Le Libraire - Index

Le Libraire - Lib51 - Index

©Élyssa Marcoux-Bissoondath
N EIL B ISSOONDATH
Vérités
« Les secrets… Nous en avons tous. […] Nous en créons nous–
mêmes un certain nombre; d’autres nous sont imposés. Petits ou
grands, ils n’en sont pas moins des secrets, et nous vivons dans la
terreur d’être un jour démasqués. La règle primordiale? Ne pas se
faire prendre »: ainsi s’ouvre Cartes postales de l’enfer, le sixième
roman traduit en français de Neil Bissoondath. Un livre sur les
ombres de l’âme et les masques que chacun porte. Des masques
qui peuvent libérer comme prendre au piège dans le grand jeu de
vérités-conséquences.
« Je crois qu’il est impossible de ne
pas avoir de secrets, explique Neil
Bissoondath en entrevue. Il est possible
d’être transparent, mais il faut
avoir le courage de l’être et ne jamais
perdre de vue la réalité. C’est
ce qui arrive à Alec ». C’est presque
par une confession que le personnage
d’Alec commence son histoire,
en défaisant pour le lecteur la toile
si finement tissée de ses mensonges.
Il explique comment il en
est venu à cacher qu’il étudiait et
travaillait en décoration intérieure
© Sylvain Dumais
pour ne pas décevoir ses parents.
Comment il a remarqué que les homosexuels
sont bien vus dans le
métier. Et comment il a adopté leurs
manières pour trouver le succès,
quitte à saborder au passage sa vie
amoureuse. Il se retrouve avec la
vie qu’il a rêvé de vivre. Mais c’est
une vie mentie.
Comme lors de ses précédents
livres, l’écriture est venue à Bissoondath
par la voix de ses personnages.
Il en parle comme d’amis,
d’êtres à part entière avec leur
volonté propre: « La voix d’Alec est
venue en premier. Je l’ai écrit, je l’ai
suivi. Tout à coup, il s’est tu et cette
autre voix, Sumintra, est apparue.
Par
Catherine Lalonde
Je ne savais pas ce qu’il allait se
passer. » En deuxième partie, donc,
changement de tableau. Gros plan
sur Sumintra, jeune immigrante
pakistanaise de deuxième génération
qui peine à concilier les désirs
et traditions de ses parents et les
siens. Chacun ses secrets: Sumintra
se caresse en cachette, tait ses
émois pour rester une bonne fille
aux yeux des siens. Et lorsqu’elle
rencontre Alec et en tombe
amoureuse, elle se sent obligée de
mener une double vie.
Le récit des deux narrateurs s’intercale
de plus en plus rapidement au
fil des pages. « La structure s’est
imposée par les voix des personnages,
explique le romancier. Parce
que je n’aurais pas planifié le livre
tel qu’il existe, il a une vie qui [me]
dépasse. Et c’est ma satisfaction. Il
fallait par contre que je sois conscient
des niveaux de langue, de la
voie narrative d’Alec et d’une certaine
légèreté chez Sumatra qu’il
fallait maintenir jusque dans le langage
même. » Car Bissoondath a lui
aussi dû manœuvrer parmi les cachotteries
de ses personnages: « En
écoutant Alec me raconter son histoire,
je savais qu’il y avait des