Le Libraire - IndexLe Libraire - Lib51 - IndexAu fil de la discussion, l’auteur admet
que pondre un quatrième opus de
« Charles Le Téméraire » ne lui déplairait
pas. « C’est le livre auquel je
suis le plus attaché, avoue-t-il. Je ne
sais pas si ça va être le jugement du
public. J’ai une étampe Matou au milieu
du front, c’est un peu pesant.
Comme Tremblay qui est pogné avec
Les belles-sœurs. Mais est-ce qu’on
peut se plaindre de ça? »
Avant d’entamer un prochain
chapitre de la vie de Charles,
Beauchemin, qui s’inspire de la réa -
lité, doit attendre que la vie rattrape
l’art. Qu’elle le dépasse. « Le tome
dont je rêve doit se produire dans la
réalité », explique cet indécrottable
souverainiste. Ça, ça ferait une belle
fin de roman. » L’écrivain est en effet
convaincu que le Québec est appelé à
disparaître s’il ne devient pas
indépendant. « Aucune culture n’a
survécu sans posséder les moyens
politiques de voir à ses intérêts. C’est
impossible. On est en train de
sombrer dans la médiocrité la plus totale
au point de vue politique.
L’avenir du Québec m’apparaît entre
mauvaises mains. Et puis, j’arrive à
la fin de ma vie. Personne ne va me
faire croire que je vais vivre encore
soixante-sept ans. J’aimerais pouvoir
quitter cette planète avec une
nouvelle délectable. »
En attendant, Beauchemin espère
que petits et grands se retrouveront
autour de Renard Bleu avec plaisir et
délice, puisque pour lui, « le but de la
littérature, est d’apporter de la joie ».
LES CHOIX DE LA RÉDACTION
littérature québécoise
Grâce à son écriture vive et troublante, Anne Guilbault nous transporte
aux confins de l’esprit du narrateur de Joies. Celui-ci vient de s’enfuir de
l’hôpital psychiatrique et déambule dans
les rues de la ville à la recherche de sa
sœur, Georgie, qu’il aime passionnément.
Les seuls indices qu’il possède
sont les images que lui renvoie son
cerveau, lesquelles sont décousues, inquiétantes
et discontinues: des gens qui
tombent, encore et encore, des femmes
JOIES
Anne Guilbault,
XYZ Éditeur,
102 p. | 20$
de verre qui se brisent, des images de cirque, Georgie en robe rouge…
Ce tourbillon incongru, frôlant à la fois délire et lucidité, nous entraîne
dans un monologue original et captivant.
À la fois cru et cruel, animé et animal, Itinéraire d’un salaud ordinaire propose
un road trip à travers la vie d’un attaché politique qui en a assez
d’être straight et décide de partir pour
ITINÉRAIRE
D’UN SALAUD
ORDINAIRE
Éric Gougeon,
Québec Amérique,
264 p. | 22,95$
l’Europe, destination qui n’est pas nécessairement
celle à laquelle il s’attendait.
Bien vite, le protagoniste, qui est empreint
de rage et qui a soif d’aventures,
se laisse emporter dans un tourbillon
d’événements qu’il ne pourra contrôler et
qui lui apporteront maints coups de
gueule. Éric Gougeon, codirecteur de la défunte revue Dialogis et libraire
de métier, signe ici un premier roman actuel qui en dérangera peut-être
quelques-uns.
Deux septuagénaires se rencontrent lors d’une croisière hivernale aux
Îles de la Madeleine. La dame tient fermement à vivre une sexualité
épanouie (qu’elle nomme « Écarlate »),
alors que l’homme, marié, est aux
prises avec les préceptes religieux.
Leurs corps vont se rencontrer sous
une plume empreinte de poésie et de
philosophie. D’une histoire de chair,
L’écarlate verse tranquillement dans un
récit où les humeurs auront une place
L’ÉCARLATE
Ghislaine Meunier-
Tardif, Stanké,
136 p. | 19,95$
importante. Grâce au sujet plutôt tabou qu’est la sexualité des personnes
âgées, Ghislaine Meunier-Tardif narre de façon directe et ludique une
histoire sensuelle des plus novatrices.
La bar-mitsva de Samuel est un premier roman qui dépeint, sans prétention
et avec humour, le choc des cultures, ici amplifié par la crise d’adolescence
du héros. Samuel, un jeune Juif des banlieues de Paris dont la mère refuse
même d’avouer qu’elle a un jour mangé
LA BAR-MITSVA
DE SAMUEL
David Fitoussi,
Marchand de
feuilles,
308 p. | 22,95$
du couscous tellement elle veut passer
pour une vraie Française, se retrouve
catapulté dans le Snowdon du Montréal
des années 70, accompagné de sa mère
et du nouveau mari de cette dernière.
C’est donc lors de cette émigration que
Samuel découvrira tout d’abord les bases
de sa réelle identité en renouant avec ses racines, avant de se rendre
compte de la bêtise humaine.
LE LIBRAIRE FÉVRIER-MARS 2009 17