Le Libraire - IndexLe Libraire - # 50, déc. 2008 - janv. 2009 - IndexJ’ai fait la connaissance de Bryan Perro il y a des années,
bien avant le succès sans précédent des aventures d’Amos
Daragon, mais l’admirable simplicité du bonhomme et son
étonnante modestie me déconcertent toujours. Bien qu’il
soit aujourd’hui l’un des romanciers québécois les plus lus
ici comme à l’étranger, Perro est en effet demeuré humble
et posé. Par moments, il donne l’impression de souffrir du
syndrome de l’imposteur, encore étonné du fait que les
Beauchemin, Godbout et autres poids lourds de nos lettres
le saluent comme un confrère quand ils le croisent
dans ces salons du livre où il triomphe.
Gêné par son arrivée tardive dans le monde de la lecture, il
évoque avec hésitation ses premiers émois: « J’ai commencé
à lire à 14 ans, avec Le mystère du triangle des
Bermudes, un livre qui expliquait comment des extraterrestres
viennent enlever des bateaux dans la mer des
Caraïbes!, rigole-t-il. Et j’ai adoré ça. Après, le premier
roman que j’ai choisi, que j’ai lu en entier est Rambo de
David Morrell, le premier volet des aventures du héros
immortalisé à l’écran par Sylvester Stallone. » À cette
époque, les loisirs du jeune Bryan sont essentiellement
sportifs — à 12 ans, il court le marathon de Montréal, à
15 ans, il est un joueur étoile de basket-ball. Pourtant, ce
parcours de sportif aura son écho livresque, notamment
dans Pourquoi j’ai tué mon père, qui justement s’inspire
de son aventure de marathonien. Grand amateur de BD,
Perro suit aussi les aventures de Rahan dans l’hebdomadaire
Pif Gadget.
L’autre « p’tit gars de Shawinigan » connaît son premier grand choc culturel durant un
séjour d’études d’un an au Portugal, alors qu’il a 17 ans: « À Lisbonne, j’ai fait une
expérience culturelle totale: littérature, Histoire, architecture. J’ai visité tous les
musées, j’ai fréquenté les théâtres en portugais, je me suis mis à lire la poésie de
Camões, de Pessoa. En un sens, j’ai découvert la culture portugaise avant la québécoise.
» De retour au Québec à 18 ans, Bryan Perro étudie en psychologie. Mais c’est sa
victoire au concours « Cégeps en spectacle », en 1988, qui le fait bifurquer vers le
théâtre et l’écriture. Désormais inscrit en théâtre, le futur créateur d’univers mythiques
se passionne pour de grands classiques de la dramaturgie: Sophocle, Aristophane,
Euripide, Eschyle. « J’avais l’impression d’avoir retrouvé mes extraterrestres d’antan. Et
les concepts de catharsis, de fatalité, etc., se remémore l’auteur. Je découvrais les dieux
de l’Antiquité, la mythologie à travers le théâtre. Alors que mes compagnons de classe
détestaient ça, j’adorais ces cours! Ç’a été une révélation! Si bien que ma première
pièce, Contes cornus et légendes fourchues (Glanures, 1997), procédait de la même
manière, en portant à la scène nos légendes, notre mythologie à nous. »
Il va sans dire que Bryan Perro se réclame des conteurs québécois du XIX e siècle, ceux
qui ont su consigner à l’écrit le riche répertoire de la tradition orale d’ici. « Louis
Fréchette, Honoré Beaugrand, Pamphile Lemay, je les ai lus et relus, raconte Bryan
Perro, je m’en suis imprégné. » Et si aucun dramaturge contemporain d’ici ou d’ailleurs
n’a eu une influence comparable à celle des tragédiens grecs antiques, Bryan Perro
reconnaît cependant avoir été impressionné par la lecture de Louis Caron, à l’adolescence.
« Après Rambo, mais avant le Portugal, j’avais lu L’emmitouflé. J’étais entré dans
cette histoire qui n’avait rien à voir avec mon univers et j’ai vite été charmé. Après, j’ai
lu Le canard de bois. » À ma grande surprise, Perro avoue n’avoir été guère été touché
B RYAN P ERRO
Lire avec les loups
Issu du milieu du théâtre, Bryan Perro connaît une gloire planétaire avec sa série de romans pour la jeunesse Amos
Daragon, traduite en une vingtaine de langues. Sa carrière romanesque avait néanmoins débuté plusieurs années
avant, avec, notamment, les romans Pourquoi j’ai tué mon père et Marmotte. Alors qu’il entreprend une nouvelle
série fantastique sur les loups-garous, Wariwulf (le tome inaugural, Le premier des Râjâ, vient de paraître aux
Intouchables), le libraire l’a rencontré pour discuter de ses émois littéraires.
Par Stanley Péan
DÉCEMBRE 2008 | JANVIER 2009
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© Sylvain Dumais
Les lusiades
Luis de Camões, Éditions
Robert Laffont, coll.
Bouquins, 640 p., 34,95$
Œuvres poétiques
Fernando Pessoa,
0Bibliothèque de La
Pléiade, 2176 p., 150$
Théâtre complet
Sophocle, GF,
384 p., 9,95$
Théâtre complet (2 tomes)
Aristophane, GF,
372 p. et 440 p.,
10,95$ et 12,95$ resp.
Tragédies complètes
(2 tomes)
Euripide, Folio, 702 p. et
700 p., 5,75$ et 8,75$ ch.
L’emmitouflé
Louis Caron,
Boréal compact,
206 p., 12,95$
Libraire d’un jour
par l’Agaguk de Thériault, mais se rappelle avec émotion
la découverte du Kamouraska d’Anne Hébert: « C’est
assurément lié au contexte de cette découverte, au merveilleux
professeur de français que j’avais en secondaire
5, un petit bout de femme dynamique qui a réussi à faire
aimer Anne Hébert au joueur de basket tellement cool
que j’étais à l’époque, trop cool pour Kamouraska! »
Au palmarès de ses incontournables se classent aussi
Herman Melville (« Moby Dick est assurément l’un des
plus grands romans jamais écrits! ») et J.R.R. Tolkien,
étonnamment découvert sur le tard (« J’ai lu Le seigneur
des anneaux dans la vingtaine »). Et sur sa table de
chevet trônent des délices relativement récents comme
Maus de Art Spiegelman ou Le dieu manchot de José
Saramago (une recommandation de son libraire de chez
Clément Morin, le poète Serge Mongrain) ou des livres à
lire comme la trilogie Millénium de Stieg Larsson, et
Montferrand de Paul Ohl.
Puis, pour terminer sur une note plus légère, ce n’est pas
sans une jalousie certaine que Perro apprend la chance
que j’ai eu de croiser il y a quelques années le romancier
belge Henri Vernes, le créateur de Bob Morane, auteur de
ces romans qui nous ont donné tant de plaisir. Que Perro
se console: un jour peut-être, un de ses nombreux
lecteurs deviendra écrivain/chroniqueur et s’enorgueillira
de l’avoir croisé le temps d’une entrevue...
Théâtre complet
Eschyle, GF, 256 p., 9,95$
Le canard de bois:
Les fils de la liberté (t.1)
Louis Caron,
Boréal compact,
330 p., 14,95$
Kamouraska
Anne Hébert, Points,
246 p., 13,95$
Contes de Jos Violon
Louis Fréchette, Guérin,
146 p., 8,35$
La chasse-galerie
et autres récits
Honoré Beaugrand,
Boréal compact,
184 p., 6,95$
Le pèlerin de Sainte-Anne
Pamphile Lemay,
De la Huit, coll. Anciens,
100 p., 23$
Les choix de Bryan Perro
Moby Dick
Herman Melville,
GF, 600 p., 15,95$
Le seigneur
des anneaux (3 t.)
J.R.R. Tolkien, Pocket,
698 p. et 570 p., 11,95$ ch.
Maus: L’intégrale
Art Spiegelman,
Flammarion, 296 p., 59,95$
Le dieu manchot
José Saramago, Points,
420 p., 16,95$
Millénium (3 tomes)
Stieg Larsson, Actes Sud,
576, 656 et 600 p., 119,95$
Le prix de l’honneur:
Montferrand (t.1)
Paul Ohl, Libre Expression,
370 p., 29,95$