d’une grande
sobriété. Succinctement et avec un choix restreint de
vocables, il réussit à nous faire sentir la présence de ce
« poème invisible » évoqué dans la transparence et les
ombres du langage. Le vol, les ailes, les oiseaux, l’ombre
et la lumière arrivent merveilleusement bien à nous
faire percevoir l’impalpable: « comment te dire/le réel
des oiseaux/aussi invisibles/que le silence/d’où ils viennent/et
leurs chansons. » Nous sommes en présence
d’un monde qui se dissout, mais avec
sérénité. Les poèmes, aériens, suggèrent
la légèreté de la feuille qui
tournoie au vent. Ils appellent le
murmure et l’attention comme un
verre de cristal rempli d’un nectar
translucide et divin. Une réussite à
déguster lentement.
Guy Marchamps Clément Morin
E.D. Blodgett, Du Noroît/Buschek Books, 88 p., 16,95$