Le Libraire - Index

Le Libraire - # 50, déc. 2008 - janv. 2009 - Index

Les meilleurs
livres de
science-fiction, de
fantastique et de
fantasy des
10 dernières
années
Faërie
Raymond E. Feist (Bragelonne)
Reine de mémoire (la série)
Élisabeth Vonarburg (Alire)
La flotte perdue (la série)
Jack Campbell (L’Atalante)
Le fléau de Chalion
Lois McMaster Bujold (J’ai lu)
Les chasseurs de Dune
Brian Herbert et Kevin J. Anderson
(Éditions Robert Laffont)
Le premier roman de Mylène Gilbert-Dumas, Les dames de Beauchêne, a été
refusé par onze éditeurs avant de finalement recevoir le prix Robert-Cliche, qui
récompense chaque année… le meilleur premier roman! Ont suivi deux autres
tomes de cette saga historique, qui raconte les amours difficiles entre Anglais et
Français au temps de la Conquête. L’auteure s’est aussi adressée au jeune public,
avant de s’intéresser à la Ruée vers l’or. Dans son dernier roman, Lily Klondike,
elle retrace l’aventure des Canadiennes françaises parties tenter leur chance elles
aussi dans le Grand Nord. Un deuxième tome est prévu au début de 2009.
Il y a eu dans ma vie un libraire…
Il y a eu dans ma vie un libraire. C’était un homme discret qui tenait boutique dans un
minuscule centre commercial du Grand Lévis. J’ai appris plus tard que mon libraire
n’était pas le propriétaire. C’était tout comme, pourtant. Il connaissait ses clients par
leur nom, se souvenait de leurs achats précédents
et faisait des recommandations en tenant
compte de leurs goûts. Pendant près
de dix ans, il m’a conseillée sans
faille… jusqu’à ce qu’il me
présente Les piliers de la Terre
de Ken Follett. À l’époque,
l’auteur m’était inconnu, le
titre ne me disait rien, et
diable que je trouvais le
livre épais! Pire, les premières
lignes ne m’inspiraient
pas du tout. Mon
M YLÈNE
G ILBERT-DUMAS
Ilium
Dan Simmons (Pocket)
libraire a insisté. C’est ton
genre, qu’il a dit. J’ai cédé
sans grande conviction, me
répétant que, de toute façon,
on n’a jamais trop de livres
dans sa bibliothèque. Pendant
un an, cependant, j’ai bredouillé
une excuse improvisée chaque
fois que mon libraire m’interrogeait. Son
livre, je ne l’avais toujours pas lu. Puis, un jour,
le sort a frappé: une chirurgie m’a clouée au divan pendant deux semaines. Ce n’était
pas prévu, et je n’avais pas eu le temps de faire une provision de livres. Je me suis donc
rabattue sur Les piliers de la terre qui me narguait depuis si longtemps. Jamais
semaine ne m’aura paru plus courte. J’ai dévoré la brique de 1050 pages, et il me tarde
même de lire la suite. Un libraire comme ça, on n’en rencontre qu’un dans une vie.
Dommage que le mien ne m’ait pas suivie dans mon déménagement!
Né à Forestville en 1955, Camille Bouchard puise la matière de ses romans pour
jeunes, adolescents et adultes (une quarantaine jusqu’à maintenant) dans ses
nombreux voyages d’aventure à travers le monde. La curiosité naturelle et la
sensibilité envers les cultures différentes de la nôtre rejaillissent dans l’œuvre de
cet auteur globe-trotter. Ses fictions, inspirées de ses périples en Égypte, au
Mexique ou en Inde, ont souvent été honorées ou fait partie des finalistes aux
plus grands honneurs littéraires, québécois et canadiens. L’idole de Camille
Bouchard est nul autre que Tintin.
De la deuxième demie du XVI e siècle jusqu’à la bataille des plaines d'Abraham
vers le milieu des années 1700, l’Amérique a connu deux cents ans d’implantation,
de développement et d’extension de la langue française. Depuis les derniers
250 ans, le combat pour l’y maintenir est quotidien.
En dépit des technologies modernes — ou à cause d’icelles —, la littérature, plus que
jamais, avec ses artisans et ses diffuseurs, représente la meilleure arme — ou le
meilleur outil pour parler en termes « constructifs » — pour ce faire. Merci au libraire
et aux libraires de nous épauler dans ce combat.
Légende
David Gemmell (Bragelonne)
L’assassin royal (la série)
Robin Hobb (J’ai lu)
Aliss
Patrick Senécal (Alire)
Les rêveurs (la série)
David et Leigh Eddings (Pocket)
© Studio Etchemin
2008
DÉCEMBRE 2008 | JANVIER 2009
49
Une sélection de Claire Taillon et Denis
LeBrun de la librairie Pantoute, à
Québec.
P AULINE
G ILL
© Josée Lambert
Passionnée de recherche historique, Pauline Gill
s’est évertuée à sortir de l’anonymat les bâtisseurs et
les pionnières de chez nous. Sa suite romanesque
dédiée à Victoire du Sault, première Canadienne
française à exercer le métier de cordonnière
(La cordonnière, VLB Éditeur), a connu un grand
succès. Elle s’est intéressée à plusieurs causes
sociales, dont celles reliées aux aînés, aux écrivains
et à la promotion de la culture francophone. Après
avoir enseigné à pratiquement tous les niveaux, du
primaire à l’université, Pauline Gill se consacre
désormais exclusivement à l’écriture, qu’elle consi -
dère comme le bonheur ultime.
Un génocide pernicieux
Un fléau vient de frapper un pays tout entier: livres
et libraires sont interdits. Un petit d’humain veut en
connaître la raison. Il croise au passage un humain
moyen à qui il pose la question sur cette interdiction.
— « Je ne le sais pas, lui répond-il, béatement. Va
demander au grand sapiens qui habite une tour,
là-bas.
— Mais c’est loin et il faudra gravir cette colline.
Pourquoi s’isole-t-il ainsi? »
L’humain moyen affiche son ignorance d’un haussement
d’épaule et file son chemin, nourri de vacuité.
Le petit d’humain emprunte ce qu’il croit être un
raccourci. Un vieillard, accroupi sur le bord de la
route avec un bambin sur ses genoux, gémit. Le petit
d’humain s’arrête et s’adresse à lui.
— « Pourquoi pleurez-vous comme ça?
— Le plus grand des génocides vient de frapper notre
peuple.
— Je ne comprends pas…
— Plus de livres. On a assassiné notre histoire,
paralysé nos mémoires, effacé la route que devaient
emprunter nos enfants. Plus de rêves pour notre
imaginaire, plus de connaissances pour notre esprit,
plus de confidents pour nos cœurs, plus de musique
pour nos yeux.
— Mais pourquoi avoir interdit les livres?
— Parce que le grand sapiens veut asservir tout le
peuple. Il ne peut le faire si ses sujets sont capables
de penser, de s’instruire, de communiquer. Les livres
sont une semence de savoir et de partage.
Tu comprends maintenant pourquoi on n’a plus de
livres ni de libraires ici?
— On pourrait peut-être changer de pays…
— Ne crois-tu pas qu’il vaudrait mieux changer
NOTRE pays? »