Le Libraire - Index

Le Libraire - # 50, déc. 2008 - janv. 2009 - Index

En marge
Littérature étrangère
Pas encore de traduction anglaise des Bienveillantes
Le public anglophone devra attendre mars 2009 pour
enfin lire Les bienveillantes de Jonathan Littell, prix
Goncourt 2006. L’auteur franco-américain porterait
une attention quasi obsessionnelle à la traduction en
anglais de son roman-fleuve, où il s’est mis dans la
peau d’un officier nazi. Au lieu de se charger lui-même
de la traduction, il a préféré confier cette tâche à un
tiers de peur de transformer le récit ori ginal. C’est
donc une lourde tâche pour Charlotte Mandell, à qui
l’éditeur américain HarperCollins a fait appel. Cette
dernière doit également suivre à la lettre les consignes
de Littell pour mener à bien son travail. Il a toutefois
déjà choisi le titre en anglais: The Kindly Ones.
Simone Veil parmi les Immortels
Simone Veil est entrée à l’Académie française en
novembre dernier. Elle a recueilli au premier tour
vingt-deux voix sur vingt-neuf votants. Elle occupera
le siège de Pierre Messmer, décédé en août 2007. Née
en 1927, Simone Veil a été déportée à Auschwitz avec
sa famille en 1944. Elle entre en politique trente ans
plus tard comme ministre, et fait voter en 1975 la
célèbre loi sur l’avortement qui porte son nom. Elle est
ensuite, entre autres, la première présidente du
Parlement européen en 1979. Elle est actuellement
présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire
de la Shoah. L’Académie française compte des
écrivains, mais aussi des scientifiques et des hommes
d’État. Le fauteuil d’Alain Robbe-Grillet est le dernier
à pourvoir.
Cronenberg écrivain
Le réalisateur canadien d’Eastern Promises et de A
History of Violence souhaite passer de l’image à l’écrit.
Alors qu’il participait à un festival de films à Rome, il a
confié à l’Associated Press qu’il a déjà rédigé une soi -
xantaine de pages d’un livre en devenir. On sait d’ores
et déjà que son futur roman n’est ni de la science-fiction
ni une histoire d’horreur.
La volonté d’écrire
Le Colombien Gabriel García Márquez et le Mexicain
Carlos Fuentes se sont rappelé du moment où ils ont
décidé d’abandonner le cinéma pour se consacrer véritablement
à la littérature, lors de la Foire internationale
du livre de Guadalajara, au Mexique. C’était au
début des années 60. Les compères travaillaient sur le
scénario d’un conte, El gallo de oro (Le coq d’or). Ils
se sont rendu compte de la difficulté de voir leur texte
se transformer durant le processus de production cinématographique.
Face à ce constat, ceux qui nous donneraient
Cent ans de solitude et Le siège de l’aigle ont
pris la géniale décision de se lancer dans l’écriture
de romans.
100 000 signatures pour Roberto Saviano
Six prix Nobel se sont mobilisés afin de demander à
l’État italien de « faire tous les efforts possibles pour
protéger » l’écrivain et « vaincre la camorra ». En effet,
Roberto Saviano est menacé de mort par la mafia
napolitaine depuis la publication de son best-seller
Gomorra (Gallimard). Cet appel a récolté près de
100 000 signatures, ainsi que le soutien d’écrivains,
tels les Britanniques Martin Amis et Ian McEwan, le
Portugais José Saramago, les Américains Jonathan
Franzen et Jonathan Safran Foer ou l’Espagnol Javier
Marias. L’auteur de Gomorra, souffrant de liberté surveillée,
souhaite quitter son pays natal.
Des destins qui s’interpellent à travers le temps
À la fin du XVIII e siècle , Georgiana Spencer est ma riée
au puissant duc de Devonshire. À l’instar de Lady
Diana, dont elle est l’aïeule, cette aristocrate déterminée
a accepté de supporter un ménage à trois, s’est
éprise d’un autre homme et a été adorée par le peuple.
La traduction française de Georgiana, duchesse du
Devonshire (Amanda Foreman, Flammarion) coïncide
avec la sortie au cinéma de son adaptation avec l’actrice
britannique Keira Knightley dans le rôle titre.
Essais | Histoire | Document
Nouveautés
Mordecai Richler rougissait de
honte à l’idée d’être un écrivain
« canadien », ce qui faisait terriblement
provincial à ses yeux,
tellement qu’il s’est assuré de
publier son premier livre en
Angleterre. Il n’a pourtant cessé
de raconter sa ville et ses habitants.
Son œuvre est pleine de
pages mémorables qui racontent
son milieu d’origine, les Juifs prolétariens
de la rue Saint-Urbain, la rivalité avec les
Canadiens français pourtant si semblables, et le désir
de s’émanciper socialement et économiquement en
dépit d’une condition qui vous colle à la peau. Ce livre,
composé du meilleur de son œuvre, fictions et essais,
se présente comme une autobiographie dans laquelle
on retrouve toute la verve de l’enfant terrible des lettres
anglo-montréalaises.
SURVIVRE, ETC…
Mordecai Richler, Anatolia, 320 p., 39,95$
Ce qu’on ne peut pas avoir, on le
veut. C’est avec ce principe élémentaire
de psychologie en tête
que le journaliste Taras Grescoe
est parti à travers le monde à la
recherche de son « pique-nique
du diable » constitué de nourri -
tures interdites. Le journaliste
montréalais concocte un menu
explosif composé de poisons réels
ou supposés, avec de l’alcool
norvégien produit dans la clandestinité, des craquelins
aux graines de pavot interdits à Singapour, du fromage
au lait cru, des cigares cubains, un petit maté de coca,
des testicules de taureau (si, si!), sans oublier la
fameuse absinthe suisse et son ingrédient actif, l’armoise.
Cet ouvrage, qui peut se lire comme une
anthologie des interdits culturels, ne mettra l’eau à la
bouche qu’aux plus téméraires. Bon appétit!
LE PIQUE-NIQUE DU DIABLE
Taras Grescoe, VLB Éditeur, 400 p., 29,95$
Dans les années 1960-1970,
Montréal vit un véritable
bouillonnement culturel. Les
boîtes à chansons fleurissent,
le théâtre se renouvelle avec
l’arrivée de Paul Buissonneau
et de Jean-Pierre Ronfard, en
attendant la percée phénoménale
de Michel Tremblay avec
les Belles-sœurs. L’époque est
partagée entre l’influence de
Saint-Germain-des Prés et celle de San Francisco,
alors que John et Yoko viennent faire leur bed-in en
faveur de la paix, pendant que dehors le climat se
durcit avec la présence du FLQ. Cet ouvrage nous offre
une impressionnante galerie de personnages maintenant
célèbres et le portrait d’une époque sans
pareille qui culmine pour l’auteure avec la création de
l’Osstidcho. Plus de 200 photos accompagnent ce
docu mentaire exceptionnel.
MONTRÉAL SHOW CHAUD
Carmel Dumas, Fides, 336 p., 37,95$
DÉCEMBRE 2008 | JANVIER 2009
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Pour la première fois, voici un
livre qui donne la parole aux
hommes ayant vécu de près
ou de loin le cancer du sein.
La photographe Nancy
Charles a invité trente
personnalités québécoises à
témoigner. Pour certaines
d’entre elles, c’est l’occasion
de révéler l’histoire de leur
amie, de leur conjointe ou de leur mère; pour d’autres,
de raconter la première fois qu’elles ont été en contact
avec une personne atteinte de la maladie, comme le
chanteur Mario Pelchat avec l’une de ses admiratrices.
Ces hommes ont voulu témoigner de leur amour ou de
leur amitié envers ces survivantes. Les photos en noir
et blanc parsemées de touches de rose sont accompagnées
du récit de chacune de ces expériences intimes,
d’un hommage pour chaque femme et d’un texte d’information
sur la maladie. Touchant.
LES HOMMES ROSES
Nancy Charles, Publistar, 160 p., 29,95$
En septembre 2002, Maher Arar
quitte la Tunisie et rentre au
Canada, où il habite depuis quinze
ans. En transit à New York, il est
arrêté puis déporté, sans raisons
apparentes, vers la Syrie où il est
détenu et torturé pendant plus d’un
an, sans qu’il ait droit à un avocat
et sans qu’on l’accuse formellement
de quoi que ce soit. Ce livre raconte
l’histoire d’un combat, celui de
son épouse, pour le faire libérer. Pendant tout ce
temps, Monia Mazigh a travaillé sans relâche à sa
libération, en faisant pression sur les gouvernements,
la police et les services secrets. En dépit des embûches
mises sur sa route par des gens qui pensaient plus
à protéger leur personne qu’à prévenir l’injustice,
Mazigh a mené son combat à terme. Un bel exemple
de détermination.
LES LARMES EMPRISONNÉES
Monia Mazigh, Boréal, 328 p., 29,95$
L’effervescence politique des
années 1970 a allumé bien des
passions, dont celle de Pierre
Beaudet. Celui qui est maintenant
professeur de sociologie à
l’Université d’Ottawa s’est enflammé
pour les combats de son
époque. Il retrace dans ce livre les
débuts de la lutte de libération
nationale, entre le PQ de René
Lévesque et la voie rapide que
voulait emprunter le FLQ. Il se remémore les luttes
étudiantes et ouvrières et rappelle les échos lointains
d’autres mouvements révolutionnaires (Cuba, Bolivie,
Chili). Le militant d’extrême gauche jette un regard
lucide sur cette période, sans complaisance ni amertume.
En effet, en dépit de ses excès et de ses illusions,
cette période continue d’inspirer ceux qui osent
encore rêver d’un monde meilleur.
ON A RAISON DE SE RÉVOLTER:
CHRONIQUE DES ANNÉES 70
Pierre Beaudet, Écosociété, 248 p., 25$