Le Libraire - Index

Le Libraire - Lib49-pv - Index

Littérature étrangère
Poètes de Bretagne
Charles Le Quintrec, La Table ronde,
coll. La petite vermillon, 480 p., 20,95$
La Bretagne, terre de mémoire à l’identité forte, a toujours été
un terreau fertile en poètes. Son climat, sa géographie, ses légendes
et son histoire forment un bouquet fort apprécié par les
muses avec plus ou moins de succès, selon le poète. Et c’est
justement ce panorama mélangeant les grosses pointures (Victor Hugo, Tristan
Corbière, Guillevic) et les poètes de moindre influence ou plus obscurs que reconstitue
Charles Le Quintrec. Une belle virée dans ce pays avec des gens qui ont à la
fois le cœur bien ancré dans leur sol natal et le regard rivé sur la mer. Des Bretons
qui nous font entendre et nous donnent à voir, selon leur époque et leur voix, les
charmes et les misères de la Breizh de toujours. Christian Girard Pantoute
Le fait du prince
Amélie Nothomb, Éditions Albin Michel, 176 p., 24,95$
« Pourquoi lisons-nous, sinon dans l’espoir que l’écrivain rendra
nos journées plus vastes et plus intenses? », demandait
Annie Dillard dans En vivant en écrivant. Avec Amélie
Nothomb, nous sommes servis, car on ne sait jamais vraiment à
quoi s’attendre. Dans Le fait du prince, un homme décide de prendre l’identité d’un
inconnu qui est mort dans son salon. C’est étrange, oui, et je dois dire que j’ai
adoré! Rien de mieux qu’une situation ludique pour se questionner sur la banalité
de notre existence et rêvasser sur ce qu’elle pourrait être. Sauf que ce héros, il la
vit, cette existence rêvée! Ce livre est donc une folie additionnée d’un plaisir en
bouche (champagne!). Peut-être trouverez-vous qu’il est le livre le moins profond
de l’auteure. Pourtant, à travers ce que vous prendrez peut-être comme un tas
d’inepties se retrouveront des raisonnements inattendus. Ah!, cette Amélie! Un
conseil: il faut se laisser aller… Isabelle Prévost-Lamoureux La Maison de l’Éducation
La porte des Enfers
Laurent Gaudé, Actes Sud/Leméac, 280 p., 29,95$
Naples, 1980. Une fusillade. Une mort d’enfant. De ces morts qui
impriment un tournant fatal à la vie de ceux qui restent. Une
descente aux enfers pour les parents, une vie défaite qui les
enfonce dans une solitude noire. Cette mort appelle la
vengeance, qui ne pourra se conclure qu’un quart de siècle plus
tard. La ville, où la déchéance morale peut aussi unir les êtres
dans une certaine solidarité, est dépeinte comme un personnage glauque. Ce récit,
presque un conte qui s'abreuve au mythe d’Orphée, est d’une grande beauté, écrit
avec la maîtrise et la sensibilité de celui qui nous a tant séduits avec Le soleil des
Scorta. À lire sans réserve.
Yves Guillet Le Fureteur
Les accommodements
raisonnables
Jean-Paul Dubois, Éditions de l’Olivier, 260 p., 29,95$
Paul Stern, qui a une cinquantaine d’années, a le vague à l’âme.
Il vit auprès d’une femme dépressive, d’enfants absents et d’un
père frivole, rempli de contradictions. Il part un temps en Californie, où la
Paramount vient de lui offrir d’écrire le remake d’un film français. Paul Stern y
dénonce le faux et le paraître de ce monde futile et paumé. Mais lui-même, chez lui
à Toulouse, ne vit-il pas dans un univers du « faire semblant » et du non-dit? J’ai
aimé ce livre écrit à deux voix, entre le réel et l’illusion. Jusqu’où peut-on se contredire
dans nos propos avec autrui et avec soi-même pour ne pas déranger ce qui
fut, mais qui pourtant n’est plus? Et à la dernière page, Dubois fait ce cadeau, à
nous, Québécois: « Souvent je relisais Speak White de Michèle Lalonde, sans doute
le plus beau texte jamais écrit sur l’apprentissage de la révolte et de la dignité. »
Jocelyne Vachon La Maison de l’Éducation
NOVEMBRE 2008
23
le libraireCRAQUE
La beauté du monde
Michel Le Bris, Grasset, 688 p., 34,95$
Martin et Osa Johnson, stars dans les années 1920 aux États-
Unis, firent découvrir l’Afrique à tout un peuple. Ensemble, ils
formèrent un couple solide qui fit rêver les Américains en montrant
Osa comme une femme accomplie, à la fois starlette, aventureuse
et femme au foyer. Michel Le Bris invente une biographie, et c’est à travers
son regard que sont relatées les aventures de ces deux êtres mythiques. On y
découvre une époque survoltée qui a vu naître des grands courants comme le jazz
dans Harlem et le cercle d’intellectuels de Dorothy Parker. L’histoire se développe
lentement, mais les moments en Afrique sont totalement fascinants et la reproduction
de l’état d’esprit de l’époque est très réussie. Ce roman nous montre bien à quel
point les années folles furent un premier pas vers la modernité et la libération des
femmes. Marie-Hélène Vaugeois Vaugeois
Un bébé? Non merci…
Emily Giffin, Presses de la Cité, 348 p., 34,95$
Jeune éditrice à Manhattan, Claudia est à la recherche du bonheur
et croit le trouver lorsqu’elle rencontre Ben. La différence
avec les autres? Il ne veut pas d’enfants, tout comme elle. Ils se
marient aussitôt. Tout est parfait jusqu’au jour où un couple
d’amis ont un bébé. Ben devient alors bizarre. Voudrait-il un enfant? Claudia ne
l’accepte pas et part. Elle ira même jusqu’à divorcer. Mais refaire sa vie n’est pas si
facile. S’engage alors un combat qu’elle se livre à elle-même: avoir l’homme de sa
vie près d’elle et lui donner un enfant, ou être condamnée à errer d’amants en
amants. Un roman lucide et rempli de réflexions sur ce que nous voulons vraiment
dans la vie. Caroline Larouche Les Bouquinistes
Ce que le jour doit à la nuit
Yasmina Khadra, Julliard, 416 p., 29,95$
Bijou de candeur et d’éveil, Ce que le jour doit à la nuit nous
offre l’odeur des villes et des champs, la palpitation de l’amitié
véritable et de l’amour tourmenté. Nous suivons Younes, un
enfant arabe qui se verra confier au frère de son père et aux
colons français qui les entoure afin de survivre à la déchéance des siens. Après son
accoutumance à la vie de son oncle et à son nouveau quartier bourgeois, viendra
son déménagement à Rio Salado, campagne viticole. Comme les quatre dents d’une
fourche, ses amis et lui subiront les mouvements de la guerre d’indépendance qui
déchire leur pays. Ils grandiront, s’entredéchireront, marqués par le passage du
temps, songeant à leur belle adolescence avec nostalgie. De cette histoire ne peut
que transparaître l’inoubliable amour de ces hommes pour leur patrie. Un grand
roman. Isabelle Prévost-Lamoureux La Maison de l’Éducation
Sur la plage de Chesil
Ian McEwan, Gallimard, coll. Blanche, 148 p., 27,95$
Ian McEwan fait partie des auteurs que j’attendais lors de la
présente rentrée. Encore une fois, son dernier livre m’a à la fois
comblée de bonheur et fait frémir d’horreur. Il nous convie à
assister, par voyeurisme, à une nuit de noces où rien encore n’a été consommé, où
puceau et pucelle devront se dévoiler dans un crescendo de désir et de passion...
Mais, ô malheur!, dans cette Angleterre puritaine des années 60, l’apothéose n’aura
lieu que dans l’échec et la déroute. Jusqu’à l’insoutenable, McEwan, avec tout son
talent et son génie, décrit ce jeune couple s’enfonçant, à chaque parole et à chacun
des centimètres de peau dévoilée, dans la perspective d’un fiasco forcément tragique.
L’irréparable a été commis, et cette nuit de noces ne remplira plus jamais ces
promesses d’avenir. C’est ainsi que certains rendez-vous manqués hantent toute
notre vie! Jocelyne Vachon La Maison de l’Éducation