Le Libraire - IndexLe Libraire - Lib49-pv - IndexLe goût de la mère
Edward St Aubyn, Points, 380 p., 14,95$
Le goût de la mère, en anglais The Mother’s Milk, a remporté, l’an
dernier, les faveurs du jury du prix Femina dans la catégorie roman
étranger. Edward St Aubyn y dépeint la crise existentielle d’un quadragénaire,
Patrick Melrose. Père et mari, il noie ses frustrations dans les
vapeurs de l’alcool et les bras de ses maîtresses. La cause de ses frustrations?
Les femmes! Il y a son épouse, Mary, sa mère, Éléonore, qui elle-même hait sa
propre génitrice, et enfin sa belle-mère, dominante et calculatrice. Une comédie familiale
à l’humour féroce, finaliste au Man Booker Prize, qui s’avère un vrai régal.
Mes voyages avec Hérodote
Ryszard Kapuscinski, Pocket, 352 p., 13,50$
Décédé l’an dernier, le journaliste Ryszard Kapuscinski a laissé une
œuvre maintes fois récompensée. Écrit en 2004, Mes voyages avec
Hérodote raconte comment l’historien grec a influencé Kapuscinski
durant toute sa carrière prolifique. Envoyé en reportage en Inde, ce
dernier avait reçu une traduction de ses écrits, qui a été le premier à
se lancer à la découverte du monde antique, devenant du même coup l’ancêtre des
reporters et autres envoyés spéciaux. Kapuscinski et Hérodote ne se sont plus jamais
séparés. Suivant les préceptes de l’historien, Kapuscinski est devenu une grande
figure du journalisme international et un auteur traduit en plusieurs langues.
L’ajourée
Andrée Laurier, XYZ éditeur, coll. Romanichels poche, 204 p., 14$
L’ajourée est l’histoire d’une survivante, Hélène Roberts. Elle a
survécu à l’accident de voiture qui a emporté l’autre conductrice,
Caroline Bresson, et qui a détruit sa mémoire. Dorénavant, Hélène ne
sait que faire avec cette identité brisée. Tant bien que mal, des
hommes et des femmes tentent de combler les vides dont elle souffre.
Mais cette reconstruction est douloureuse, car Hélène est « une femme devant des
miroirs déformants… Brisés ». Publié en 1998, L’ajourée est le premier volet d’un
cycle romanesque qui comprend Mer intérieure et Le Jardin d’attente, tous portés
par l’écriture lyrique d’Andrée Laurier.
Un acte d’amour
James Meek, Points, 466 p., 16,95$
À sa parution, Un acte d’amour a été porté aux nues par la presse qui
l’a classé de facto comme un classique. Il sera d’ailleurs bientôt adapté
au cinéma par Johnny Depp. Ancien envoyé spécial du Guardian en
Russie, l’Écossais James Meek nous transporte dans la Sibérie des
années 1920. La révolution fait rage sur cet immense territoire, et
même dans Jazek, ce village du bout du monde situé le long du Transsibérien et contrôlé
par l’armée tchèque. Il sera le théâtre du procès de Samarin, un homme qui s’est
évadé d’une prison connue pour ses conditions de détention horribles. Les personnages
sont habités par l’âme russe, le sens du sacrifice et le mysticisme. Haletant!
Hortense et Queenie
Andrea Levy, Folio, 560 p., 17,95$
Britannique d’ascendance jamaïcaine, Andrea Levy jette, avec son
quatrième opus, un regard juste et émouvant sur la question de l’intégration
des immigrants installés en Angleterre. Arrivés de Jamaïque,
Hortense et Gilbert, un ancien héros de la Royal Air Force, vont être
confrontés au racisme de l’Angleterre postcoloniale de 1948. Ils
s’installent au 21 Nevern Street, où vit Queenie, qui attend toujours le retour de son
mari, lui aussi soldat. Le roman en quatre parties met en scène la rencontre improbable
de personnages qui confient les désillusions de chacun face à l’écueil du quotidien.
NOVEMBRE 2008
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Contes butô
Ook Chung, Boréal Compact, 160 p., 12,95$
Publié en 2003 et récompensé par le Prix littéraire des collégiens,
Contes butô est le deuxième recueil d’Ook Chung. Doté d’une triple
identité culturelle, japonaise, coréenne et canadienne, Chung est
connu pour manier une écriture acerbe avec force. Les sept nouvelles
qui composent ce recueil ont pour thème commun la solitude, qui
prend ici des proportions monstrueuses: les textes sentent le soufre et les ténèbres. Le
lecteur plonge dans l’âme de ces personnages souffrant d’anomalies. L’un vit à l’envers,
la tête en bas; l’une souffre du syndrome de Tourette, tandis que trois stragglers, des
soldats japonais perdus dans les îles du Pacifique, ignorent que la Seconde Guerre est
terminée depuis un quart de siècle.
Marie de l’Incarnation
Françoise Deroy-Pineau, BQ, 336 p., 12,95$
Il y a 400 ans, Marie de l’Incarnation a connu un destin hors du
commun. Née Marie Guyart en 1599, elle s’embarque pour le
berceau de l’Amérique française à l’âge de 40 ans, laissant derrière
elle une entreprise prospère et sa famille. Arrivée à Québec, elle
fonde le Monastère des Ursulines, une institution vouée à l’éducation
des jeunes filles tant françaises qu’amérindiennes en Amérique du Nord.
Femme très active, Marie de l’Incarnation a tenu une correspondance abondante
en plus de se consacrer à la rédaction d’ouvrages sur les langues autochtones. Cette
biographie retrace son parcours de femme d’affaires, de mystique et de mère de la
Nouvelle-France. Fascinant!
Le serrurier volant
Tonino Benacquista avec les illustrations de Tardi,
Folio, 158 p., 14,95$
L’auteur de romans noirs Tonino Benacquista et le dessinateur
Jacques Tardi donnent vie à Marc, qui voit son univers tranquille
d’employé d’une compagnie de convoyage de fonds basculer le jour
où il survit à un braquage. Traumatisé, il change de métier en
devenant serrurier, plus précisément « serrurier volant », car désormais il veut être
complètement libre des contraintes rigides de la vie de bureau. Ce métier l’amènera
à ouvrir plus que des portes: il découvrira les facettes du genre humain. Mais un jour,
Marc est forcé de franchir le seuil de son propre passé... Le serrurier volant est un
objet littéraire savoureux qui comblera les fans de Benacquista et de Tardi.
Arlington Park
Rachel Rusk, Points, 290 p., 14,95$
Ce premier roman traduit en France de la Britannique Rachel Rusk
a été une des découvertes de la rentrée 2007. Il a même été réimprimé
avant sa parution car le tirage initial n’était pas suffisant pour
répondre à la demande des libraires qui l’avaient lu durant l’été.
L’auteure brosse le tableau sociologique de la bourgeoisie anglaise
en dévoilant 24h de la vie des femmes de la banlieue résidentielle d’Arlington Park.
Certains comparent cette œuvre à la série télévisée Beautés désespérées, mais
Rachel Cusk revendique pour sa part la filiation avec un classique de Virginia Woolf,
Mrs Dolloway. Finaliste à l’Orange Prize for Fiction 2007, cette réflexion postféminisme
déroute.
Le dernier frère
Nathacha Appanah, Points, 224 p., 12,95$
Le dernier frère a été maintes fois plébiscité par le public, en plus
d’avoir gagné le Prix du roman Fnac 2007. L’écrivaine mauricienne
Natacha Appanah offre un récit bouleversant mêlant la tragédie de la
Grande Histoire aux drames non moins ravageurs de destins ordinaires.
Au crépuscule de sa vie, Raj fait un rêve qui réveille ses souvenirs
d’enfance. Ces réminiscences le font revenir à l’âge de 10 ans, lorsque ses deux
frères meurent. Entre un père violent et une mère pleine de tendresse, il rencontre
David, un jeune Juif. Tous deux vivront un coup de foudre d’amitié qui les poussera à
fuguer. Poignant, ce texte révèle un fait méconnu de la Seconde Guerre mondiale.