Le Libraire - Index

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conséquences
choses qu’il ne me disait pas. Je n’ai
pas eu accès à tous ses coins cachés.
Il me donnait ce qu’il voulait bien me
donner. Par exemple, on l’appelle
Alec. Ce n’est pas son nom, mais le
pseudonyme inventé lors de la rencontre
avec Sumintra. »
Mensonge libérateur
« Il y a des mots qui me rendent mal à
l’aise, poursuit Bissoondath. Comme
créer. Créer des personnages. J’ai l’impression
que les personnages se
créent dans l’imaginaire, qu’ils choisissent
le moment où ils veulent se
donner, se dévoiler. » En les suivant
pour ces Cartes postales, Bissoondath
a abouti à une structure plus condensée
et à un récit plus concis: « Il y a
cette compression parce qu’il y a
beaucoup de non-dits [dans l’histoire].
Ce sont deux êtres qui se sont fa -
briqué une vie de mensonges. Ils ne
savent pas toujours ce qu’ils devraient
dire. » Le mensonge, pour eux,
signifie la liberté. La liberté d’être ce
qu’ils veulent. « C’est ce que Sumintra
tente de faire. Elle cherche plusieurs
libertés, mais surtout celle d’être telle
qu’elle veut sans l’influence de ses
parents. Même si elle les aime. C’est
à cause de ce besoin qu’elle commence
à mentir, précise Bissoondath.
Et c’est elle qui voudra casser ce carcan,
[elle qui] décide de ne plus vivre
dans le mensonge. C’est un acte de
courage. Elle veut faire d’Alec un
homme honnête, mais lui est trop pris
dans son jeu pour le devenir. » La finale
de ce dilemme, surprenante et
terrible, laisse le lecteur pantois.
Par le personnage de Sumintra, Neil
Bissoondath revient sur les faiblesses
du multiculturalisme canadien. Il a
lui-même goûté la médecine: né à
Trinidad d’une famille originaire de
l’Inde, il arrive au pays il y a plus de
trente-cinq ans et réside désormais à
CARTES POSTALES
DE L’ENFER
Boréal,
248 p. | 24,95$
ENTREVUE
littérature québécoise
Québec. Son essai sur la bataille entre
intégration et assimilation, Le marché
aux illusions, paru en 1995, avait été
débattu sur tous les tons et toutes les
tribunes. L’auteur en garde un arrière-goût
un peu amer: « Je n’ai pas
trouvé l’expérience très satisfaisante.
Je préfère la littérature: je suis aussi
convaincu qu’on peut dire beaucoup
plus sans vouloir dire quelque chose.
Pour moi, c’est beaucoup plus riche,
beaucoup plus vrai, [avec] une subtilité
qu’un essai ne peut permettre. »
L’écrivain voit déjà ses prochains projets.
« J’ai trop de personnages qui se
bousculent dans ma tête! », lance-t-il
en riant. D’abord, finir un recueil de
nouvelles, à demi écrit. Ensuite, s’attaquer
à une idée qu’il traîne depuis
vingt ans: un livre historique où il
ferait revivre les grands personnages
de l’Espagne du XV e siècle: « J’essaie
d’aller chercher l’être humain derrière
la légende. Je n’invente rien. Il n’y a
pas de dialogues dans le livre, mais
j’utilise les techniques du romancier
pour me glisser dans la peau de ces
gens qui, à la longue, ont changé le
monde. »
D’ici là, les êtres noués de secrets et
de mensonges des Cartes postales de
l’enfer, dans la très efficace traduction
de Lori Saint-Martin et Paul Gagné,
sont un des rendez-vous littéraires de
la saison.
LES CHOIX DE LA RÉDACTION
littérature québécoise
Dans Le masque étrusque, le nouvelliste et traducteur Louis Jolicœur nous
entraine jusqu’en Toscane. Juillet 1943. Eugène, un médecin militaire,
porte secours à une jeune Italienne gravement blessée. En guise de remerciement,
la mère de celle-ci lui remet
un masque représentant la divinité
Mithra qui, aux dires de tous, porterait
malheur. Eugène l’apportera avec lui à
Naples, à Paris et à Rome, avant de
revenir au Québec. Vingt ans plus tard,
c’est à son fils Théo qu’il confie le soin
de résoudre le mystère entourant l’ob-
LE MASQUE
ÉTRUSQUE
Louis Jolicœur,
L’instant même,
180 p. | 22$
jet. S’il trouve bel et bien la solution de l’énigme en Italie, Théo y fait aussi
la rencontre de son demi-frère, et de la femme de sa vie.
Par une nuit de tempête, deux hommes se retrouvent dans un manoir.
Pierre ne se souvient de rien et n’a aucun bagage, seulement du bonheur à
revendre, alors qu’Adrien est chargé de
valises, de tonnes de souvenirs et de tra-
ROMAN 41
Monique Le
Maner, Triptyque,
126 p. | 18$
cas. Malgré leurs différences, un lien se
tisse entre eux. Survient ensuite Cécile,
une jeune femme qui semble en savoir
plus que ce qu’elle dit, ainsi qu’une vieille
dame au bord de l’agonie qui leur tend une
oreil le plus qu’attentive. À la fois poétique
et grinçant, Roman 41 met en valeur les détresses humaines et l’existence
des mensonges, en touchant directement le cœur de la condition humaine.
Les réflexions sur l’amour, le couple et l’amitié semblent aujourd’hui
revenir dans tous les livres dits de chick lit. Alors, pourquoi encore reprendre
ces thèmes dans La vie en grosse? Justement pour les mettre dans la
bouche de Daphnée-Rose Gauthier, une
jeune femme célibataire qui partage son
temps entre son métier de photographe
et ses amis et qui a le bonheur… d’être
ronde! Pour elle, un entraînement au
gym, une sortie à la plage ou un simple
voyage en avion deviennent une aventure
des plus cocasses. La sympathique
LA VIE EN GROSSE
Mélissa Perron,
De Mortagne,
176 p. | 19,95$
grassouillette saura certainement extirper quelques sourires à celles qui
n’ont pas peur du ridicule ou qui sont affublées de complexes!
Alors qu’elle est aux prises avec un dilemme amoureux, Lisa remet en
question l’aspect fondamental de sa vie: le besoin de création. Elle décide
finalement de renoncer à son art pour fonder une famille. Car, selon elle,
« vivre, c’est créer ». Ainsi, elle laisse der-
L’ÉCHAPPÉE
DES DIEUX
Reine-Aimée
Côté, VLB Éditeur,
144 p. | 19,95,$
rière elle son métier de comédienne pour
choisir la maternité. Dans la même veine
que l’essai de Nancy Huston sur la création
opposée à la procréation (Journal de
création, Actes Sud), Reine-Aimée Côté
signe avec L’échappée des dieux une œuvre
qui met en perspective l’art et la mater-
nité, le tout présenté avec une écriture poétique aux images évocatrices.
LE LIBRAIRE FÉVRIER-MARS 2009 21