Le Libraire - IndexLe Libraire - Lib49-pv - IndexLe monde du livre
Lendemain de veille,
devoir de veille
On pourrait se demander à quoi a servi l’exercice
électoral, sinon à affaiblir le parti Libéral et
signifier à Stéphane Dion que l’heure de son
chant du cygne a sonné. Pour le milieu des arts,
des lettres et de la culture (dont le sort nous
préoccupe plus particulièrement en ces pages),
l’horizon n’est certes pas plus dégagé qu’au
cours du premier mandat de Stephen Harper.
Suite logique des compressions budgétaires
imposées aux services culturels canadiens à
l’étranger, la suppression de quelques programmes
de soutien et de promotion à la création
et à l’industrie culturelles aura suscité un
débat acrimonieux et, hélas, pas toujours intelligent.
De part et d’autre, l’émotion a souvent
damé le pion à la pensée rationnelle — si bien
que Monsieur et Madame Tout-le-Monde, pas
forcément sensibles à l’apport des arts dans une
société démocratique et développée, ont fini par
ne plus savoir qui croire.
On peut toujours blâmer les écrivains, artistes et
travailleurs culturels de n’avoir pas su s’attirer la
sympathie de leurs concitoyens, aux prises avec
les signes avant-coureurs d’une récession. Mais
on doit décrier le cynisme de cette droite plus
que réactionnaire et opportuniste qui, à des fins
électoralistes, a choisi d’ostraciser un groupe
peu enclin à voter pour elle. On doit dénoncer
les mensonges éhontés des ministres et
candidats conservateurs qui voulaient noyer
le poisson.
Quand, par exemple, Harper a affirmé avoir augmenté
de 8% les budgets alloués à la culture, il
mentait: selon l’analyse du budget de Patrimoine
Canada, effectivement majoré par les conservateurs,
la part réservée aux arts est passé de 66%
à 58%. Harper a poussé l’audace jusqu’à demander
à ses interlocuteurs médiatiques quel autre
corps de métier avait connu une augmentation
de salaire de 8% récemment, comme si l’accroissement
du budget d’un ministère se traduisait
par une hausse des revenus des citoyens
soutenus par lui.
Quand Harper, Josée Verner et le caucus
québécois du PCC ont traité l’ensemble de la
communauté culturelle d’« enfants gâtés » qui
profitent de galas subventionnés par l’État pour
mordre la main qui les nourrit, ils entretenaient
à dessein la confusion entre la fortune de
L’éditorial de
Stanley Péan
Trente-sept jours et 350 M$ plus tard, nous revoici à la case départ... ou presque.
Et à moins que le premier ministre ne décide de contourner derechef sa propre loi
sur les élections à date fixe, à moins que l’opposition ne renverse le gouvernement
avant l’échéance de 2013, le Canada vivra d’ici là sous un régime conservateur.
quelques têtes d’affiche privilégiées du showbiz
et le lot de la grande majorité des artistes et travailleurs
culturels, dont les revenus sont
inférieurs à la moyenne de ceux des citoyens
canadiens et certainement inférieurs à ceux de
la députation.
Enfin, quand les perroquets du parti ont affirmé
qu’il n’y avait pas de motifs idéologiques à ces
compressions, ils mentaient encore: « Nous
sommes un gouvernement conservateur et les
ministres du Cabinet portent eux aussi ce
chapeau, a déclaré sans sourciller le ministre
des Finances, Jim Flaherty, au National Post. Ce
n’est pas un processus bureaucratique mais une
décision prise par des ministres qui siègent au
Conseil du trésor et qui ont leurs idées sur ces
programmes. » Des idées conformes avec
l’esprit paternaliste, puritain et rétrograde dont
ce parti s’est fait le porte-étendard.
Après ça, M me Verner aura-t-elle le culot de
s’étonner de ce que ce milieu qu’elle avait le
devoir de représenter auprès de ses collègues du
Cabinet à titre de ministre du Patrimoine lui ait
retiré le peu de confiance qu’elle inspirait déjà?
Qu’il doute de l’avènement de ces nouveaux programmes
qu’elle n’a cessé d’annoncer?
Quoi qu’il en soit, les dés sont jetés, et l’ensemble
de la population a choisi de reconduire
démocratiquement au pouvoir, quoique encore
une fois avec un mandat minoritaire, ce parti
réactionnaire qui, sans doute, s’affaire à concocter
de nouvelles initiatives aussi progressistes
que ses projets de criminalisation de l’avortement,
de censure étatique déguisée des œuvres
cinématographiques, de répression accrue de la
criminalité chez les jeunes et tout le tralala.
Que les conservateurs sachent cependant que
les écrivains, artistes et travailleurs culturels
resteront sur le qui-vive et les garderont à l’œil.
Écrivain prolifique, président de
l’Union des écrivaines et écrivains
québécois, animateur à Espace
Musique, trompettiste très amateur et
père de famille épuisé, Stanley Péan est
rédacteur en chef du libraire.
NOVEMBRE 2008
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