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Littérature québécoise
Natalie Jean fait son entrée en littérature
avec ce recueil de onze nouvelles.
C’est frais et plein de vitalité. On rencontre
des personnages emplis
d’espoir. L’un tombe amoureux d’une
inconnue qu’il a filmée, l’autre revient
au pays après avoir fait le deuil d’un
être cher, tandis qu’un couple renouvelle
ses sentiments. Tous les protagonistes
veulent humer le parfum du bonheur, qui
s’attrape par un regard ou un sourire, en évoquant le
souvenir d’une étreinte, le fumet d’un café ou en jetant
un peu de soi par la fenêtre. Signé par une artiste de la
Vieille Capitale, Je jette mes ongles par la fenêtre propose,
en parallèle, une visite des lieux de Québec grâce
à de jolis clins d’œil. On se laisse entraîner par l’auteure
car « la ville est pleine d’odeurs, de couleurs, de gens,
[sa] ville est pleine d’histoires ».
JE JETTE MES ONGLES
PAR LA FENÊTRE
Natalie Jean, L’instant même, 162 p., 20$
Campé dans le Québec des années
1910, La couturière inaugure la trilogie
Les aiguilles du temps, inspirée en
partie par un fait vécu. On y suit Émilia
Trudel et Donatienne Crevier. Née à
Lachine, la première perd sa mère
lorsque celle-ci meurt en couches. La
deuxième, leur voisine Donatienne,
qui est amoureuse du père d’Émilia,
Josaphat, propose gentiment de s’occuper des enfants,
mais brigue, au fond, le lit conjugal encore tiède.
Heureusement, la belle-famille veille au grain et mandate
auprès de Josaphat la sœur de la défunte, Délima.
Tandis que Donatienne, malheureuse et enceinte,
quitte Lachine dans la honte, Émilia sera, plus tard,
couturière pour les familles bourgeoises de Montréal.
Les deux femmes, qui connaîtront des existences très
différentes, se retrouveront lors de leurs vieux jours.
LES AIGUILLES DU TEMPS:
LA COUTURIÈRE (T. 1)
Francine Allard, Trois-Pistoles, 312 p., 24,95$
Des nouvelles de Pickton Vale est un
livre étonnant au rythme soutenu, à la
fois recueil de nouvelles et roman. En
sept chapitres percutants tous intitulés
par une couleur différente (« Le
Rouge », « Le Noir », « Le Bleu »),
Benoît Trottier, un ancien publicitaire,
raconte l’histoire de chaque membre
de la famille Alary de Pickton ainsi que
celle de personnages secondaires, qui ont une importance
déterminante sur le cours de leurs destinées. Tout
commence avec Agathe Alary, la mère, qui adore le
vert. Femme malheureuse, elle se réconforte grâce à
son obsession du ménage et à ses fantasmes. Son mari,
quant à lui, trouve sa liberté grâce à la couleur rose
d’une langue masculine, tandis que sa fille Joëlle prend
son courage à deux mains pour sortir de sa vie si grise.
Moderne et surprenant!
DES NOUVELLES DE PICKTON VALE
Benoît Trottier, Québec Amérique, coll.
Littérature d’Amérique, 160 p., 19,95$
Nouveautés
Michelle Tisseyre signe la suite de
La passion de Jeanne, maintenant
intitulée Une rose tardive, un roman
qui a ravi le lectorat et la critique lors
de sa parution en 1997. Dans le tome
précédent, Jeanne, jeune Montréalaise
du début du XX e siècle, décidait de se
séparer de Mick, son mari avocat, pour
rejoindre celui qu’elle aimait, Louis, le
jeune médecin. Dans Avant Guernica, on la retrouve à
New York en 1928. Malgré la douleur de laisser sa fille
derrière elle, Jeanne est déterminée à affronter son destin.
Elle retrouve Louis à Cambridge, en Angleterre.
Loin des siens, elle sera confrontée à un milieu rural qui
n’a pas changé depuis des lustres, sera le témoin de la
montée des tensions qui mèneront à la Seconde Guerre
mondiale et apprendra à vivre avec l’homme qu’elle a
choisi contre vents et marées.
AVANT GUERNICA
Michelle Tisseyre, Éditions Pierre Tisseyre,
496 p., 34,95$
Amy Duchesnay est l’enfant d’une
Amérique faite de tôles et de la
fumée des usines irradiant sous le
soleil suffocant et le ciel pollué du
Michigan. Dans son quatrième
roman, Catherine Mavrikakis
raconte une histoire de famille et
de fantômes, celle de la narratrice,
qui vit à Bay City. Sa mère
et sa tante, deux Juives polonaises, ont survécu à
la Shoah après avoir été adoptées par un couple de
Normands. Les deux femmes, devenues adultes
dans les années 60, ont émigré aux États-Unis pour
oublier leur passé douloureux. Née dans le
Nouveau Monde, Amy sait pourtant qu’on ne peut
oublier sa véritable identité à tout jamais. Surtout
quand les morts ne sont pas véritablement enterrés...
Mené par une écriture acérée, Le ciel de Bay
City est l’un des titres forts de la rentrée québécoise
2008.
LE CIEL DE BAY CITY
Catherine Mavrikakis, Héliotrope, 294 p., 24,95$
Discrète, Nicole Houde écrit sans tambour
ni trompette. Pourtant, dès son
premier roman paru en 1983, elle gagne
le Prix des Jeunes Écrivains du Journal
de Montréal. Par la suite, les lauriers
pleuvent jusqu’à la consécration en
1995 avec le Prix littéraire du
Gouverneur général pour Les Oiseaux
de Saint-John Perse. Dans Je pense à
toi, elle plante le décor de son onzième roman à
l’époque de la Crise des années 30 dans la région du
Saguenay-Lac-Saint-Jean. Victor, orphelin à l’âge de 13
ans, est en proie à ces démons qui ne cessent de le
harceler. Malgré l’amour d’Angéla, le destin et l’alcool se
chargent de détruire le peu d’espoir qui germe en lui.
Entre-temps, comme curé et comme cuisinier, il reçoit
les confidences de ceux qui lui demandent d’écrire des
lettres à ceux qu’ils aiment. Poignant.
JE PENSE À TOI
Nicole Houde, La Pleine lune,
coll. Plume, 234 p., 25,95$
NOVEMBRE 2008
14
Découverte en 1995 grâce à
L’ingratitude, Ying Chen fracasse,
avec Un enfant à ma porte, un des
rares derniers tabous de notre société
actuellement en plein mini babyboom:
l’instinct maternel. Que se
passe-t-il dans la tête d’une femme
pour qui l’expérience maternelle
tourne au désastre? La narratrice,
stérile, trouve un garçon muet sur le pas de sa porte.
Avec son compagnon, elle le prend sous son aile. Mais
vampirisée par cet enfant qui lui gruge son temps, ses
énergies, elle devra s’en débarrasser pour survivre…
Avec ce roman introspectif et dérangeant qui soulève
les questions de l’égoïsme et de la survie de l’espèce
humaine, l’écrivaine d’origine chinoise s’oppose au discours
idéalisant celles qui, telles des esclaves, mettent
leur vie en berne.
UN ENFANT À MA PORTE
Ying Chen, Boréal, 160 p., 19,95$
Alto a la réputation de réaliser des
objets littéraires qui sortent des sentiers
battus. Ce premier roman de
Dominique Fortier n’échappe pas à la
règle, avec les documents d’archives
inusités qui parsèment ses pages.
La traductrice originaire de Québec
raconte le passage du Nord-Ouest,
l’ultime expédition de l’explorateur britannique
Sir John Franklin. Arctique, 1845. Plus d’une
centaine de marins sont prisonniers des glaces dans les
navires Terror et Erebus. On se glisse dans la peau du
second commandant, Francis Crozier, qui tient son
journal de bord. Il rapporte les jours de captivité, la folie
qui s’empare des hommes, les morts, mais aussi son
amour pour Sophia, la nièce de Franklin qui, elle,
profite des mondanités londoniennes. Lumières et
ténèbres se répondent dans cette respectueuse
reconstitution historique au souffle incontestablement
poétique.
DU BON USAGE DES ÉTOILES
Dominique Fortier, Alto, 356 p., 24,95$
Le second roman de Micheline
D’Allaire, une historienne des communautés
religieuses féminines ayant
aussi écrit plusieurs ouvrages sur la
Nouvelle-France, est une porte grande
ouverte sur l’univers clos des couvents.
L’action de L’Adieu au monde,
dont le titre s’inspire de l’avis qui
paraissait dans les gazettes afin d’annoncer
l’entrée en religion des jeunes filles, se déroule
au cours des années 30. On y suit la démarche
spirituelle de trois cousines, de l’époque du postulat à la
fin de leur vie. D’Allaire brosse un tableau documenté
du quotidien de ces femmes qui, entre méditation,
prières, dénuement et réclusion, restaient néanmoins
des êtres humains agités par leurs émotions et qui,
souvent, gardaient un pied dans le « vrai monde » en
enseignant ou en aidant les plus démunis.
L’ADIEU AU MONDE
Micheline D’Allaire, Hurtubise HMH,
502 p., 29,95$