Le Libraire - IndexLe Libraire - Lib49-pv - IndexBande dessinée
le libraireCRAQUE
Après la nuit
Henri et Richard Guérineau Meunier (scénario) et
Raphaël Hédon (dessin), Delcourt, 64 p., 24,95$
D’emblée, le scénario de cette bande dessinée surpasse tous
ceux que j’ai pu lire cette année: Un schéma de western classique
poussé à son paroxysme; des personnages typés (le
shérif, la pute, l’étranger), d’une richesse extrême, dont on
découvre tour à tour le lourd passé. Et les illustrations! Dans l’édition spéciale en
noir et blanc parue plus tôt dans l’année, le travail à l’encre de Guérineau était déjà
formidable. Avec les couleurs de Hédon, l’album tient du génie! Tout y est pensé,
chaque détail réfléchi. Comme si le neuvième art venait nous rappeler tout son pouvoir.
Celui de raconter une histoire, case par case, en ne se fiant qu’au dynamisme
des images pour nous faire comprendre le mouvement et les sons, des mouches qui
volent au bruit de sabots que produit le cavalier qui s’approche à l’horizon. La scène
d’ouverture à elle seule mérite le détour! Anne-Marie Genest Pantoute
Naja (t. 1)
Bengal (texte) et Jean-David Morgan (dessin),
Dargaud, 48 p., 21,95$
Avec Naja, premier tome d’une série qui s’annonce très
bien, le talentueux scénariste de Spirou à Tokyo et L’homme
qui ne voulait pas mourir présente le personnage d’une
jeune assassin physiquement et émotionnellement insensible,
qui travaille pour le compte d’un employeur anonyme. La narration en « voix
off », qui surprend par son omniscience, teinte le récit d’une bonne dose de mystère,
et donne à cette nouvelle série une profondeur digne de celle d’un véritable
thriller psychologique. Tout le génie de Morvan est visible à travers ce drôle de
héros, qui réussit à être attachant malgré sa froideur. En espérant que Naja garde
le même rythme au cours des prochains tomes: longue vie!
Gautier Langevin Le Fureteur
Par un fil
Jean-Nicolas Vallée, Mécanique générale, 64 p., 14,95$
Par un fil, c’est l’histoire d’Ariane, qui a les idées plutôt sombres
ces temps-ci. Ariane, qui songe à disparaître, à s’effacer,
bref, à se tuer. Et qui croit que personne ne s’en fera si elle s’en
va. Ce qu’elle ignore, c’est que pas très loin d’elle existe un
jeune homme qui tente de la rejoindre à tout prix, malgré la crainte et la timidité
qui le font hésiter. D’une illustration à l’autre, on suit les tourments de l’héroïne et
on finit par partager avec elle certaines joies. Le tout agrémenté de dessins simples,
mais qui s’avèrent de brillants appuis pour les émotions véhiculées. À travers cette
bande dessinée, Jean-Nicolas Vallée nous révèle à quel point la mort, sujet délicat,
peut être abordée autrement que sur un ton triste. Une touchante et réaliste façon
d’évoquer le suicide et les pensées qui précèdent le passage à l’acte ou l’intention
de le faire. Sylvianne Blanchette Vaugeois
Mano en Mano
Ana Mirallès (scénario) et Emilio Ruiz (dessin),
Dargaud, 48 p., 21,95$
Il était une fois un petit bout de papier dont l’État a décidé
qu’il valait vingt euros, et qui aurait tout aussi bien pu valoir
vingt dollars. Par ce « main à main », l’histoire de Mirallès
nous donne à voir des instantanés de vie, superbement
appuyés par les illustrations de Ruiz qui, préférant le détail à l’expression, présente
avec une égale attention les personnages, les rues, la ville, la vie, quoi! Mais, et c’est
peut-être ce qui frappe le plus, c’est uniquement la vie des petites gens qui est
dépeinte ici. Cet argent, ils le gagnent à la dure, l’espèrent, le volent, et, avec un peu
de chance, le trouvent. Est-ce à dire que l’argent des riches ne croise jamais celui
des pauvres? Peut-être pas. Cependant, c’est fou ce qu’on oublie rapidement que
l’argent n’est qu’un bout de papier quand notre vie en dépend!
Anne-Marie Genest Pantoute
NOVEMBRE 2008
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