Le Libraire - Index

Le Libraire - # 50, déc. 2008 - janv. 2009 - Index

L’omniprésence des oiseaux de proie dans les ouvrages
pour la jeunesse de Louise Simard n’est pas un pur
hasard. Déjà, dans Le retour du pygargue, premier titre
de la série Contes du vent, publié en avril 2007,
l’écrivaine dévoilait son attachement pour la race ailée.
Louise Simard a développé une réelle passion pour les
« redoutables » oiseaux de proie. Depuis dix ans, sa
fille lui présente cet univers. Cette dernière s’est spécialisée
lors de stages en Caroline du Nord au cours
desquels on lui a confié des oiseaux blessés. Pour sa
part, Maman s’est découvert un penchant pour ce type
d’intervention tout à fait exceptionnelle. Parce qu’ils
sont mystérieux, captivants et dotés d’une âme combative,
il n’en fallait pas plus pour que Louise Simard
s’éprenne de ces animaux: « J’ai développé un regard
poétique sur les oiseaux de proie, et c’est ce que j’exprime
dans mes trois œuvres jeunesse », évoque-t-elle
à propos de son écriture.
La Belle Province compte plus de vingt-sept espèces
d’oiseaux de proie dont le faucon, la buse, la chouette,
l’aigle et le vautour, sans oublier maître hibou. Autant de
majestueuses créatures vivant parfois dans un environnement
à proximité de celui de l’être humain. Basé à
Saint-Hyacinthe, l’Union québécoise de réhabilitation
des oiseaux de proie (UQROP) est un regroupement
doté d’une double mission, la réhabilitation des oiseaux
de proie blessés et l’éducation du grand public, qui a
fortement interpellé Louise Simard.
Le noble combat de vivre
La fauconnerie, aussi reconnue sous l’appellation de
« chasse au vol », est au cœur de l’histoire de La chanson
de l’autour. Il s’agit de l’art de capturer une proie
sauvage dans son milieu naturel grâce à un oiseau de
proie dressé à cette fin. Transmise de père en fils, cette
pratique, telle que mise en scène dans le roman de
Louise Simard, relie différents protagonistes les uns aux
autres: la jeune Marie de Leyris et son frère Jacques,
élevés par la fidèle Louiselle, servante de leurs défunts
parents. Le beau Geoffroy, fils du maître fauconnier de
la duchesse de Brabant, est dans la mire de Marie. Celleci
ressent un profond sentiment amoureux à l’égard de
ce dernier, mais leur union semble perdue d’avance. De
classes sociales antagonistes, les deux jeunes seront vite
confrontés à la dure réalité: ils ne seront jamais destinés
l’un à l’autre. Et, comble de malheur, Marie de Leyris se
voit aux prises avec un sérieux problème: celui de se
marier avec un homme riche pour qui elle ne ressent
aucune affection, afin de rembourser les dettes de son
père défunt. C’est dans ce cadre noble du cœur et tragique
du destin qu’intervient l’autour des palombes. Lors
d’une chasse au vol, l’oiseau se blesse. Marie a été
L OUISE S IMARD
Bec à face entre
un oiseau de proie et un enfant
Habituée des fresques historiques (La route de Parramatta, Thana), la romancière Louise Simard se consacre depuis peu
au créneau jeunesse. Pour le plus grand bonheur des lecteurs de 10 ans et plus, elle les invite à découvrir les nobles oiseaux
de proie, dans toute leur fragilité. Paradoxe? Pas dans l’esprit de l’instigatrice de ce rendez-vous fabuleux entre un enfant
face aux tourments de sa vie et un volatile, fragilisé dans sa condition d’être blessé. Un appel à l’entraide, au potentiel de
dépassement du jeune et à l’émerveillement de la vie. Deux excursions dans des univers aussi éloignés que le Moyen Âge,
époque de prédilection de la fauconnerie, et le Grand Nord québécois…
Par Hélène Boucher
témoin de l’événement, à l’abri des regards malfaisants
des nobles, et, courageusement, elle entreprend de
sauver l’animal. Mettre ainsi en présence un jeune tourmenté
et un oiseau blessé relève d’une philosophie toute
spéciale pour Louise Simard: « Je souhaitais créer une
rencontre entre un jeune et un oiseau au caractère combatif
pour que l’un et l’autre s’entraide. Même blessé,
l’oiseau de proie manifeste une force de vie unique. Il est
très difficile de tuer l’âme de ces oiseaux, ils s’accrochent
tellement à la vie… », soutient l’écrivaine. Cet aspect
exceptionnel ressort également de la trame de Kila et le
gerfaut blessé.
La grandeur nature de l’âme bienfaitrice
Autre tableau pour ce troisième titre jeunesse de Louise
Simard: le Nord du Québec et ses beautés de glace. Tout
comme Marie de Leyris, la jeune Inuite Kila devra faire
face à une épreuve de taille, celle de quitter sa terre
natale pour la grande ville afin d’approfondir son potentiel
de musicienne. Torturée à l’idée de troquer son
espace d’épanouissement nordique pour la métropole,
Kila n’en a pas fini avec les épreuves. Sa grand-mère, qui
l’a prise sous son aile après le décès de sa mère, lui
apprend la nature exacte du trépas de cette dernière:
elle s’est suicidée. Pour l’écrivaine, confronter les jeunes
lecteurs d’aujourd’hui avec de telles réalités échappe au
tabou: « Ils sont au fait de ces phénomènes de société,
dotés d’une maturité et d’une compréhension de la vie »,
croit-elle. Le cœur et l’âme troublée, l’adolescente se
réfugie donc dans un coin reculé, se refusant à partir
pour Montréal. C’est là qu’elle tombe sur des bracon-
DÉCEMBRE 2008 | JANVIER 2009
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© Robert Etcheverri
Littérature jeunesse
niers qui s’emparent d’œufs d’oiseaux de proie. Un
oiseau de proie est blessé lors du vol et échappe aux malfrats.
Kila veillera sur le gerfaut et quittera avec son protégé
le pays du froid pour la métropole. Le roman s’inspire
d’une histoire vraie au cours de laquelle des braconniers
se sont emparés d’œufs d’oiseau de proie pour
les vendre au prix fort en Afrique et faire fortune:
« Heureusement, ces hommes furent stoppés à l’aéroport
de Dorval », raconte la romancière. Et dans les deux
histoires, celles de Marie et de Kila, les fins s’avèrent
réjouissantes: les filles ont acquis confiance et solidité, et
leurs oiseaux de proie retrouvent une vie empreinte de
liberté.
L’environnement naturel et sa richesse demeurent des
thèmes centraux dans les deux œuvres: « Je veux que les
lecteurs retiennent un message essentiel, celui de vivre
ensemble en harmonie, dans le respect. Il faut ouvrir
l’œil, être attentif à ce qui nous entoure… comme le fait
l’oiseau de proie », explique Louise Simard. En fait, il
s’agit d’attirer le lecteur dans un univers propice à
l’émerveillement, au jour le jour.
L’écrivaine convie le jeune lecteur à épancher sa soif de
connaissances des oiseaux de proie grâce à des fiches
complémentaires qu’on trouve à la fin de chaque récit.
Son attachement pour les majestueuses créatures ailées
l’a amenée à adopter elle-même deux spécimens dont
elle s’occupe avec beaucoup de plaisir. Louise Simard
travaille actuellement sur un nouveau projet à caractère
historique…
La chanson
de l’autour
Trécarré Jeunesse,
coll. Contes du vent
248 p., 14,95$
Kila et le gerfaut
blessé
Trécarré Jeunesse,
coll. Contes du vent,
240 p., 12,95$