Le Libraire - Index

Le Libraire - # 50, déc. 2008 - janv. 2009 - Index

Retour sur les
pages de l’Homme
Pour arriver à écrire un récit mettant en vedette des
tribus préhistoriques, s’échelonnant sur plus de 600
pages et se déclinant en trente-quatre chapitres, il
faut être plus qu’un amateur en la matière. Pour
Pierre Barthe, aborder l’existence de ces nomades au
jour le jour, dans un tel souci du détail, résulte d’une
profonde fascination, d’une curiosité insatiable. La
découverte des continents et la grande histoire de
l’humanité l’intéressent au plus haut point. Après
avoir entrepris nombre de recherches dans diverses
bibliothèques du Québec et jusqu’à l’Ouest cana -
dien, et glané des informations précieuses sur
Internet, espace de trouvailles foisonnantes sur la
Préhistoire, l’écrivain a créé une histoire aux reflets
réa listes. Pierre Barthe voulait « changer l’idée selon
laquelle l’homme préhistorique était une brute ».
Avec son personnage phare Ilû, ce jeune homme
rescapé in extremis par deux chasseurs du « Clandes-Hommes-Vrais
», Kaï-Ka-Lik, dit « Celui-qui-
Connaît-les-Bêtes », et Ka-Nawag, il a visé juste.
Quête d’identité d’un héros
Lorsque Ilû apparaît dans la trame de l’histoire, on a
l’impression que cet homme aura un rôle plus que
majeur dans le destin de ses contemporains. Son
apparence diffère de celle des membres du Clan-des-
Hommes-Vrais et « rien ne permet, à première vue,
d’associer l’homme à une bande connue », selon
l’auteur. Jeune, très grand et doté d’une puissante
ossature, l’homme intrigue, fascine. Pour les deux
chasseurs, il s’avère impensable de le laisser à moitié
mort; peu s’en faut pour que les fauves impitoyables
s’en emparent. Dans sa condition, on le nommera
Ilû-N’Tall, « Homme-Venu-de-Nulle-Part ». Grâce
aux soins que lui prodiguent Ka-Nawag, fidèle ami du
chef du clan, Kaï-Ka-Lik et Ne-Wesh, dite la
« Femme-qui-Soigne », le jeune étranger revient à la
vie. Un retour qui s’effectue non sans problèmes: Ilû
ne sait plus qui il est, son langage est déficient et sa
mémoire, perturbée. Pour Pierre Barthe, le caractère
héroïque du personnage central passe par la
quête désespérée de son moi. Ilû se doit de savoir
qui il est. Il doit se faire violence et retrouver la confiance.
« Une constante quête de dépassement
l’habite », explique le romancier. Il continuera
jusqu’à la fin du récit, alors qu’il arrive en compa gnie
d’un petit groupe d’hommes et de femmes aux frontières
d’une terre qui correspond à notre Amérique.
Ce moment culminant de la dense trame de Pierre
Barthe montre un Ilû plus solide, épaulé par sa
compagne Ne-Paok, la « Femme-qui-Parle-avec-
Aplomb », qui, à l’instar de celles côtoyées par
l’homme tourmenté sans origine, jouera un rôle
déterminant dans sa quête personnelle.
P IERRE B ARTHE
Nouveau venu dans le panorama littéraire québécois, Pierre Barthe lance un appel aux lecteurs friands d’aventures,
dans un univers où les mammouths côtoient les premiers hommes de notre planète. Rien de moins qu’une formidable saga
qui raconte une histoire vieille de quarante mille ans, parmi des peuples nomades en constante quête de survie. Œuvre se
déroulant en trois moments, le roman Ilû: L’homme venu de nulle part est une fiction enrichie des longues recherches sur
cette époque dont on n’a que très peu de traces… Préhistoire, nous voilà!
Par Hélène Boucher
Littérature québécoise
Bienvenue dans le « Clan-des-Hommes-Vrais »…
Ilû. L’homme venu
de nulle part
VLB Éditeur,
640 p., 29,95$
DÉCEMBRE 2008 | JANVIER 2009
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Femme de la Préhistoire, âme protectrice
Le couple que formeront Ilû et Ne-Paok échappe
finalement à la conception brutale, à cette relation de
soumission de la femme par rapport à l’homme que
l’on imagine à l’époque préhistorique. Étonnamment,
pour Pierre Barthe, l’amour entre ces deux êtres
dépasse ce cliché. Il décrit la beauté de la femme d’Ilû
en des termes flatteurs: « De beaux grands yeux noirs
au-dessus de pommettes saillantes, soyeuses et
ambrées; des yeux d’une intelligence infinie. » La jeune
femme présente son mari à son groupe, preuve ultime
d’alliance; sa « louve alpha l’appuierait en tout jusqu’à
son dernier souffle ». Figure maternelle, protectrice, la
femme veille sur tous les membres de la communauté.
Il ne pouvait en être autrement selon Pierre Barthe,
dans les conditions de vie difficiles avec lesquelles ces
hommes et ces femmes devaient composer. Le mot
d’ordre ne pouvait être qu’ « entraide absolue » et le
respect pour la femme, une condition sine qua non.
L’instinct grégaire prenait un sens vital. « Je ne crois
pas que la femme préhistorique était tirée par les
cheveux, comme on le voit souvent dans l’imagerie
populaire », soutient ce dernier. Tous les membres
d’une tribu devaient se protéger mutuellement et
collaborer aux moindres tâches: la préparation de la
viande de mammouth, entre autres, la gestion des
nombreux déplacements vers différents campements,
la confection d’habits, aussi rudimentaire soit-elle, et
plus encore. Les besoins primaires prenaient alors
toute leur importance.
Passe le temps…
L’histoire d’Ilû et de ses contemporains se déroule plutôt
lentement, et ce choix a été voulu par le romancier.
D’une part, les nombreuses descriptions intégrées à la
succession des événements y contribuent. Et, surtout, il
faut prendre en compte une raison d’ordre logique: en
l’espace d’un an, ces tribus nomades ne pouvaient avoir
vécu un flot d’événements. La dureté des conditions de
vie et la brièveté de la vie ne permettaient pas une multiplication
de situations. « Cette lenteur du récit nous
permet de comprendre comment les êtres pouvaient
vivre, et la valeur de leur existence prend ainsi tout son
sens », évoque Pierre Barthe. Lors de l’écriture de son
roman, il s’est arrêté à réfléchir à l’avènement des sports
extrêmes de notre époque: « Aujourd’hui, l’être humain
cherche à être confronté au danger, au défi. Pour
l’homme et la femme préhistoriques, la notion de
danger prenait une tout autre dimension! », conclut
l’écrivain sur une note philosophique. Il est vrai
que pour le lecteur de 2008, le rythme de la vie est
bien différent…
Pierre Barthe nous réserve encore des surprises. Il prépare
en effet une nouvelle œuvre, cette fois plus près de
nous: il y a 1000 ans, sur le continent américain…